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  • Hubert Marlin

Boycott et démocratie L’arnaque de la chaise vide


Le terme boycott n’existerait pas si la cupidité du capitalisme n’était pas aussi vénale. En 1879 Charles Cunningham Boycott (1832-1897), en tant qu’agent foncier de John Crichton comte de Erne, dans le comté de Mayo en Irlande, avait cru bon qu’il fallait continuer à garder le prix élevé du loyer des fermiers alors que la grande disette faisait rage. Ces derniers  n’avaient évidement plus les moyens de le payer. Les mesures prises dans le cadre d’une campagne pour la sortie de crise qui prévoyaient des justes loyers, la fixité de la tenure et la vente libre, furent jugées inhumaines ; car en fait le véritable plan était axé sur l’expulsion et la location au plus offrant. Les militants locaux de la Irish Land League de leur côté   commencèrent   une campagne qui fut plus que suivie, en sommant y compris par les menaces les employés de Boycott, y compris les travailleurs saisonniers de Lord Erne, de cesser de travailler.

 La campagne d’isolement contre Boycott dans la communauté locale, mena très tôt à la ruine de l’employeur de Charles C. Boycott, qui désormais donna son nom à ce phénomène.

Le boycott a depuis traversé le temps et   le comté irlandais de Mayo, et est devenu quelque chose de vital dans les manœuvres de pressions pour forcer un pays ou une institution à obéir à certaines injonctions fondées sur la légitimité ou le profit de la partie qui exerce la pression. Le terme légitimité a tout son poids lorsque l’on parle de boycott, ou d’embargo car la légitimité que confère les causes comme les agressions des personnes, et la destruction  des biens matériels dans le cadre d’un régime dit dictatorial  ou sanguinaire, n’apporte pas toujours les solutions aux personnes qui souffrent  d’un régime politique, mais donne souvent l’avantage à ceux qui profiteraient d’un changement de régime, et on assiste à une configuration antagoniste qui détruit souvent sur le terrain ceux qui ont été la raison des sanctions internationales de l’embargo ou du boycott envers un régime, et le régime lui-même qui aurait commis l’irréparable.  Le secret de polichinelle qui fait souvent croire que les interventions contre un pays, les boycotts  et les embargos sont fait pour protéger les plus faibles, a depuis fait le tour du monde plus d’une fois, mais semble toujours faire des émules, pour la simple raison que dans une situation de crise, il ya plusieurs prétendants en embuscade, qui souvent s’entendent ou se combattent pour la sauvegarde de leur intérêt.

Plus les prétendants au profit résultant d’un conflit sont nombreux,  meilleures seront les chances de réussite de la manipulation visant à évoquer une raison noble, pour avancer les agendas plus que loufoques. Dans les arènes politiques des pays en voie de développement, le Boycott est un phénomène qui est de plus en plus usité comme son frère l’embargo pour souvent s’emparer du pouvoir par la malice.  S’il est vrai que les gouvernements du tiers monde, souvent tiennent le pouvoir d’une main de fer en créant un cadre légal qui s'inspire de l’illégalité qui promeut leur pérennité au pouvoir, il est évident que certains en choisissant le boycott veulent simplement montrer au monde que le système n’est pas égalitaire, et que dans cette configuration il serait impossible de changer de régimes par des voies démocratiques.

Dans les pays du tiers monde, Ceux qui boycottent les élections ont recours à la désobéissance civile en général, et comprennent que le seul moyen pour un changement de régime, est souvent la violence ou l’isolation. 

Puis  que le jeu politique est confisqué,  le seul moyen qui leur reste c’est de briser cette barrière,  et dans cette optique on a en général 2 hypothèses. Ceux qui prennent le chemin de la guérilla et espèrent par les armes changer les choses, et ceux qui combinent la guérilla, et les manifestations populaires,  et comptent en général sur l’hyper violence des autorités dictatoriales dans la répressions de ces mouvements armés ou populistes pour forcer l’intervention des forces internationales comme celles de l’occident ou des Nations Unies, pour influencer le changement de régime  espéré.

Le boycott et l’embargo imposée aux entités ont cependant plus de succès s’ils conduisent à la guerre qui elle vient parachever l’œuvre de l’usure de l’isolation, qui souvent affaibli des entités qui alors deviennent plus facile à démanteler. Le boycott quant- il en vient à la démocratie participative avec le phénomène des élections dont la tenue et les résultats sont soit boudés ou contestés, n’est qu’une méthode de conquête du pouvoir, de manière légitime ou pas.

Le boycott est utilisé,  dans le cadre des embargos de la communauté dite internationale envers certains pays, pour   mettre la pression sur un point qui ferait tomber un gouvernement.  Cependant, boycotter n’est pas toujours effectif. Dans le cadre des jeux olympiques comme cela fut préconisé contre Berlin en 1936 avec la montée en puissance du Nazisme et d’Hitler, le boycott ne servit pas à grand-chose, car à l’époque, les jeux n’étaient pas un marché susceptible de rapporter des milliards de Deutsche Mark à l’Allemagne Nazi, qui aurait utilisé cet argent pour faire la guerre.  Les jeux furent plus un atout idéologique. Ils aidèrent les nazis à convaincre les allemands de la grandeur de l’Allemagne en préparation du conflit mondial.  Si certains pays qui voulaient boycotter ces jeux avaient réussi dans leur campagne, cela n’aurait pas changé grand-chose à l’agenda Nazi, si oui à renforcer la méfiance du peuple allemand envers des étrangers qui avaient osé bouder leur fête.     Les résultats du boycott restent mitigés car dans la majorité des cas, ils ressemblent plus à une fuite en avant qui souvent permet aux dictatures de perdurer. Dans le passé plusieurs dictatures aussi bien en Afrique qu’en Amérique latine, ont souvent infiltrer les mouvements de l’opposition pour faire adopter les idées de boycott qui du même coup éliminaient leurs adversaires politiques, leur ouvrant un boulevard vers le pouvoir.  Dans cette optique le vote blanc est une carte blanche à la dictature.  En plus il y a un effet pervers du boycott dans le cadre par exemple des villes mortes dans la partie anglophone du Cameroun le ralenti des activités commerciales a des conséquences mineures  pour l’administration querellée, et graves  pour la population qui perd  le moyen de se ravitailler aussi bien en devise pour ce qui est des commerçants et en produits manufacturés  et vivriers pour ce qui est des clients; tandis que la taxation faible sur ce genre d’activité ne porte absolument pas préjudice à  l’administration centrale, qui reste maîtresse  des ressources les plus prisées  comme le pétrole. 

Il y aurait un changement de ton, si les rebelles sécessionnistes prenaient d’assaut des installation de raffinage de pétrole dans ces régions, portant atteinte du même coup aussi bien à l’administration centrale qu’a ses souteneurs, qui sont les multinationales étrangères qui exploitent ces ressources. Le boycott en général n’a pas de cadre légal qui puisse en faire force de loi. Cependant jusqu’ici la seule exception vient  de la Roumanie où en 2012 lors d’un référendum portant sur la légitimité du mandat présidentiel de Traian Basescu, dont la majorité des roumains, 86% selon les sondages réclamaient la destitution, à cause de la crise dans laquelle le pays avait été plongé  par les mesures d’austérité dictées par l’union européenne.  Seulement 46% des inscrits avaient voté, le scrutin fut annulé faute d’avoir atteint la barre des 50% des inscrits, et Basescu sauva son poste. Si les abstentions dépassaient les 50 pour cent à une élection et que celle-ci était purement et simplement annulée, cela poserait un problème majeur directement lié au rejet de la classe politique. Pourquoi les élections dans un pays seraient boudées alors que ceux qui boudent sont assez nombreux pour se trouver un candidat qui défendrait leurs idéaux ? Le boycott ou la non-participation massive aux élections que l’on constate de plus en plus y compris dans les démocraties occidentale est un aveu d’échec de la démocratie, car si le peuple refuse de se mêler à ce qu’il considère désormais comme une mascarade politique, cela sous-entend que le système est loin de les satisfaire, dans leur aspiration de bien être social et économique. 

Dans les pays du tiers monde si on a les dictatures monolithiques qui s’accrochent au pouvoir et découragent toute velléité visant à les faire passer la main, en occident la classe politique formatée par un des moules les plus anciens, reste aux affaires pour les mêmes résultats.  La préservation d’un ancien régime par le changement de faces. Aux Etats unis par exemple depuis plus deux cents ans, 2 partis politiques seulement contrôlent la maison blanche et le congrès, et cela est tout sauf de l’alternance politique.  Si du point de vue morale et politique le boycott, le vote blanc ou l’abstention ont une valeur surtout dans ce qui est de l’influence des masses envers la légitimité rabougrie des dirigeants, qui depuis gouvernent avec une minorité de suffrages exprimés en leur faveur (en France le président actuel a une légitimité d’environ 30% si on se base sur ceux qui ont voté  en sa faveur). Du point de vue juridique un scrutin malgré son  fort taux d’abstention ou de boycott reste valide, car le principe selon lequel « qui ne dit mot consent » est appliquée. Dans les démocraties, on considère que le meilleur  moyen de se faire entendre c’est de s’exprimer par les urnes et non de rester chez soi le jour du vote, ou de prendre la rue pour contester une l’élection à laquelle on a refusé de prendre part. 

Les   forces du boycott en général doivent mettre les préalables à leur participation aux élections. Des préalables comme revoir la constitution ou le code électoral, pour garantir une équité certaine lorsque celle-ci serait le principal vecteur de refus de prendre part aux élections, devraient être primordiaux.  Les révisions des règles du jeu ne peuvent se faire que dans le cadre d’une démocratie participative et non isolationniste.  Tous ceux qui appellent au boycott doivent en premier analyser l’efficacité de cette arme, qui souvent est un simple moyen de pression qui ne peut empêcher une élection surtout si la partie adverse qui est sûre de l’emporter dispose d’une certaine assise électoral. Lorsque les forces du Boycott sont suffisamment fortes au lieu de Boycotter elle doivent prendre part aux élections   en proposant des programmes alternatifs qui ne portent pas que sur le postulat du déni. Elles doivent au contraire mobiliser ces forces pour imposer elles-mêmes le changement qu’elles veulent voir par les urnes.

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Hubert Marlin

Journaliste


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