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Christiane Obydol – Zouk Machine


Egérie du trio féminine Zouk machine Christiane Obydol en compagnie de Dominique Zorobabel et de Jane Fostin qui remplacera Joelle Ursull, ont touché les cimes de la musique mondiale dans les années 80 et 90 avec le titre Maldon qui détient le record des ventes dans le genre afro caribéen jusqu’à ce jour. Zouk machine fait par de l’histoire de la musique noire contemporaine et c’est avec une certaine nostalgie que nous accueillons ce mois Christiane Obydol qui est en quelque sorte l’âme de Zouk Machine. Dans une interview riche et ouverte elle revient sur l’épopée du Zouk Machine et les péripéties d’artistes ses projets actuels et son sentiment sur l’évolution de la musique afro caribéenne.

Flashmag : Bonjour Christiane, nous sommes heureux de vous avoir comme invite vedette de Flashmag ce mois une tribune qui a reçu pas mal d’illustre artiste Caribéens, Africains, et Américains, comme Jacob Desvarieux, Marie Jose Gibon ou Ray Lema ou Tweet. Alors merci de nous recevoir. Une question qui vous a déjà sans doute été posée un million de fois qu’est-ce qui vous amené à la musique ?

Christiane Obydol : Bonjour je suis ravie.

La musique est venue à moi malgré moi, car elle était partout à la maison mon père était avant tout un grand musicien autodidacte qui chantait, sifflait comme un pinson, jouait de la guitare, du piano, et fabriquait des flutes lui même pour en jouer. C’est lui qui nous a donné à tous le goût de la musique : Il y avait partout de la musique à la maison. Un piano à queue dans le salon, trompette, guitares, flûtes. Mes 4 frères, et une de mes sœurs s’y sont adonnés. J’ai baigné dedans.

Comment naît le Zouk Machine si nous avons une historique du groupe sur internet nous aimerions avoir la version originale, de la bouche la plus autorisée ?

Christiane Obydol : Le groupe est né sous l’idée de mon frère ainé Guy Houllier qui avait au départ la vision d’un groupe de femmes (chanteuses et musiciennes) mais à défaut de trouver un groupe de femmes musiciennes, il s’est rabattu sur 3 chanteuses à l’avant de la scène. Et avec la précieuse collaboration de mon beau frère Yves Honoré ils ont monté le groupe Zouk Machine. Ils ont fait donc appel à Joelle Ursull, Dominique Zorobabel et moi même. Nous sommes parties toutes les 3 vivre à Paris ensemble pour mieux nous connaître et travaillions nos voix et chantions différents standards Antillais 3 fois par semaine et pendant 3 mois, dans un établissement qui s’appelait à l’époque « la maison des Antilles ». Puis nous retournèrent en Guadeloupe pour former le groupe et chantèrent notre premier Album en 1986. Lors de notre première tournée sur l’extérieur : l’Afrique (Burkina Faso), en 1987, Tanya St Val a rejoint notre formation, et c’était à l’époque un concept novateur et astucieux (3 en 1) car en fait Expérience 7 accompagnait Zouk Machine qui faisait des chœurs pour Tanya St Val et vis versa. D’où les 3 en 1. Expérience 7 Zouk Machine Tanya St Val.

Le Zouk Machine commence en 1986 et à peine un an plus tard un premier couac, avec le départ de Joelle Ursull pourquoi est-elle partie du groupe alors qu’il prenait à peine racine dans le cœur des mélomanes ?

Christiane Obydol : Et oui malheureusement, un an et demi après nous nous sommes rendu compte que Joelle Ursull n’était pas faite pour être en groupe mais leader, vu que ce n’était pas l’esprit de Zouk Machine nous avons du nous séparer d’un commun accord.

Après Henri Debs production vous passez chez une major, à savoir BMG ce sera la totale avec votre titre Maldon qui caracolera en tête du top 50. Sortie en single chez BMG/Ariola le 18 mai 1990, la chanson restera 9 semaines no 1 du Top 50 des meilleures ventes de singles en France, 6 semaines en no 2 de juin à octobre 1990 et sera certifié disque de platine avec plus d'un million d'exemplaires vendu en un laps de temps. A ce moment-là, vous vous êtes dites ça y est, nous y sommes ? Comment avez-vous géré cette grande notoriété qui du jour au lendemain vous est un peu tombée dessus ?

Christiane Obydol : Je pense que nous n’en avions pas conscience du tout. Les choses sont allées tellement vite et nous n’étions pas préparées à un tel succès, mais nous nous y sommes très vite adaptées, car nous étions prêtes mentalement à faire des efforts et des concessions à cette époque et décidèrent de vivre toutes les 3 en France pour faciliter la maison de disque. Nous étions sans cesse dans un tourbillon promotionnel qui nous enchantait en fait ! On venait de notre petite Guadeloupe, et étions simplement fières sans plus.

Vous prenez réellement conscience des choses lorsque vous recevez des sommes sur votre compte que vous ne supposez même pas ; c’est là que tout change. Car votre banquier vous parle autrement, les gens vous reconnaissent, vous pointe du doigt, vous interpellent, vous appellent, ENFIN VOUS EXISTEZ ! Après c’est une question de caractère, soit on se la joue, soit on reste celle que l’on a toujours été. Mais il faut rester vigilant et se méfier des conseilleurs et des soit- disant amis en ces moments- là.

Y a-t-il eu des erreurs que vous aviez faites qui ont influencées la sérénité du groupe ?

Christiane Obydol : Nous étions qu’interprètes à cette époque et pas décisionnaires. Nous donnions nos points de vue, faisions ce que nous voulions sur scène (déplacements, tenues, chorégraphies) mais ne prenions pas de décisions finales donc…Néanmoins c’est une suite de désaccords qui ont causés la cassure du groupe à la longue! En ce qui me concerne j’ai toujours été présente à l’appel, et ai toujours pris mon travail au sérieux et respecté les autres. Toujours prête à donner de ma personne pour avancer, d’ailleurs en 1992, je me suis déchiré les ligaments du pied droit ; le deuxième jour d’une tournée de 2 mois mais j’ai quand même continué la tournée et ce jour-là, j’ai chanté jusqu’à la fin du tour de chant en sentant mon pied enfler de plus en plus jusqu’à ne plus pouvoir poser mon pied sur le sol, on a dû faire appel à une ambulance pour m’évacuer. Il a fallu découper les bottes tellement mon pied avait enflé et me faire opérer d’urgence. Et j’ai malgré tout, continué toute la tournée assise sur un tabouret soit 2 mois comme ça, ce fût un vrai supplice !

En quoi les ventes moroses de clin d’œil le 3e opus de Zouk Machine ou des raisons personnelles ont contribué à ce que certains ont appelé le malaise au sein du groupe. A-t-il été difficile pour vous de gérer ce léger revers après avoir été le tube de l’été 1990 ?

Christiane Obydol : On ne peut être gagnant à tous les coups, la musique s’est assez aléatoire. Pourtant « clin d’œil » est selon moi, un très bel album, la promotion a été différente sans doute, ou et le choix des titres par la maison de disque pour lancer cet album n’était pas le bon (probablement), mais nous y avions mis tout notre cœur comme d’habitude malgré certaines frictions. Evidemment nous fûmes déçus, mais comptions nous ressaisir en faisant mieux l’album prochain.

En 1995 Jane Fostin quitte Zouk Machine cela a-t-il porté un préjudice au groupe ?

Christiane Obydol : Plus qu’un préjudice, ce fut le coup de massue pour Dominique et moi beaucoup plus, que pour Guy et Yves. Nous ne comprenions pas Dominique et moi qu’elle veuille quitter le groupe, et pour quelles raisons ? Jeanne nous avait devancé, car elle savait que nous ne serions pas signé à nouveau chez BMG, alors aidée d’un de ses amis qui travaillait aussi dans une maison de disque, on lui a proposé un album solo en son nom ce qui a marché.

Zouk Machine redevient un Duo comme après le départ de Joëlle en 1987 et ceci, jusqu’en 2006 lorsque Dominique Zorobabel décide de prendre le large elle se reconvertit au Christianisme et s’engage dans la musique gospel en ce moment-là, qu’est-ce que vous vous êtes dite ? Que c’était la fin d’une époque?

Christiane Obydol : Tout à fait ! « La fin des haricots » pour reprendre cette expression française ! Le ciel me tombait sur la tête. Je sentais déjà depuis quelque temps les prémices de son désengagement au fur et à mesure des spectacles, elle qui était si consciencieuse, mais j’étais loin de penser qu’elle veuille complètement tout arrêter comme ça du jour au lendemain et pourtant… Pour reprendre une de ces phrases « il n’y a que les cons qui ne changent pas ! »…

Depuis vous avez ravivez la flamme recomposant le groupe avec des nouvelles chanteuses, l’année dernière vous avez célébré les 30 ans de zouk machine. En 30 ans de scène s’il fallait refaire la même chose que changeriez-vous ?

Christiane Obydol : Je n’aurais pu changer quoi ce soit, car il aurait fallu changer toutes nos rencontres, toutes celles qui nous ont menées là ? Il aurait fallu changer certaines façons de penser certaines personnes, certains comportements, certaines visions, certains objectifs, … Pour qu’un groupe tienne il faut continuer de vivre la même passion avec le même engouement, avoir les mêmes objectifs, et avoir chacun son rôle et s’y tenir. Avec le temps parfois, tout s’en va….Et les groupes se déforment ou encore cassent. J’ai néanmoins essayé de recommencer avec des chanteuses mais c’était trop compliqué de partager 20 à 25 ans avec des chanteuses qui n’ont pas fait partie de ce passé ; et qui forcément, n’auraient jamais le même engouement que moi. Alors j’ai décidé de m’entourer que de choristes depuis 2008, pour pouvoir mener seule mon bateau, car le nom m’appartient aujourd’hui. Je suis donc « la chanteuse lead » ou l’égérie de ce groupe pour reprendre votre terme, accompagnée de 2 choristes ou de tout un band en live.

Je suis devenue Zouk Machine.

S’il fallait parler du moment le plus heureux de votre carrière lequel choisiriez-vous ?

Christiane Obydol : La première fois que nous avons joué hors des Antilles (Martinique/Guadeloupe) : L’Afrique et plus précisément comme je l’évoquais plus tôt, le Burkina Faso. Où nous avions été accueilli par le défunt président Thomas Sankara qui était un homme impressionnant de charme et de classe. Sans oublier à la sortie de l’avion cette bouffée d’air chaud qui nous avait envahi et nous rappelait d’où l’on venait, et puis cette terre, toute rouge qui recolorait le bas des maisons et les vêtements des enfants, la gentillesse des gens, et malheureusement la misère cachée par leur magnifiques sourires, dont je retiens l’humilité, et l’hospitalité.

Et le moment le plus triste lequel choisiriez vous ?

Christiane Obydol : Encore L’Afrique cette fois c’est la Côte d’ivoire où grandeur et décadence faisaient corps. Le palais présidentiel avec son immensité et ses dorures, et le nombre incalculable d’handicapés qui font l’aumône, les enfants qui travaillent ou mendient, prêts à vous suivre au bout du monde. Cette profonde détresse.

Ce fût très émouvant et très évocateur pour nous, de mettre les pieds sur la terre de nos ancêtres. D’ailleurs j’en ai écrit une chanson qui s’appelle « Africa ».qui sortira en 2018. Elle raconte le jour où pour la première fois nous avons mis les pieds sur le sol Africain et que dès la sortie de l’avion, à la première bouffée d’air on ressent quelque chose.

« Africa salt of the earth, part of my heart ». …I’ve been such a long time alone without you Mama Africa, grew up without you, without knowing you, setting foot on you ; as an orphan I often dreamed about you…

Parlant du point de vue personnel votre vie privée a-t-elle une influence sur votre art ?

Christiane Obydol : Oui indéniablement ! J’écris ce que je vis et ressens. Je chante mes propres émotions et les transmet. Je chante mes joies, mes douleurs, mes désirs, mes peines, mon espoir.

Parlant de la musique afro caribéennes de nos jours pensez-vous qu’elle va dans la bonne direction ? Jocelyne Béroard par exemple estimait que le Zouk, à son détriment ne se chante plus trop en créole que diriez-vous à propos ?

Christiane Obydol : J’ai une autre vision, mais je comprends le point de vue de Jocelyn Béroard qui est tout à fait défendable. La défense du patrimoine et qui dit patrimoine dit authenticité donc le créole. Mais il faudrait que toute une industrie se mette en place pour cela. Il faudrait une industrie comme il y avait à l’époque de Mr Henri Debs qui produise, vende, et exporte notre musique. Pour l’instant les Artistes antillais sont livrés à eux-mêmes sans aucun débouché probant pour la distribution, donc la vente, et sans aucune organisation officielle autour de cela alors que c’est une réelle industrie. La plupart des artistes antillais ne vivent pas de ce métier correctement toujours à courir après leur argent payé au noir. C’est tout un mécanisme qu’il faudrait remettre en place afin de faire tourner cette industrie musicale qui se meurt et qui est pourtant un énorme patrimoine et commerce qui devient « underground » ou presque inexistant. Partie très tôt

La musique antillaise en l’occurrence, celle qui représente nos îles (Martinique, Guadeloupe) à l’extérieur, celle qui nous différencie des autres, reste le Zouk, mis à part notre musique « folklorique » : Gwo ka ou Bèlè, Le Zouk commence à peine à être connu dans le monde entier et ce, grâce à Kassav, et Zouk Machine qui l’on fait voyager certes en créole. Mais à mon avis puisque nous sommes Français, le Zouk pourrait aussi, être chanté en Français. Car nous parlons, pensons, réfléchissons en français pourquoi ne pas écrire. Et certain ont une très belle plume en français, pourquoi s’en priver. Le problème est ailleurs dans cette industrie musicale que nous n’avons plus et nous fait défaut. Qu’elle soit en créole ou en Français. La nouvelle génération est dans le ragga ou bien la dance hall ce qui ne nous appartient pas et dont nous ne serons difficilement les représentants dans le monde extérieur mais que notre jeunesse consomme à tout va. Cherchons l’erreur !

Avec la venue des nouvelles plateformes technologiques on a l’impression que la musique Afro a accusé un coup sérieux, au lieu de bénéficier plutôt de la technologie, elle a connu du recul en termes de vente, à votre avis que faut-il faire pour remonter dans les ventes de disques et remplir les salles de concert à nouveau ?

Christiane Obydol :C’est très compliqué, nous subissons tous cette nouvelle ère qui nous asphyxie, car nous ne voyons pas de solutions, mais ce n’est pas propre qu’aux artistes Afro-caribéens. Les chanteurs de variétés françaises accusent aussi le coup. Après avoir fait la tournée top 50 (2016), je me suis rendue compte que c’était une réelle chance de revenir et de pouvoir faire les plus grandes scènes de France aujourd’hui. Le nombre d’artistes qui restent sur le carreau et qui ont disparus est hallucinant ! Car n’ayant plus de maison de disque, ni en artiste, ni en distribution. Remplir les salles reste et restera toujours le même problème publicité et communication, mais pas seulement. La musique à tendance à devenir une musique kleenex, que l’on consomme vite et jette tout aussi vite. Les maisons de disques ne faisant que le strict minimum ne construisent plus de carrière pour les artistes qu’ils signent. Donc je pense que nous avons encore des soucis à nous faire. Etant de plus Antillais, le combat est d’autant plus difficile. (Internet étant mal implanté ou ne fonctionnant pas très bien et partout chez nous).Il reste le live. Mais tout artiste ne peut se permettre de supporter un groupe live, sans aide quelconque pour supporter les différents frais (vêtements, répétitions, défraiements musiciens, déplacements, etc…) Et sans une industrie qui régira notre musique pour mieux la vendre et la faire connaître à notre propre public, notre industrie musicale se mourra. En Jamaïque ils consomment essentiellement de la musique Jamaïcaine (reggae, ragga, dance hall). A Cuba de la (salsa, du meringué, de la soca) En Haïti du compa, et chacune de ces musiques sont dans leur langues originales mais sont toutes régies par des industries locales, des professionnels qui ont « l’oreille » des avant- gardistes qui font vivre et tourner correctement le schmilblick.

L’année dernière notre rédaction dans un article estimait que la musique africaine comme caribéennes ne se portait pas trop bien par ce qu’elle voulait désormais se jouer comme d’autres genres à savoir la pop ou la musique américaine et que forcement elle partait perdante dans un chemin ou depuis des décennies les artistes américains et occidentaux se sont bâtis un public pensez-vous qu’il est important de garder son originalité pour continuer à se vendre mieux ?

Christiane Obydol : Rien n’est dit de nos jours. On peut voir un inconnu poster les images d’un clip et faire des millions de vues (en anglais, en français, en créole, ou autre). Donc tout est possible et tout est impossible en même temps. Nous ne savons plus sur quels critères nous baser, nous ne savons plus comment faire. La seule échappatoire reste la maison de disque pour la promotion TV et Radio ; et qui de nos jours n’est même plus vraiment fiable. Se faire un public est très difficile car il faut arriver à le fidéliser donc produire des titres de plus en plus souvent qui plaisent et être bombardés sur les radios un certain laps de temps comme fait (Maitre Gim’s) par exemple ? Mais surtout de nos jours il faut se produire soit même, mettre de l’argent. Mais il faut aussi se produire en live pour fidéliser une clientèle de plus en plus exigeante (tv réalité) qui veut du concret. Le nerf de la guerre reste et restera l’argent, car il faut des moyens.

On se plaint qu’il n’y a plus d’émissions télé sur la musique Afro caribéenne, et en même temps le peu de media pro afro qui existent ont du mal à survivre par ce que les Afro les soutiennent très peu. Ne pensez-vous pas qu’il y a plus une crise identitaire qui tend à pervertir le travail aussi bien des médias conscients que des artistes conscients ?

Christiane Obydol : Oui je pense qu’il y a une véritable crise identitaire qui se traduit par un rejet de notre propre identité musicale : le zouk, musique qui a fait connaître nos îles à travers le monde et qui reste un véritable passeport sur l’extérieur. Mais aussi par un mauvais comportement (non-respect des horaires, de l’importance d’un 20h30 (prime time), dû à notre ignorance ou notre orgueil). d’une part qui peut s’expliquer, car le statut des intermittents aux Antilles n’est pas du tout en vigueur vu que peu d’artistes peuvent travailler et avoir des cachets de 507 heures déclarées ! Pour cela il faudrait travailler dans un hôtel et avoir un contrat de 2 à 3 mois, et travailler 2 à 3 fois par semaine ? Pour chaque artiste ? Où encore être sollicité par la plupart des évènements qui se passent sur le territoire et surtout être déclaré ? Et pour couronner le tout, les hôtels ferment de plus en plus chez nous, par manque de touristes. Les organisateurs de spectacle pour remplir leur stade ou salle font appel à des artistes étrangers régulièrement, sans penser à nos artistes locaux qui ne ramassent que des miettes, qui ne les rendent pas professionnels. On en revient à ce manque dont je parlais. Une industrie musicale caribéenne dans lequel chaque artiste ferait une formation. Mais comme vous le disiez vous-même, le public suivra-t-il ? Je pense que oui si tout le monde travaille ensemble dans la même synergie et dans le même but. Il faut changer la donne. Défendre beaucoup plus notre patrimoine et le faire fructifier avec des influences caribéennes forcément en créole, en Français, ou même en anglais pourquoi pas ? Pourquoi se mettre des barrières ?

Au moment de clore cet entretien avez-vous une question que vous auriez aimée nous voir vous poser ?

Christiane Obydol : Que s’est-il passé depuis ?

J’ai donc signé avec Wagram en distribution afin de reprendre une bonne partie du catalogue des titres de Zouk Machine ainsi que des titres inédits de Christiane Obydol et ce, pour 5 ans. Le premier album est sorti en 2016 et s’appelle « double d’or » avec un CD (audio) et DVD (live) et un seul titre inédit de Christiane Obydol : « Allez les bleus » Yélé !

Le deuxième album est en pleine préparation. Sinon j’ai fait la tournée top 50 avec Marc Toesca et j’ai pu faire tous les Zéniths de France, et les plus grandes salles soit 36 dates. Ce fût une superbe expérience !

J’ai remonté depuis 2016, un groupe live constitué de 2 choristes et de 4 musiciens talentueux, et j’ai depuis fais un concert à New-York au SOB’S en février 2017 qui ne s’est pas trop mal passé (pas assez de monde à mon goût) mais ça viendra !.Et comme vous l’avez souligné, J’ai pu fêter cette année les 30 ans de zouk Machine en Martinique, Guadeloupe et Guyane. Je suis en ce moment en tournée sur la France avec mon band, et compte fêter ces 30 ans dans une grande salle parisienne en fin d’année si tout va bien.

Le mot de la fin pour vos nombreux fans à travers le monde, et votre agenda des jours à suivre ?

Christiane Obydol : Passionnée de musique dès mon jeune âge, j’ai donné beaucoup de mon temps à la musique, et plus précisément à Zouk Machine qui a été mon principal leitmotiv. Je suis passée par des moments difficiles mais je me suis accrochée et n’ai jamais cessé de travailler et d’espérer, un jour être reconnue. La rencontre avec mon manager Henri de Lepine a régie mon métier, la façon de voir les choses, de travailler, de me projeter, et cela m’a permis d’avancer correctement et dans le bon sens. Il y a la musique, et l’esprit de la musique comme disait ma mère. L’esprit c’est tout ce qui tourne autour (le plus important en fait pour durer). Gérer la carrière de l’artiste afin de le faire durer dans le temps. Car dans ce métier il y a de nombreuses ramifications qui sont indispensables pour un bon fonctionnement et sa durée. Pour reprendre une des expressions de mon manager, « il faut planter, pour pouvoir récolter plus tard »…

Il faudrait à terme faire des formations pour éduquer, aiguiller nos artistes et les enseigner sur tout ce qui tourne autour de leur métier de chanteur et/ou auteur compositeur. En passant par la production de disques, de spectacles, les plateformes musicales ; les différents contrats (d’artiste, de distribution, d’engagement d’artiste, les royalties, la SACEM, la Spédidam, l’Adami etc.) Il faudrait que tous ces acteurs se réunissent dans la même synergie pour former une véritable industrie musicale caribéenne ; car elle existe mais n’est pas officialisée comme tel, car c’est un vrai métier pour certains pas un simple hobby. Nos artistes ont du talent mais désœuvrés s’essoufflent, s’étouffent et se meurent dans un système qui ne leur permet pas d’exister. Le vrai Artiste dans nos îles ; est l’artiste étranger qui vient de l’extérieur. Notre musique n’est pas assez mise en avant sur notre propre territoire et est devenue soit « rétro », soit « nostalgique », ou «folklorique ». ! Place au ragga, à la dance hall, au compa dont nous sommes énormément influencés (qui ne nous représente pas) mais où la nouvelle génération se retrouve et se reconnait malheureusement. Cherchez l’erreur ! Il faut que tout cela change.

A Miami ou Flashmag a été créé en 2011 vous bénéficiez encore d’une vague impressionnante de fans cela je dois vous le dire si vous ne le saviez pas.

Christiane Obydol :

Non j’avoue que je ne le savais pas pour Miami et pour les Etats-Unis en général. Mais je pense que c’est pour cela que nous avons dernièrement été contactés pour faire une tournée Américaine. Il paraît que la musique de Zouk Machine serait connue là-bas et pourrait plaire à certains. Je suis vraiment étonnée et vais tenter l’expérience très bientôt. Lol !

Je vous remercie pour cette interview et espère vous voir lors de mon passage sur le territoire Américain. J’embrasse évidemment mes fans des premiers jours et tous ceux qui veulent découvrir la musique de Zouk Machine, je leur dis à très bientôt ! Cordialement

Merci de nous avoir accordé cet entretient bonne continuation.

Propos recueillis Par Hubert Marlin


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