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  • Hubert Marlin

La Technologie et la Religion


La science et la religion semblent être antagonistes dans leur processus de compréhension. Si la science se concentre sur la logique et la raison, la religion elle repose uniquement sur la foi et la conviction d'un pouvoir supérieur. La conviction ou foi religieuse, ne repose sur aucune preuve matérielle, tandis la science et surtout dans son aspect matérialiste qu’est la technologie s’appuie sur des données tangibles, pour expliquer son paradigme. Aussi quand on croit dans la religion, dans la technologie, on sait. Le savoir semble être dans le réel, tandis que la croyance reste fictive immatérielle. Cependant dans la religion comme dans la technologie, il ya une logique d’évasion et d’amélioration des tares ou nuisances, que la nature aurait imposé à l’humanité. Aussi, l’être humain doit user de son génie créateur pour améliorer son expérience terrestre, en influençant aussi bien son écosystème, en le transformant par les procédés liés à l’habitat, sans pour autant oublier, de s’améliorer lui-même en utilisant des méthodes qui vont de la médecine, au transhumanisme qui s’appuie sur les avancées de l’intelligence artificielle et de la biologie pour promettre l’abolition de la vieillesse, des maladies, de la mort et l’apparition d'une nouvelle humanité.

Une science qui apporterait des réponses adéquates aux angoisses de l’humanité serait-elle devenue une religion ? Faut-il célébrer le génie humain qui de par l’origine de sa création divine comme l’atteste la majorité des religions monothéiste, fait le travail de Dieu en améliorant l’humain et son environnement ? La technologie essaye-t-elle de se substituer à Dieu en le mimant et en l’ expliquant? Plusieurs chercheurs estiment que l’engouement des peuples dans la religiosité est strictement lié au niveau de développement technologique et économique. les peuples moins développés économiquement qui ont un faible degré de pénétration du savoir scientifique et technologique ont tendance à verser plus dans la religion. Une assertion qui semble logique car l’inexplicable semble en tout temps, renvoyer à la religion. Aussi, dans certaines contrées l’apparition des arcs en ciels en période pluvieuse peut être comprise, comme un évènement mystiquement explicable dans le vécu des croyances populaires. L'arc-en-ciel ressemble à un pont géant ou à une porte, et il est souvent nommé « le chemin du ciel ».Plusieurs personnes croient que l'arc-en-ciel, est un rayon de lumière qui tombe sur la Terre lorsque saint Pierre ouvre les portes du ciel pour laisser entrer une autre âme. À Hawaii, en Polynésie, en Autriche, au Japon et pour quelques tribus amérindiennes, l'arc-en-ciel est le chemin que les âmes prennent dans leur route vers le ciel et on l'appelle le pont ou l'échelle pour aller plus haut, ou dans d'autres mondes. Les Russes disent que l'arc-en-ciel est la porte du ciel. En Nouvelle-Zélande, les chefs morts voyageraient sur l'arc-en-ciel jusqu'à leur nouvelle maison. D'autres mythes racontent que l'arc-en-ciel est un ruisseau où les âmes s'abreuvent. Le Zoulou d'Afrique du Sud nomme l'arc-en-ciel « the Queen Arch » parce que c'est une des charpentes qui soutient la maison de la Reine du ciel. En Allemagne, le second arc-en-ciel plus pâle qui peut être observé parfois au-dessus du premier est perçu comme le travail de Satan qui tente de surpasser Dieu. Cependant dans la science l’arc en ciel n’est rien d’autre qu’un mélange d’eau et de lumière, observable y compris, à travers un verre d’eau placé contre le faisceau lumineux d’une ampoule électrique, même si les mêmes couleurs sont produites, en une magnitude plus réduite, ceci explique cela. Dans la religion les gens veulent échapper à la souffrance, par la foi et la pratique de certains rites qui défient souvent toute logique, alors que dans la science les problèmes que l’homme rencontre tentent de trouver leur solution dans des procédés dit logiques et techniques par ce qu’explicable. En général lorsque la technologie ne répond pas aux attentes de l’humain ce dernier semble devenir plus religieux. Il n’est pas rare de voir les malades en phase terminale d’une maladie incurable dont la science n’a pas pu sauver, se remettre simplement à Dieu, pour espérer un miracle. Pareillement lorsque le confort et l’évolution technologique semble ne pas protéger des catastrophes naturelles on assiste en général à un pic de religiosités dans les populations ayant subi un désastre. En 2011, par exemple, un tremblement de terre massif frappa Christchurch, en Nouvelle-Zélande qui est un pays reconnu pour son degré de laïcité. Les personnes qui vécurent cet événement ont connu un pic soudain de religiosité, alors que le reste du pays était resté aussi laïc que jamais. Les psychologues tentant d’expliquer la raison de la logique et la raison de la religion chez l’être humain évoquent bien volontiers la «Théorie du double processus». Qui stipule que les humains ont deux systèmes de pensée très fondamentaux.Le Système 1 et le Système 2. Si le Système 2 aurait évolué relativement récemment, il est cette voix dans notre tête. Ce narrateur qui ne semble jamais se taire, qui nous permet de planifier et de penser logiquement.

Le système 1, en revanche, est intuitif, instinctif et automatique. Ces capacités se développeraient régulièrement chez l'homme, quel que soit son lieu de naissance. Il concerne spécifiquement les mécanismes de survie. Le système 1 donne par exemple une révulsion innée de la viande avariée, nous permet de parler notre langue maternelle sans y penser et donne aux bébés la capacité de reconnaître les parents et de distinguer les objets vivants des objets non vivants. Cela nous rend enclins à rechercher des modèles pour mieux comprendre notre monde et à chercher un sens à des événements apparemment aléatoires tels que des catastrophes naturelles ou la mort d'êtres chers.En plus de nous aider à naviguer dans les dangers du monde et à trouver un partenaire, certains spécialistes pensent que le Système 1 a également permis aux religions d'évoluer et de se perpétuer. Le système 1, par exemple, nous rend instinctivement prêts à voir les forces vitales - un phénomène appelé détection d’agence hypersensible - partout où nous allons, qu’elles soient ou non présentes. Il y a des millénaires, cette tendance nous a probablement aidés à éviter les dangers cachés, tels que les lions accroupis dans l'herbe ou les serpents venimeux dissimulés dans la brousse. Mais cela nous a également rendus vulnérables à l'inférence de l'existence d'agents invisibles ; qu'ils prissent la forme d'un dieu bienveillant nous surveillant, d'un ancêtre insatisfait nous punissant d'une sécheresse, ou d'un monstre caché dans l'ombre. De même, le système 1 nous encourage à voir les choses de manière dualiste, ce qui signifie que nous avons du mal à concevoir l'esprit et le corps comme une seule et même unité. Cette tendance se manifeste assez tôt chez les jeunes enfants. Quel que soit leur contexte culturel, les humains ont tendance à croire qu'ils ont une âme immortelle, que leur essence ou leur personnalité existait quelque part avant leur naissance et continuera toujours d'exister. Cette disposition s’assimile facilement à de nombreuses religions existantes où , avec un peu de créativité, se prête à l’élaboration de constructions originales. Cependant il est important de noter que l’existence de cette propension innée à la religiosité n’est pas toujours une vue de l’esprit pour le croyant qui parfois peut trouver des réponses adéquates dans la pratique de sa religion sans savoir comment il a été exaucer de ses vœux, tout comme dans la science ou en mathématique une conjecture, est un fait réel que l’on ne peut pas hélas prouver par une formule mathématique, mais dont le résultat est connu sans cheminement explicable, un peu comme dans la foi religieuse, où le croyant sait que Dieu existe, même s’il ne peut pas toujours le prouver.

Il arrive aussi que la science tende plutôt à prouver l’existence de Dieu. le Docteur Penfield précurseur dans le domaine de la chirurgie de pointe, avait élargi les méthodes et les techniques de la chirurgie du cerveau. Ses contributions scientifiques sur la stimulation neurale s’étendirent sur une variété de sujets, y compris les hallucinations, les illusions et le déjà-vu. Scientiste croyant, il faisait partie de ceux qui après le principe de croyance en la toute-puissance de la science des siècles de lumière, et de la révolution industrielle, pensaient que la science n’était qu’un outil pour expliquer des choses souvent même plus puissantes que la science. Aussi, il consacra une grande partie de sa pensée aux processus mentaux, y compris la contemplation de l'existence d'une base scientifique qui pourrait apporter la preuve de l’existence de l'âme humaine.

L’âme humaine peut dans bien des cas se confondre avec la conscience et le raisonnement humain. Cette notion est reproduite dans la technologie informatique, par ce que l’on appelle vulgairement logiciels, qui sont des programmes qui sont strictement composés en suivant une certaine logique pour exécuter des taches. Pareillement l’homme utilise son cerveau et sa conscience pour penser les faits et actes que son corps exécute. Les principaux responsables de l’application de la religion à la technologie étaient les ordres monastiques, pour qui le travail était déjà une autre forme de prière et de culte. Cela était particulièrement vrai pour les moines bénédictins. Au sixième siècle, les arts pratiques et le travail manuel étaient enseignés comme des éléments essentiels de la dévotion monastique, car le but de tous les temps était la recherche de la perfection. Le travail manuel n'était pas une fin en soi, mais était toujours fait pour des raisons spirituelles. Les arts mécaniques et la technologie, s'intégrèrent facilement dans ce programme et furent également investis d'un but spirituel. La création des œuvres issue de l’esprit mettait en exergue l’essence divine. selon la théologie patristique dominante, les humains n'étaient divins que par leur nature spirituelle. Le corps était déchu et pécheur, ainsi la rédemption ne pouvait être obtenue qu'en transcendant le corps. La technologie fournissait un moyen d'y parvenir en permettant à un être humain de réaliser bien plus que ce qui était physiquement possible. La technologie fut déclarée par le philosophe carolingien Erigena (qui a inventé le terme artes mechanicae, arts mécaniques) comme faisant partie de la dotation originelle de l'humanité provenant de Dieu, et non comme un produit de notre dernier état déchu. Il estimait que les arts sont "les liens de l'homme avec le Divin [et] qu'ils les cultivent comme un moyen de salut". Grâce à des efforts et à des études, nos pouvoirs antérieurs à la décadence du péché originel pourraient être retrouvés et nous serions donc bien engagés dans la voie de la perfection et du rachat.

Le développement du millénarisme, ou chiliasme (ou encore, mais de façon erronée, chialisme), est une doctrine religieuse qui soutient l'idée d'un règne terrestre du Messie, après que celui-ci aura chassé l'Antéchrist et préalablement au Jugement dernier. Cette pensée est présente dans certains courants du judaïsme, dans l'Apocalypse de Jean, dans les écrits des Pères apostoliques et dans l'islam sunnite et chiite.

Le millénarisme a un impact significatif sur le traitement de la technologie. Pour St Augustin, le temps étant lourd et immuable, le développement technologique une fois identifié comme ayant une importance spirituelle, permettrait d’avoir une vue claire sur le futur de l’humanité. La technologie permettrait ainsi de donner l’assurance que l’humanité améliorait sa position dans la vie et réussissait à donner des réponses adéquate sur les challenges que la nature lui posait.Cependant pour d’autres millénaristes apocalyptiques, le progrès technologique était plutôt un signe annonciateur de la fin des temps, qui verrait la victoire du Messie contre le mal, pour établir une ère de paix et de bonheur éternel. Aussi jusqu’à nos jours dans l’imaginaire populaire de certains croyants la technologie n’est que décadence un signe annonciateur de la fin des temps, lorsque par ailleurs beaucoup pensent qu’ à l’heure de l’information digitale, avec internet et les réseaux sociaux, et les smartphones, le voile qui cachait le savoir c’est déchiré et que la période des révélations prélude de la rédemption et du retour du Messie est arrivée. En Angleterre les siècles de Lumières ont joué un rôle important dans le développement de la technologie en tant que moyen matériel à des fins spirituelles. La sotériologie (l'étude du salut) et l'eschatologie (l'étude de la fin des temps) étaient des préoccupations communes dans les milieux savants. La plupart d’érudits prenaient très au sérieux la prophétie de Daniel selon laquelle "beaucoup courront de long en large et la connaissance sera accrue" (Daniel 12: 4) comme un signe que la fin était proche. Leurs tentatives pour accroître les connaissances sur le monde et améliorer la technologie humaine ne faisaient pas partie d'un programme impartial visant simplement à en apprendre davantage sur le monde, mais plutôt à être actifs dans les attentes millénaristes d'Apocalypse.Leurs tentatives pour accroître les connaissances sur le monde et améliorer la technologie humaine ne faisaient pas partie d'un programme impartial visant simplement à en apprendre davantage sur le monde, mais plutôt à être actifs dans les attentes millénaristes d'Apocalypse. La technologie y a joué un rôle essentiel en tant que moyen par lequel les humains ont repris le contrôle du monde naturel promis dans la Genèse, mais que l’humanité a perdu dans sa déchéance. Comme le fait remarquer l'historien Charles Webster, "les puritains pensaient sincèrement que chaque étape de la conquête de la nature représentait un mouvement vers la réalisation de la condition millénariste". Pour le moine Roger Bacon (Frater Rogerus : 1219/20 - 1292), la science signifiait principalement la technologie et les arts mécaniques , et n’existait pas dans un but ésotérique mais pour des objectifs utilitaires. L'un de ses intérêts était que l'Antéchrist ne soit pas en possession exclusive des outils technologiques dans les batailles apocalyptiques à venir. Bacon a écrit ceci: « L’Antéchrist utilisera ces moyens librement et efficacement, afin d’écraser et de confondre le pouvoir de ce monde ... L’Église devrait envisager l’utilisation de ces inventions en raison des périls futurs que ferait courir l’Antéchrist au monde. » Il urgeait les autorités de époque, les princes et l’église d’investir dans la connaissance technologique, afin que les bonnes âmes soient en mesure d’utiliser les mêmes armes pour se défendre contre les plans du malin.

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