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  • Hubert Marlin

Sally Nyolo un opus instrumental aux sonorités rustiques


Sally Nyolo on ne la présente plus, ses 7 premiers albums, Tribu, Multiculti, Béti, Zaïone, Mémoire du Monde, La Nuit à Fébé, Tiger Run. Sont un véritable régal qui continuent de marquer les générations de mélomanes à travers le monde. Jamais personne n’a su faire un dosage si équilibré des sonorités traditionnelles et modernes, transfuge du groupe Belge Zap Mama la planète musique la découvre en 1997 lorsqu’elle est déclarée lauréate du prix découverte Rfi, son album intitulé Tribu sorti en 1996 reste un chef d’œuvre de référence dans les annales de la musique mondiale, qui aura médusé par son originalité les mélomanes du monde entier. Et les années qui suivront ne feront confirmée le talent et l’originalité de cette artiste dont le creuset reste la culture de l’Afrique profonde. Introvertie et affable elle n’a jamais hésité de s’embarquer dans des collaborations musicales, avec une pléiade d’artiste les uns plus réputés que les autres, l’une de ses plus récentes collaboration Mvet Kora est sortie en septembre 2016, elle partage la scène avec le guinéen Djeli Moussa Diawara, une référence comme elle-même dans la vulgarisation des rythmes authentique de l’Afrique. Depuis Tiger Run sorti en Septembre, 2014 Sally Nyolo est de retour avec un album produit par Rfi Sony/BMG et Lusafrica. Un opus tout en instrumental intitulé Cameroun du nom de son pays d’origine. Dans les lignes qui suivent elle revient sur ce nouvel opus, tout en répondant à quelques questions actuelles.

Bonjour Sally nous sommes heureux, tout comme nos lecteurs dont plusieurs sont vos fans de vous avoir comme invitée vedette de Flashmag ce mois.

Alors dites-nous les années passent et vous restez robuste artistiquement parlant c’est quoi votre secret ?

Sally : Salut enchantée d’être les votre ce mois. Pour ma robustesse, c’est vous autres — les mélomanes, les fans, le public — qui donnez la bonne sève à l’arbre que je suis !

Vous êtes infatigable ! Tiger Run est sorti en 2014 et 3 ans plus tard vous êtes de retour après avoir pris le temps de faire une collaboration avec Djeli Moussa Diawara. Comment est-ce que vous avez réussi pratiquement à sortir 3 albums en 3 ans ?

C’est avant tout mon envie de création et de musique qui est insatiable ! C’est comme une envie de respirer, de manger des bonnes choses… elle ne tarit jamais ! Je travaille souvent plusieurs projets en parallèle, un projet solo et des projets soit de collaboration, soit de co-production. Mes engagements sociaux m’emmènent aussi à faire de la musique : dernièrement ça a été le cas pour la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE-Afrique), pour l’entrepreneuriat féminin (réseau et magazine Dirigeantes), contre le mariage des enfants (en tant qu’Ambassadrice UNICEF)… L’album instrumental Cameroun, fait avec RFI, c’est un projet qui m’a aussi mobilisé, car l’enjeu était de proposer de la musique instrumentale et d’illustration qui puisse représenter le Cameroun et sa richesse sonore dans les productions audiovisuelles : films, émissions, publicités, etc. Ce sont toujours des projets stimulants et on ne se fatigue jamais… et d’ailleurs je suis habituée à ne pas beaucoup dormir !

Parlant de Tiger Run s’il fallait faire le bilan comment est-ce que cela c’est passé vous êtes satisfaite aussi bien du résultat du travail que de sa réception du public ?

Je ne parle pas encore de Tiger Run au passé, car c’est un album que je présente encore au public. Je vais le défendre sur scène jusqu’à la prochaine sortie d’album solo. Il y a des dates prévues en juin et en septembre en France, au Cameroun en janvier 2018. Nous le présenterons très probablement aussi en octobre, en Afrique de l’Est. C’est un album très sensible et roots à la fois dans ses thèmes et sa spiritualité. Il a d’ailleurs été récompensé par USA Songwriting Competition avec la chanson “Me so sa yen”. La chanson “Kilimanjaro”, avec la jamaïcaine Jennifer Barrett, traitait métaphoriquement de la RSE et a un clip. On a fait pas mal de presse… Mais le public est vaste à travers le monde, et à chaque sortie d’album, il faut prendre le temps d’aller le voir sur chaque territoire...

En septembre de l’année dernière vous avez sorti un album de collaboration avec Djeli Moussa comment s’est faites cette collaboration ?

La rencontre a été très passionnée. Tous les deux on était habités intensément par la fibre de la création. Djeli en mode création, est absolument prolifique et très agréable ! Il sait aussi bien proposer que se laisser diriger. Il accompagne à merveille les rythmes de la forêt, qu’il adore. On a retrouvé des airs de famille avec des flux similaires en Guinée. Pour lui comme pour moi ces moments resteront inoubliables. On était comme des enfants gourmands au fil des morceaux de l’album. Djeli et moi on se connaît depuis des années… On aime nos traditions et surtout les deux instruments phares, le mvet et la kora, qui parlent de ces deux grandes traditions fangs et mandingue. Tous les deux on s’est fabriqués un super terrain de jeu, totalement inédit. En plus on a eu quelques complices, amoureux de sonorités roots et modernes en même temps, comme James Sanger qui est venu nous apporter un peu de sa magie dans le traitement du son. J’espère que vous serez nombreux à le télécharger, il est disponible partout dans le monde sur les principales plateformes.

On a l’impression que vous faites de la musique de recherche ou alors de la musique qui reste toujours inédite. Votre répertoire très authentique est inscrit dans le creuset vous êtes une pionnière au niveau mondiale en Afrique centrale. Selon vous pourquoi les artistes qui viennent de votre parti de l’Afrique ne font pas ce genre de musique, et même quand ils jouent des rythmes africains ils refusent de jouer aux instruments traditionnels comme vos homologues de l’Afrique de l’ouest ?

Personnellement, en tant que musicien, je pars toujours du principe que la musique se trouve autour de nous et que tout son peut être musique. J’ai cette capacité d'entendre la musique tout le temps et ça fait de moi une chercheuse de sons... Ça m’emmène à la découverte d'instruments inédits et à une approche totalement ludique de différents instruments. J’ai aussi la capacité à détourner les ustensiles de la vie quotidienne pour leur son. Cela fait un univers sonore qui m’est personnel tout en étant constamment en recomposition… Au Cameroun, la diversité musicale rend difficile de prendre un instrument plus qu’un autre comme symbole collectif. Il est vrai que cette diversité devrait susciter un peu plus l’intérêt de nos propres artistes. Ça fait partie des ressources musicales comme les boîtes à rythmes ou les sons qu’ils travaillent déjà. Mais il y a quand même pas mal de techniques traditionnelles qui se sont bien adaptées, comme la guitare-balafon, l’usage du nkule de plus en plus fréquent. Je constate aussi que le travail sur le mvet se fait aussi. C’est peut-être moins visible, mais tout ça est quand même bien vivant.

Pourquoi avez-vous décider de nommer votre nouvel opus Cameroon ?

Le titre Cameroun est une proposition de RFI, producteur de l’album, car l’album rentre dans une collection de titres instrumentaux, classée notamment par pays.

Comment s’est faite sa création qu’est-ce qui vous a inspiré ?

L’album Cameroun est un album pour l’illustration sonore de productions audiovisuelles. Il fallait donc imaginer des séquences, des ambiances, des temps forts comme pour un film. Les différents instruments emblématiques auront été des sources d’inspiration, ainsi que les lieux géographiques, les ambiances de la vie quotidienne, les espaces, les rites...

L’album est un instrumental joué avec plusieurs instruments traditionnels et modernes. Avez-vous créé quelque nouvel instrument en dehors de votre Mvet revu et corrigé ?

En dehors de mon Mvet revu et corrigé, je me suis amusé avec tout : les ballets, les plaques de fer, les cailloux, les boîtes, le bouteilles… toutes sortes d’objets quotidiens que je détourne pour la musique.

Où est disponible cet opus ?

Il est disponible pour tous, en téléchargement, depuis la plateforme en ligne RFI Instrumental (https://www.rfi-instrumental.com/fr/albums/cameroun). Pour les usages professionnels, lisez bien le mode d’emploi.

Dans quelle catégorie placez si vous ce nouvel album dans le développement de votre carrière il représente quoi ?

C’est une superbe opportunité offerte ici par RFI, de voir la musique du Cameroun rentrer dans tous les milieux. Car ses utilisations pourraient être aussi bien dans les espaces publics que commerciaux, films d’auteur, reportages, fictions… C’est la possibilité pour nos sons, de pénétrer d’autres espaces. C’est magnifique ! Dans ma carrière c’est une reconnaissance que d’être ainsi appelée sur d’autres terrains de production.

S’il fallait parler des objectifs que vous voulez atteindre avec cette nouvelle production que diriez ?

On espère que des musiques de l’album Cameroun seront utilisées dans de très beaux films ou même dans des publicités utilisées massivement !

On vous a vu beaucoup vous engager sur d’autre domaine comme le leadership féminin et la condition de la femme en générale pensez-vous qu’il est important que les artistes prennent de plus en plus conscience de leur poids dans l’influence de la société et cela va dans le deux sens le positif comme le négatif ?

Chacun utilise sa notoriété comme il le veut et donc avec une sensibilité qui lui est personnelle. Mes engagements sont liés aux thématiques de mes chansons. Ils reflètent ce que je vis, ce que j’observe et ce que je pense. Ils en sont un autre dédoublement. En dehors des scènes, je n’aime pas trop la vie mondaine… j’accepte toujours de le faire pour défendre des causes spécifiques.

Le mois dernier nous avons reçu une artiste malienne qui estimait que les musiciens africains avaient tout à gagner à rester authentique que de copier les autres. Fatoumata Diawara a estimé que le respect s’acquiert avec l’authenticité et la référence à ses racines. Si je présume que vous devez sans doute partager cet avis j’aimerais savoir si vous avez pris quelques dispositions pour inculquer ces valeurs culturelle et authentique à la nouvelle génération dont certains semblent se contenter de copier ce qu’ils voient ailleurs?

Etre authentique c’est être soi-même. Je pense qu’il faut encourager la jeune génération à travailler son identité culturelle, avec quelques référents ayant une vision d’avenir pour la tradition. Car celle-ci est en constante évolution. Il faut réinvestir les ressources traditionnelles de plusieurs façons pour que les jeunes les redécouvrent et les emmènent dans leur propre voyage moderne, pour qu’ils puissent s’amuser aussi avec... Depuis des années je soutiens des jeunes artistes qui expérimentent, notamment pour le disque, des formes originales de dialogue avec les traditions. J’ai différents projets en cours à ce propos, et je vous en reparlerai bientôt…

Au moment de clore cet Sally Nyolo Flashmag et son lectorat vous disent merci pour cet entretien cordial et ouvert.

Mais avant de partir avez vous quelques dates chaudes qui permettraient au fan de découvrir votre nouvel opus sur scène ?

C’est moi qui remercie Flashmag ainsi que tous ses lecteurs, amis et fans. Ça a été un grand plaisir pour moi de venir échanger avec vous. J’ai hâte de vous retrouver sur scène bientôt, pour les journées du patrimoine en septembre en France, à l’IFC de Yaoundé en janvier. Pour les informations au fil de l’eau, suivez mes pages Facebook ou sallynyolo.com !

Propos recueillis par Hubert Marlin E. Jr.

Journaliste


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