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  • Hubert Marlin

Lobbyisme et politique


Lobby est un mot anglais qui signifie « vestibule » et ce vestibule est depuis entendu comme antichambre, ou couloir qui régis ou à tout le moins influence, les décisions dans les arcanes du pouvoir politique. Selon Alexis de Tocqueville il est primordial que les aspirations de la société civile soient prises en compte par l'État qui en ce sens représente le pouvoir de décision ou l’exécutif. Selon de Tocqueville, l’Etat ce monstre froid ne saurait à lui seul assurer le bien commun par ses décisions qui sans la participation de la société civile serait moins efficiente, car ne prenant pas en compte le vécu de ceux que ces décisions devraient servir dans la théorie. Pour Jean Jacques Rousseau, le lobbyisme est l’expression d'intérêts purement particuliers qui a terme menacent l’intérêt général, que seul l'État peut arbitrer. Cependant la notion d’arbitrage de l’Etat sous-entend sa neutralité, une neutralité mise à rude épreuve dans le schéma des démocraties au 21e siècle.

Les notions de lobby et de pouvoir politique, depuis le 20 siècle revêtissent une autre signification qui est plus lié à l’assujetissement du pouvoir politique aux Lobbys des plus influents. La société civile qui compte est celle qui influe avec acuité sur les décideurs ; et elle est depuis des lustres celle qui représente le pouvoir économique des grands patrons, par opposition à la société civile moins nantie représentée par les syndicats et les simples citoyens. Si les citoyens et les syndicalistes ont en leur disposition la censure par le vote, le vote, dans les démocraties du 21 siècle reste tributaire de la notion de la puissance de ceux qui ont des intérêts. Aussi, les intérêts qui prévalent en général sont ceux des plus forts, qui de plus en plus ont les moyens d’influencer les carrières des politiciens dans ce qu’il est de plus en plus opportun d’appeler les démocraties capitalistes, qui à leur tour sont assujetties au pouvoir économique, les gouvernements étant souvent jugés sous le prisme de la performance économiques par leurs mandants .

Dans les cas classiques du lobbyisme, on estime qu’une relation fluide entre la société civile et le pouvoir politique est la clé d’une gouvernance qui répond aux attentes du peuple et assure ainsi le bon fonctionnement de l’Etat. Cependant, la réalité est complexe dans la mesure où les lobbys ont en général des intérêts divergents qui souvent s’affrontent. Un lobby de préservation de la biodiversité s’opposerait ainsi logiquement à un lobby d’exploitation des forêts ; et cette divergence des intérêts entraine souvent des clashs qui entrainent la prise en otage des décideurs, lorsqu’ils ne sont pas purement et simplement demis par des manœuvres d’épouvante qui n’ont rien à envier aux coups tordus des romans d’espionnage de John Le Carré. Il arrive souvent que des politiciens reçoivent leur mandat pas du peuple, mais des groupes d’intérêts loufoques qui définissent leur agenda. Le népotisme la corruption et le trafic d’influence, ne sont pas en reste dans cette politique de la spéculation.

Les premières utilisations politiques du terme Lobby remontent au XIXe siècle en Angleterre. Aussi, dès 1830, l'expression « the lobby of the House » désignait les « couloirs de la Chambre des communes », la « salle des pas perdus » où les membres de groupes de pression pouvaient venir « faire les couloirs », c'est-à-dire discuter avec les members of Parliament (parlementaires). De même, aux États-Unis, lors de la guerre de Sécession, le général Grant, après l'incendie de la Maison-Blanche, s'était installé dans l'hôtel Willard dont le rez-de-chaussée (lobby) était envahi par des groupes d'intérêt. Les lobbies ont grandement influencé l’ histoire contemporaine par ce que derrière toute guerre ou fléau que le monde aura connu depuis au moins 5 siècles, il y a toujours eu des groupes de pression qui défendaient ou promouvaient leurs intérêts. Aussi la bulle papale qui introduit l’esclavage en 1454, sous le pape Nicola 5, est le résultat des négociations des armateurs et monarques occidentaux, qui par cette onction du pouvoir suprême de l’époque, voulaient couvrir les crimes contre l’humanité qui allaient se poursuivre pendant plus de 4 siècles. Il fallut qu’une autorité morale et divine entre guillemet, cautionne ce crime inhumain pour en faire quelque chose d’humain dans la conscience des peuples occidentaux. En dehors d’ailleurs de ce lobbying envers la papauté, une pléiade de philosophe et de penseurs occidentaux tel que Voltaire qui avait investi une partie de sa fortune dans ce commerce de la haine, continueront l’œuvre de lobbyisme au profit de l’industrie esclavagiste, en multipliant des thèses farfelues sur l’inhumanité des africains, car le bras séculier du lobbyisme c’est la propagande mensongère. Dans l’histoire contemporaine moins occultée quelques décisions qui ont grandement changé la face du monde sont le résultat d’un lobbyisme savamment dosé . En 1902, alors qu’il fallait décider qui de Panama ou du Nicaragua bénéficierait du chantier titanesque de la construction du canal qui devait relier l’Océan atlantique, à l’Océan pacifique, il fallut tout le génie de l'ingénieur Philippe Bunau-Varilla et de l’avocat d'affaires à la réputation sulfureuse William Nelson Cromwell , pour emporter la cagnotte. Le site de Panama, en difficulté, éclaboussé par la faillite et par le scandale de corruption encore récent, se retrouvait alors en compétition avec celui du Nicaragua. Le chantier de Panama fut arrêté à cause des difficultés de financement de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama, créée par Ferdinand de Lesseps en 1879 pour réunir les fonds nécessaires et mener à bien le projet. Alors que le chantier se révéla plus onéreux que prévu, Lesseps dut lancer une souscription publique, qui vit la contribution de petits actionnaires. Une partie des fonds collectés fut utilisée par le financier Jacques de Reinach pour faire un lobbying offensif qui visait à soudoyer des journalistes et obtenir illégalement le soutien de personnalités politiques. La Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama, fut finalement mise en liquidation judiciaire, une faillite, qui ruina plus 85 000 petits épargnants . Le baron de Reinach qui en fait était un banquier d’origine juive allemande, fut retrouvé mort tandis que plusieurs hommes politiques français qui s’étaient fait graisser la patte pour faire avancer le projet de Ferdinand de Lesseps seront accusés de corruption. Alors que le site du Panama était éclaboussé par la faillite et les scandales de détournement de fonds, William Nelson Cromwell et l'ingénieur Philippe Bunau-Varilla qui bien qu’ actionnaire dans le projet précédent du Canal avait plutôt réussi à s’enrichir dans l’affaire ruineuse,

se rapprocheront de la maison blanche et du congrès américain, pour convaincre les décideurs, en développant une stratégie qui sera porteuse. Ils vendirent le projet aux Etats-Unis en exagérant sur le danger naturel qu’il y avait à construire le Canal au Nicaragua . Le 16 juin 1902 les membres du Congrès américain reçurent des enveloppes comportant des timbres montrant l'activité volcanique du Nicaragua. Aussi, contre la recommandation de la Commission parlementaire Walker, l'amendement Spooner permit l'acquisition des droits d’exploitation du Canal aux Etats-Unis pour quarante millions de dollars. Le vote du 19 juin 1902 dégagea cinq voix d'avance en faveur du Panama. Le Traité Hay-Bunau-Varilla du 18 novembre 1903 conclut ainsi la vente des droits d'exploitation et de construction du canal aux États-Unis. Lésé dans la démarche le Panama qui avait recouvré son indépendance de la Colombie deux semaines auparavant ne recouvrera des droits sur ce canal qu’en 1999 après le traité Carter Torrijos du 7 septembre 1977, qui amendait le traité de 1903 qui attribuait à perpétuité l’exploitation du canal aux États-Unis. Au-delà de la recherche du soutien du pouvoir exécutif et parlementaire des Etats dans la réalisation des projets économiques, il arrive souvent que les lobbies initient des démarches pour changer ou créer des lois qui favorisent la réalisation de certains agendas. Aussi, tacitement le lobby high tech aura toujours soutenu les politiciens qui s’engageaient à créer des lois liberticides qui impliquent une surveillance accrue des citoyens par des moyens technologiques produits par les tenants de ces lobbies. De même, les lobbies de l'armement sont toujours favorables à une intervention militaire qui implique la guerre ainsi que les droits des citoyens d'un pays comme les États-Unis de porter des armes car c’est une source immense de débouchés . Cependant il arrive de plus en plus que le lobby par excellence qui est l’État face pression sur les entreprises produisant de la haute technologie afin que ces dernières l’aident dans la réalisation des agendas loufoques.

Maniant avec dextérité la carotte et le bâton, lorsque l’attribution des marchés juteux ne suffisent pas à convaincre les dirigeants d’une entreprise comme Microsoft d’introduire un programme d’espionnage pour le gouvernement américain dans les ordinateurs de tous ceux qui utilisent Windows, le recours aux menaces ou aux attaques légales est souvent utilisé en guise de représailles, comme le procès anti trust contre Bill Gates et Microsoft, qui même s’il faille reconnaitre l’oligopole de Microsoft dans la construction de certains logiciels comme Windows ; il n’est pas moins vrai, comme l’admettent certains analystes que les attaques fussent -elles justifiées contre Microsoft, seraient en fait le pendant rétributif du gouvernement américain contre les entreprises qui ne veulent pas coopérer. Alors que Windows reste le système opératif le plus utilisé avec des milliards d’individus utilisant des ordinateurs, si un tant soit peu, on imagine que le gouvernement américain aurait pu réussir de convaincre Microsoft de mettre par exemple une porte arrière qui permettrait l’accès aux données des milliards d’individus à travers le monde qui utilisent Windows, ça aurait été le casse du millénaire en matière d’espionnage. Dans le même ordre d’idées, depuis un certains temps les démarches qui permettraient au gouvernement américain d’avoir accès aux données des téléphones et des ordinateurs des personnes qui utilisent Apple, ont réalisé des progrès significatifs. La faute peut être au fait que plusieurs départements du gouvernement américain depuis peu sont fournis en matière d’ordinateurs par Apple. On peut ainsi comprendre aisément que l’attribution de marchés de plusieurs milliards de dollars à Apple, par le gouvernement américain auraient bien pus avoir des clauses secrètes sur l’accès aux données des clients de Apple. Israël a souvent été accusé de lobbying, visant l’infiltration de la politique intérieure de pays étrangers tels que les États-Unis ou le Royaume-Uni. Les lobbys juifs en Angleterre ont souvent menés des campagnes visant à accuser de racisme les activistes ou politiciens qui étaient contre les politiques répressives de l’Etat sioniste envers la Palestine , a révélé une enquête de l'unité d'enquête d'Al Jazeera. L’enquête, The Lobby, a également révélé la vaste campagne de propagande menée par Israël au Royaume-Uni pour contrer les informations négatives sur ses politiques et son financement des voyages en Israël pour les jeunes militants anglais de gauche ou de droite. Dans son ouvrage Dictionary of Politics (1992), Walter John Raymond décrit le terme "lobby juif" comme "un conglomérat d'environ trente-quatre organisations politiques juives aux États-Unis qui déploient des efforts communs et distincts pour faire pression pour leurs intérêts aux États-Unis , ainsi que pour les intérêts de l'État d'Israël ". Il a également noté que "parmi les organisations qui participent le plus activement aux activités de lobbying au niveau fédéral, régional et local des institutions politiques et gouvernementales figurent: le Comité américain des affaires publiques israéliennes (AIPAC), le Comité juif américain, ou le B 'nai B'rith. "Dominique Vidal, dans Le Monde diplomatique, déclare qu'aux États-Unis, le terme est" décrit par lui-même "et qu'il" n'est qu'un des nombreux groupes d'influence ayant un statut officiel auprès des institutions et des autorités ". La réalisation efficiente des intérêts sous-entend la maitrise de l’information. Aussi, les lobbies ont également recours à l'espionnage pour connaître à l'avance le contenu des projets de loi, et pouvoir ainsi les influencer en les abrogeant ou en incluant certaines clauses.

En France l’amendement interdisant le glyphosate de la ministre Delphine Batho s'est retrouvé en mai 2018 entre les mains de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes, principal lobby des pesticides réunissant notamment BASF, Bayer et Monsanto), bien avant sa publication officielle. Delphine Batho sera plus tard démise de ses fonctions au sein du gouvernement du président Français Emmanuel Macron qui depuis est présenté comme la marionnette des super patrons. Les groupes de pression en dehors du clientélisme, vont souvent plus loin utilisant le rançonnement, les menaces, et même la mort. En Afrique par exemple il arrive que le lobby des multinationales finance des coups d’Etats sanglants comme ce fut le cas en 2011 avec l’arrestation du président Ivoirien Laurent Gbagbo, ou l’exécution sommaire de Mouammar Kadhafi en Libye la même année. En Amérique latine, l’assassinat en décembre 1988 par un propriétaire de ranch membre du lobby des exploitant forestier, de Chico Mendes, un syndicaliste et environnementaliste brésilien qui se battait pour préserver la forêt amazonienne et les droits fondamentaux des paysans brésiliens et des peuples autochtones, et de bien d’autres reste encore vivace dans les esprits. Si la profession de lobbyiste est légale, il ne reste pas moins vrai que derrière l’appellation cabinet conseil, se cache souvent des véritables réseaux de corruption, qui sont utilisés aussi bien par les dictateurs que les hommes

d’affaire et les politiciens véreux, pour polir leurs images aussi bien dans les médias que dans les relations internationales entre les Etats. En Occident il est clair depuis que l’on assiste à recul significatif de la démocratie vers la Synarchie, qui constitue l’ascendant réel qu’a désormais le pouvoir économiques et les grands patrons des multinationales, sur les dirigeants qu’ils choisissent. On parle ainsi désormais des autorités sans pouvoir, ce dernier étant détenu par l’oligarchie que forme les multinationales qui façonnent à leur guise aussi bien la politique interne qu’internationale des nations. lire plus sur www.flashmag.net Hubert Marlin Journaliste


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