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  • Hubert Marlin

L’Afrique n’est pas en retard, elle se morfond dans un système conçu pour la retardée


L’Afrique n’est pas technologiquement en retard elle ne profite pas simplement du progrès qu’elle a initié une assertion qui ferait pâlir d’incompréhension plus d’un, tant l’humanité est conditionnée et ce depuis des lustres à  regarder de manière péjorative cette Afrique qui ploie sous des coups de boudoir de la férule occidentale.

Si jusqu’aujourd’hui les apports de l’Afrique à la science et la technologie n’ont pas été reconnus, c’est bien parce que les conceptions de la connaissance scientifique ont été racialisées, comme si la connaissance et la découverte étaient en quelque sorte strictement liées à la couleur de la peau.

Il est primordial de remonter le temps pour comprendre que le développement technologique dont se targue l’occident aujourd’hui, prenant même l’initiative d’admonester ses victimes, n’aurait jamais eut lieu, si au départ l’Afrique n’avait pas existé. Si  l’Afrique est restée à la traine c’est simplement parque depuis, elle continue de travailler comme un esclave. Pendant que certains ont parlé de néocolonialisme pour expliquer les tourments que subi le continent, il serait plus opportun de recadrer ce terme en parlant plutôt de néo esclavage. Un travailleur qui est dument rémunéré peut utiliser ses gains pour meubler sa vie, voire même investir ses avoirs dans un autre domaine, et mettre un terme à ses relations avec son employeur, et voire même le concurrencer plus tard ; ce qui n’est pas le cas pour l’Afrique, qui depuis est dans un contrat de servitude avec les forces occidentales. Un contrat de servitude qui lui a été imposé, et qui freine considérablement son développement. La corruption et les autres fléaux qui minent le continent qui sont évoqués pour accuser les victimes du forfait, ne sont que la résultante de la politique de spoliation qu’a subi le continent et non l’inverse.

Dans un cas comme celui du F CFA tant décrié, si certains économistes faisant preuve d’une myopie en historiologie et sociologie estiment qu’il est possible de se développer avec le Franc CFA, si l’on gère bien le peu que l’on a, ils oublient ou ne savent pas que le FCFA a été bâti  sous le symbole de la spoliation et de la corruption. Primo, un système injuste est imposé aux populations, et de deux la force imposant ce système choisi quelques agents clés qu’elle corrompt pour assurer la pérennité de son système. Cela a marché pendant l’esclavage avec les collaborateurs véreux des deux côtés   de l’Atlantique, et cela marche encore aujourd’hui avec les régents qui servent le système de spoliation de l’Afrique contre leurs strapontins qu’ils ne doivent qu’a la perspicacité de leur trahison.

Aussi il est important de dire que l’histoire ne se répète pas mais c’est simplement les agents qui s’efforcent à la marquer, qui utilisent depuis les mêmes méthodes pour avoir les mêmes résultats.

Si l’Angleterre n’avait pas acheté la technologie des hauts fourneaux de transformation du métal dans le royaume du Ghana, ou ce qu’il en restait au 18 siècle elle n’aurait pas connue la révolution industrielle sous la reine Victoria.

Les faits historiques sont têtus lorsqu’on les passe sous les faisceaux d’une analyse impartiale. Aussi très peu de gens serait enclin à comprendre qu’en fait la période d’esclavage a connu un transfert de technologie de l’Afrique vers les Amériques transfert de technologie qui a aidé au développement des nations occidentales. Il est difficile d’admettre que les forces occidentales qui réussirent à s’accaparer les terres en Amérique et les ressources humaines de l’Afrique étaient assez intelligentes pour ne pas en faire autrement. La barbarie ne s’accommode pas de l’intelligence, et il est logique d’admettre aujourd’hui que l’occident n’est développé  que par ce que les autres sous son influence négative ne pouvait pas l’être. Cette  avance les occidentaux ne la doivent pas à leur génie technologique mais aux agents du sous développement qu’ils ont imposé et imposent depuis à la populace du monde. Si  en 50 ans la Chine est devenue la première  économie du monde, alors qu’elle est dépourvue de ressources minières et n’a pu compter que sur son idéologie et sa grande démographie, l’Afrique en 10 ans peut devenir la plus grande puissance que le monde n’est jamais connue  si un tant soit peu elle se libérait du joug occidental.  Des assertions qui paraissent absurdes, lorsque l’on refuse de regarder la vérité en face, pourtant c’est possible en 5 ans par exemple on peut devenir un ingénieur en énergie nucléaire et construire une arme qui protègerait le continent des velléités occidentales.

Pendant que l’occident a  bénéficié  des avancées technologiques qui commencèrent dans l’Egypte antique, l’Afrique aussi pourrait récupérer la technologie actuelle et l’utiliser à bon escient. La science n’est l’apanage de personne, mais de tous.

Certains exemples enterrés dans les annales de l’histoire, prouvent que les plantes qui ont été introduites dans l’Amérique pendant la période d’esclavage venaient d’Afrique.  Les archives archéologiques, histoires orales et même les pièces documentaires des propriétaires d’esclaves et marchands européens montrent bien que les Africains de la diaspora, cultivèrent pour une bonne part les mêmes plantes qu’ils cultivaient déjà en Afrique pour leur propre subsistance. En Amérique ils créèrent des fermes et jardins africains qui devinrent les incubateurs de leur survie aux Amériques. Africanisant  ainsi les modes d’alimentation des sociétés de planteurs américains. 

En Afrique même, tandis que l’on accuse souvent à tort les ressortissants des pays sahéliens de s’accoutumer du riz qui  aurait été importé d’Asie, très peu de gens savent que les premières       espèces de riz signalées dans les premières relations européennes étaient les Oryza glaberrima, qui se caractérisent par des fleurs groupées en panicules dressées et compactes dotés d’un tégument rouge. Cette variété de riz était cultivée au moins depuis 1500 av. J.-C. le long de la Casamance en Sénégambie et dans le delta intérieur du Niger. L’espèce, Oryza Sativa, à panicule de fleurs pendantes  et téguments blancs, et dont le rendement est plus élevé, fut introduite au Soudan occidental et sur la côte de Haute-Guinée. L’espèce asiatique et ses hybrides ont graduellement  remplacé l’espèce indigène. Cela dit, si les variétés de riz asiatiques ont pu être introduites avec succès, c’est parce qu’il existait déjà un système de riziculture irriguée et des méthodes de mouture du riz. (Cf. Volume collectif La Route de l’Esclave, UNESCO 12)

Les  Gullah ces esclaves importés d’Afrique de l’Ouest que l’on a établi de force en Géorgie, et en Caroline du Sud aux États-Unis, maitrisaient un art de la culture d’irrigation qui a profité aux maitres d’esclaves blancs. Les Gullah aidèrent à l’introduction du riz indigène à l’Afrique occidentale, dans les îles au large des côtes de Caroline du Sud et de Géorgie, ainsi que dans la vallée du Mississipi.

La noix de kola, et singulièrement Cola nitida, est indigène à l’Afrique de l’Ouest et constituait l’ingrédient de base des boissons très populaires élaborées aux États-Unis et en Europe dans les 20 dernières années du XIXe siècle.  Le goût distinctif de la kola a inspiré d’innombrables boissons du genre cola. De merveilleux breuvages comme le vin à la kola, le cacao-kola, le choco-cola furent expérimentés en Grande-Bretagne dès les dernières décennies du XIXe siècle, même si la boisson de Wellcome baptisée « Forced March Tabloid » était une préparation unique en son genre qui conservait le goût originel de la noix amère. Aujourd'hui bien entendu, ce sont le Pepsi Cola et le Coca Cola qui sont le plus prisés. (Cf. Volume collectif La Route de l’Esclave, UNESCO 12) 

 Dans la pharmacie les apports de l’Afrique, à la guérison des maladies est l’un des plus important et des mieux méconnu. Aussi Un vocabulaire de botanique en langue yoruba, établi à partir de connaissances scientifiques recueillies par Pierre Verger à Bahia, l’ile qui est connu comme un bastion des communautés noires qui s’affranchirent d’elles -mêmes de l’esclavage, dépasse les 700 pages. Les esclaves déportés ayant tout fait pour conserver leur héritage, malgré les difficultés liées à leur condition.  Si l’on ajoutait à ce recueil les connaissances botaniques existant au Nigeria, cette encyclopédie serait plus longue. Ces connaissances scientifiques sont d’une portée considérable au point de vue pharmacologique.

De même, la composition chimique de très nombreux sels présents dans le centre du Sahara et le bassin du lac Tchad, était comprise dans le sens de ses applications en pharmacologie, en cuisine, en tannage, en teinture des textiles et en soins vétérinaires. La distinction entre sulfates, carbonates et chlorures étaient connus, et il y avait eu des tentatives pour isoler ces sels sur la base d’un procédé   qui est révélateur d’un niveau d’investigation scientifique certainement susceptible d’être transféré aux Amériques. Tant la botanique Yoruba que les connaissances scientifiques sous-tendant la mise en évidence des sels du Soudan central attestent une sophistication scientifique qui fut diffusée au sein de l’Afrique de l’Ouest puis transférée aux Amériques et à la diaspora africaine.

 L ’industrie textile aussi a bénéficié  du savoir-faire africain, les premiers éléments historiques de la culture du coton sont intimement liés à l’Afrique, le coton a été reproduit en Amérique par qu’on le cultivait déjà en Afrique. Le coton était cultivé et tissé au Soudan occidental et dans l’intérieur de la baie du Bénin depuis des siècles, avant d’être introduit aux Amériques, de même que le tissage, la teinture à l’indigo et les arts décoratifs associés aux textiles. En outre Les palmerais de raphia étaient plantées en Afrique occidentale et centrale pour servir non seulement à la production du vin mais aussi à la confection de textiles.  

La canne à sucre avait d’abord été cultivée dans le sud du Maroc, puis en méditerranée avant de se répandre dans des îles situées au large des Amériques, puis de là sur le continent américain. (Cf. Volume collectif La Route de l’Esclave, UNESCO 12) 

Dans le domaine de la médecine et de la chirurgie en occident les techniques de stérilisation et d’anesthésie, et de césarienne ont été importé d’Afrique. Aussi L’école de médecine créée à Salerne a reçu au 7e siècle un apport important grâce à la venue de Constantin l'Africain, qui avait amené de Carthage (actuel Tunisie) d’où il était originaire, un grand nombre de textes anciens qui plus tard seront traduits en latin, et fonderont les bases de la chirurgie moderne en occident. Des siècles plus tard faisant face aux épidémies de morts, à cause du non-respect des règles de base comme l’hygiène, les chirurgiens occidentaux s’inspireront des travaux de Robert Felkin, un explorateur anglais et étudiant en médecine. Lors de son voyage en Ouganda en 1879, il atteste à cette époque de l’existence de la pratique de la césarienne en Ouganda. Il décrit cela dans son livre : « Notes on Labour in Central Africa. » publié en 1884 dans » the Edinburgh Medical Journal, volume 20, April 1884, pages 922-930 comment les africains étaient capables de réaliser des interventions chirurgicales.  Les recueils scientifiques de Robert Felkin seront lus par les chirurgiens occidentaux, qui se feront un devoir d’appliquer les conseils détaillés inspirés de la chirurgie ougandaise.

La formation d’empires européens et la création d’énormes richesses furent le produit du mélange de certains ingrédients – des terres pratiquement gratuites et extrêmement fertiles, de la main d’œuvre et de la technologie, en grande partie d’origine africaine, et la possibilité d’amasser d’immenses profits en s’appuyant sur l’esclavage, qui permettait de ne pas rémunérer les esclaves, pas plus pour leur travail que pour leur savoir technologique. Au même moment que l’Afrique subissait l’assaut d’une élite occidentale avide de profit, les populations occidentales n’étaient pas plus heureuses ou plus nanties que les populations africaines, même si elles avaient une relative paix. Les agents du chaos s’étant plutôt exportés sur les côtes ouest africaines.

Au-delà de l’Espagne mauresque qui a joué un rôle important dans l’expansionnisme du progrès technologique dans le monde, et en occident en particulier, il est important de souligner que le progrès technologique ne doit pas être compris comme un fait abstrait qui serait innée pour certains, tandis que d’autres seraient condamnés à se morfondre dans les méandres de l’obscurantisme et du sous-développement. L’obscurantisme et le sous-développement qui sévissent en Afrique subsaharienne sont l’œuvre de la civilisation de l’incivilité, qui a plongée l’Afrique dans les abysses de la servitude qui continuent de retarder son expansion technologique et socioéconomique. 

Tout comme pendant l’esclavage les ressource de l’Afrique ne lui appartiennent pas, et il est donc normal que cette dernière ne se développe que de manière conditionnée. Car ce qu’est l’Afrique et l’Africain d’aujourd’hui, a été systématisé depuis des siècles par les forces occidentales qui depuis ont malgré tout eu le mérite d’appliquer le principe du vol à grande échelle pour devenir une référence fallacieuse, un faux dieu admiré par une populace mondiale, manipulée, et très peu encline à la compréhension des faits et actes qui marquent le temps. La magnificence des grandes métropoles occidentale n’a d’égale que le crime de haut vol perpétué depuis des siècles par l’occident. Le voir sous cet angle n’est pas du racisme anti occidental mais une vérité qui s’impose d’elle-même.

Hubert Marlin Jr.

Journaliste

Source (Cf. Volume collectif La Route de l’Esclave, UNESCO 12) 

Paul E. Lovejoy, « Kola in the History of West Africa », Cahiers d'études africaines

Judith Carney, « Landscapes of Technology Transfer: Rice Cultivation and African Continuities », Technology and Culture, 37, 1 (1996)


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