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  • Hubert Marlin

Les mines de la honte


Le sol congolais regorge de trésors enfouis dans le sous-sol. La longue guerre civile, qui a ravagé l'est pendant la plus grande partie de la décennie, a été financée en grande partie par des métaux extraits de collines comme Bisié. L'étain, le tantale et le tungstène du Congo sont utilisés dans l'électronique à travers le monde. Bien que certains de ces minéraux proviennent de grandes mines industrielles de cuivre au Katanga, au sud du Congo, et d'une mine d'or au Sud Kivu, il n'y a pas encore une seule mine moderne au Nord Kivu. Dans des mines artisanales profondément souterraines allant souvent au-delà de 30 mètres , dans l'est du Congo, les enfants travaillent pour extraire des minéraux essentiels pour l'industrie électronique. Les profits des minerais financent le conflit le plus sanglant depuis la seconde guerre mondiale; la guerre a duré près de 20 ans et a récemment éclaté à nouveau.

Au cours de cette même période de 20 ans, le concept de responsabilité sociale des entreprises en occident a évolué. Malgré cela Samsung, HTC et Apple ne peuvent toujours pas garantir qu'il n'y aura pas le travail illégal des enfants dans la fabrication de leurs produits, même s’il y a maintenant un accent accru sur la chaîne d'approvisionnement a cause du cadre légale et des dommages de l’opinion publiques sur les entreprises à cause des informations qui filtrent souvent des affaires douteuses.

Au cours des 15 dernières années, la République démocratique du Congo a été une source majeure de ressources naturelles pour l'industrie de la téléphonie mobile. Cette relation spéciale a causé des dommages incalculables.

Un reporter anglais affirme : « Je n'ai jamais rien vécu de semblable à ce que j'ai vu la première fois que je suis entré dans les mines de Bisié. Les groupes armés avaient fabriqué une simple grille de bâtons, et tout le monde entrant ou sortant devait leur payer de l'argent. Environ 15 à 25 000 personnes vivaient prises au piège dans ce village fait de boue et de sacs en plastique.

C'était comme entrer dans la cour avant de l'enfer. Des femmes qui ne pouvaient pas aller à la mine offraient de services sexuels aux passants comme si elles vendaient des légumes. Des garçons d’à peine 12 ans nous regardaient avec des couches de boue séchée sur leurs joues encore enfantines, après une journée dans les souterrains à creuser les minéraux précieux. Le village vit néanmoins sous la perfusion des produits venus de l’extérieur. Tout ce qui est apporté au village est taxé à la porte; une bouteille d'eau coûte plusieurs dollars, un kilo de viande coûte 12 $. Mais parce qu'il est plus coûteux de partir, les gens restent dans ce taudis juste pour être capable d’avoir un repas »

Les fabricants de téléphones portables n’exploitent pas directement les usines ou les mines indispensables à la confection de leurs produits. Grâce à des jeux savants de sociétés écrans et d’intermédiaires pas toujours respectables, ils peuvent fermer les yeux sur des pratiques déjà dénoncées par de nombreux reportages. Bill Gates, principal actionnaire de Microsoft, qui a racheté la marque de téléphone portable Nokia, reste muet lorsqu’on l’interroge sur ces mines de la honte. Le milliardaire est pourtant beaucoup plus disert lorsqu’il s’agit des activités caritatives en Afrique, comme quoi l’afro pessimisme camouflé par la fameuse générosité occidentale, est bien plus importante, que les milliers de morts des mines artisanales, et du vol en plein air que subit le Congo.

En 2007, quelques 18 000 personnes vivaient à Bisié, travaillant sur le site avec des pioches et des pelles. Ils ont produit environ 14 000 tonnes d'étain cette année, soit environ 5% de la production mondiale. Pour le mettre sur le marché, les gens transportaient du minerai concentré sur leur tête à travers la jungle jusqu'à une piste d'atterrissage où de petits avions pouvaient atterrir pour exporter les cargaisons. C'était un travail éreintant mais lucratif pour beaucoup de Congolais. Cette ère a commencé à se terminer en 2011, en partie grâce à une loi américaine.

En vertu de la loi Dodd-Frank, une loi visant principalement à resserrer la réglementation bancaire, les entreprises opérant aux États-Unis doivent être en mesure de montrer d'où viennent les minéraux utilisés dans leurs produits. L'idée était d'empêcher les rebelles des pays pauvres de vendre de l'or et des diamants pour financer des guerres. La loi a pratiquement fermé l'exploitation minière artisanale dans une grande partie de l'est du Congo, ou le Rwanda voisin qui depuis connait une certaine embellie est accusé de bénéficier du chaos ambiant qu’il alimente en finançant des groupes rebelles. Comme celui qui fait le racket des pauvres mineurs à Bisié.

Dans une grande partie de l'Afrique, l'exploitation des ressources naturelles s'est souvent révélée être une malédiction. Les pierres précieuses et les minéraux ont financé les armées rebelles et maintenu les conflits en branle. Les gouvernements qui peuvent tirer beaucoup d'argent des redevances pétrolières ou minérales, au lieu de favoriser une croissance généralisée, en taxant les revenus et les entreprises étrangères qui préfèrent ne jamais payer la moindre taxe lorsqu’il est plus facile de corrompre des fonctionnaires véreux avec une infime fraction de ce qui devrait être payé au trésor public, se servent au lieu de servir. La classe dirigeante en Afrique centrale consacre en général ses énergies à se faire de l’argent facile plutôt que de gouverner réellement.

Cependant, dans l'est du Congo, l'État s'est pratiquement effondré, laissant de vastes territoires sans loi. Les habitants ont découvert que même un gouvernement de mauvaise qualité vaut mieux qu'aucun gouvernement.

Depuis le milieu les années 90, la République démocratique du Congo est associée aux liquidités enivrantes de l'industrie électronique. L’industrie a coûté la vie à plus de 5 millions de personnes depuis. Le cas du Congo est particulier à cause du scandale de ses richesses et surtout aussi du drame humanitaire qui y sévit depuis plus de 20 ans. Ailleurs les ressources naturelles ne sont pas moins une malédiction pour les pays en développement.

Il est temps que les industries de l'électronique se concerte pour prendre des mesures concrètes. Il y a même un organisme sectoriel qui a été mis en place pour aider: l'Initiative mondiale pour le développement durable (e-Sustainability Initiative) œuvre pour une transformation responsable, facilitée par les technologies de l’information et de la communication, vers un monde durable. Mais qui aura le courage de prendre des initiatives plus justes qui continuent d’être vues pour beaucoup en occident comme un atteinte à la limitation du profit des multinationales qui n’existent pas pour l’humanitaire mais le profit tout azimut. Et pire l’idée raciste selon laquelle l’Afrique est un endroit sauvage à prendre par le plus habile dans la férocité, reste très difficile à changer dans la manière de traiter des occidentaux et des asiatiques avec l’Afrique et les Africains .

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