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  • Hubert Marlin

Mambulu Ekutsu – Ecole Africaine d’été


Amilcar Cabral disait « Un peuple qui se libère de la domination étrangère ne sera libre culturellement que si, sans complexe et sans sous-estimer l’importance des aspects positifs des cultures de l’oppresseur et des autres cultures, retourne vers les chemins glorieux de sa propre culture … si la domination impérialiste a le besoin vital de pratiquer l’oppression culturelle, la libération nationale est nécessairement un acte culturel. » On ne le dira jamais assez l’Afrique est riche de sa culture qui hélas semble vouées depuis aux gémonies la perturbant à la limite du ridicule. Fortuna Mambulu Ekutsu que nous recevons aujourd’hui a eu l’idée logique d’essayer de sauver les meuble en proposant un autre paradigme qui prend en compte la culture millénaire de son continent d’origine, dans un monde en pleine mutation.

Fortuna Mambulu Ekutsu, bonjour Flashmag et son lectorat son heureux de vous avoir comme invité spécial ce mois alors dites-nous qui êtes-vous et pourquoi avez-vous pris une initiative comme l’école Africaine d’été ?

Mambulu Ekutsu : Je suis un jeune africain évoluant en Italie dans le monde de la communication et de l’éducation cross-culturelle. J’aime m’appeler « évangéliste » de la renaissance et géostratégie africaine. J’ai créé African Summer School tout d’abord parce que j’ai pris conscience d’un fait : la jeunesse africaine évoluant à l’étranger a besoin d’avoir accès à des « savoirs souverains africains », c’est-à-dire des savoirs qui émanent d’un processus d’élaboration d’information souverainement africain, et indépendant des diktats et des desiderata étrangers. Je m’en suis rendu compte durant une conférence que j’avais organisé en 2011 à Vérone (Italie) avec Jean Paul Pougala, dont l’argumentaire sur le pourquoi de la guerre contre la Libye avait mobilisé les jeunes étudiants africains de l’Université de Vérone pendant plus de trois heures de conférence. C’est de cette expérience que nait l’intuition d’organiser une école africaine d’été.

En quoi consiste ce programme et à qui il est destiné ?

Mambulu Ekutsu : L’African Summer School nait officiellement en 2013, avec une formation sur la « géostratégie africaine » donnée par le susmentionné Jean Paul Pougala et destinée principalement aux jeunes afro-descendants, mais ouvert aussi à toute personne passionnée par les enjeux africains. Dès cette première année, la didactique s’est concentrée sur deux aspects : la diffusion des savoirs africains et la préparation des jeunes participants à l’action sociale et entrepreneuriale. Le raisonnement qui nous a porté à ce deuxième aspect de notre didactique se base sur l’idée selon laquelle avoir des connaissances ne suffit pas si ces connaissances ne portent pas à l’action ; hors, l’action requiert aussi des fois l’acquisition des compétences clefs telles que la capacité de traduire ses propres idées en projets, ou même d’écrire et de lancer un projet d’entreprise. Aujourd’hui la didactique repose sur un troisième pilier à savoir, le développement personnel des participants, s’étant rendu compte que sans le savoir être, le savoir et le savoir-faire perdent toute leur essence. Notre formation est composée de deux étapes, une full immersion résidentielle de 48 h qui se réalise pendant l’été (mi-juillet) à Villa Buri (Vérone), et trois mois d’auto-formation durant lesquels les participants écrivent des mémoires ou des projets sociaux ou entrepreneuriales qui dans la suite sont évalués dans le cadre d’un concours interne vers fin novembre.

Cela fait 5 ans que vous travaillez à cette revalorisation du Continent et de sa culture s’il fallait faire le bilan comment se porte cette initiative quel est l‘engouement qu’elle suscite au sein de la diaspora Africaine en Europe ?

Mambulu Ekutsu : Nous avons formé plus de 150 jeunes. Certains ont été capables de lancer effectivement leur projet d’entreprise, grâce aussi à la visibilité reçue par notre école. Un jeune togolais par exemple est rentré à Lomé lancer un projet d’entreprise de pisciculture présentée au lors de la première édition d’African Summer School. Beaucoup ont décidé de dédier leur mémoire de fin de formation universitaire à des arguments touchant le continent africain, dans une perspective de revalorisation des connaissances africaines. L’African Summer School suscite la naissance des jeunes leaders qui sortent de notre formation, transformés, avec une grande volonté de s’impliquer socialement pour la marche de l’Afrique et de sa diaspora. C’est le cas par exemple d’une de nos étudiantes de l’année dernière, qui vient de lancer une plateforme – Isquare - qui regroupe les jeunes afro-descendants d’origine ivoirienne vivant en Italie. Comme école, nous avons créé un réseau de professeurs africains qui répondent à nos exigences, et une marque de confiance et de sérieux dans notre style de management.

La diaspora africaine est large avez-vous pensé multiplier les centres de votre activité dans d’autre régions y compris sur le continent mère ?

Mambulu Ekutsu : Nous avons une politique d’internationalisation pour rejoindre plus de jeunes afro-descendants. En 2016 nous avons lancé avec succès une formation e-learning à Kinshasa et une formation résidentielle à Bruxelles. Cette politique continuera à Kinshasa avec le lancement d’une vraie formation résidentielle dès 2018 ; suite à des difficultés avec nos partenaires locaux, la formation à Bruxelles n’a plus eu de suite. Pour le moment l’idée est de concentrer nos efforts sur l’institutionnalisation de l’African Summer School avec la création d’un Institut et en maintenant dans les prochaines années seulement deux pôles de formation, un en Europe et un autre en Afrique. Nous reprendrons la multiplication de nos centres une fois que notre futur Institut sera lancé et que nous aurons une vraie stabilité financière.

Quels sont ceux qui collaborent à ce programme et comment cela fonctionne ? le font-ils sur la base de volontariat ou alors ils sont rémunérés ?

Mambulu Ekutsu : African Summer School est véhiculée juridiquement par l’Association Africasfriends. L’Association fait appel à des volontaires durant la semaine de formation. Tous nos professeurs et consultants sont rémunérés. En tant que managers et membres de l’association, nous recevons que des remboursements de nos frais, considérant notre action tout d’abord comme une mission. Le vrai projet business sera lancé avec la naissance de notre Institut, où tout travailleur devra recevoir une rémunération adéquate.

Ce programme est gratuit ou payant ? ou s’inscrire pour ce qui veulent en prendre part ?

Mambulu Ekutsu : La participation au programme est soumise au payement d’une petite contribution (de 320 à 400 euro, selon le moment d’inscription) qui ne dépasse pas le 60% du cout réel pour former chaque étudiant. L’inscription se fait en ligne en accédant à notre site www.africansummerschool.org (session African Summer School Italy).

Ya t-il un niveau d'étude requis pour prendre part à cette école ?

Il faut juste avoir plus de 18 ans, et fait au moins des études secondaires sanctionnées par un diplôme d’état .

Vérone semble être moins cosmopolite que Milan, Paris, Londres, ou New York, cela n’est-il pas un léger frein à votre initiative ? Je n’ai pas une idée exacte des statistiques mais la communauté Afro, semble être moins importante dans votre ville, avez-vous pensez à faire de l’enseignement à distance pour toucher plus de personnes ?

Mambulu Ekutsu : Pour le moment, en ce qui concerne l’Europe, nous restons centrés à Vérone. Ceci pour des raisons historiques, logistiques, financières, et en conséquence des tentatives avortées d’expansion en Europe. Nous attendons de lancer d’abord notre Institut et ensuite trouver des partenaires fiables. Les modules e-learning sont à l’étude. Ils seront offerts par notre Institut, en collaboration avec nos professeurs, dès l’année 2018 si tout va bien.

Mambulu Ekutsu : Nous évoluons dans la sphère de l’entrepreneuriat social. Nos étudiants supportent le 60% des charges de l’école. Le reste des fonds est constitué par des allocations des sponsors et des libéralités privées et publiques. Pour atteindre nos objectifs, nous donnons beaucoup d’attention à la communication et au marketing du service semi-vendu.

Dans la configuration actuelle des rapport nord sud et de la perception de la diaspora noire d’occident par les autres groupes sociaux à votre avis quelle est la meilleure option pour la reconquête des lettres de noblesse des peuples noirs ?

Mambulu Ekutsu : Il faudrait arriver à faire émerger structurellement une élite négro-africaine consciente des grands enjeux historiques et actuels liés à la survie de ce groupe socio-culturel dans le monde; une élite prête à lutter corps et âme, ensemble, pour que les négro-africains aient une meilleur perception d’eux-mêmes, modifient positivement leurs rapports intra et inter communautaires souvent nocifs, tiennent comptent de la guerre qui est menées contre elle depuis des siècles, et décident de ne plus être la risée mais le guide du monde, conscients d’avoir été les premiers à expérimenter et développer l’humanité ; une élite capable de construire les instruments nécessaires à la pérennité de cette nouvelle volonté de « puissance noire », comme par exemple le fameux état fédéral africain que suggère Théophile Obenga, dans l’optique aussi de participer dignement au rendez-vous du donner et du recevoir; c’est cette volonté de puissance qui nous manque ; d’elle découleront beaucoup d’autres aspects. Pour ce faire, il faudrait remettre au centre de notre action le savoir, le savoir-faire et le savoir-être basées sur notre patrimoine culturel.

Que repondériez-vous à ce qui accusent les mouvements de renaissance africaines de vivre dans un passé glorieux alors que le présent est laborieux et nécessite des mesures fortes d’urgence ?

Mambulu Ekutsu : Je dirais que tout commence dans la pensée. Quand la pensée est bonne, l’action qui en découle est normalement bonne. Hors actuellement notre système de pensé est en grande partie d’emprunt ; il est dans la majeur partie des cas étranger à nos traditions et donc intérêts. Il ne nous valorise pas en tant qu’agents de l’histoire. Le projet de la renaissance africaine veut modifier cette tendance ; il ne s’agit pas d’une démarche visant à redécouvrir notre passé glorieux en vue de se leurrer et se croiser les bras, même si le fait de savoir que ses ancêtres avaient construit des pyramides crée déjà une charge psychologique positive. Il s’agit ici d’aller interroger ce passé glorieux, en comprendre les tenants et les aboutissants, pour reconstruire le présent, rebâtir notre puissance, réinstaurant une suite logique cassée par les évènements historiques négatifs tels que l’esclavage et la colonisation.

Malgré les siècles d’exploration l’histoire de l’Afrique reste tres mal connue et jusque-là, l’historiographie africaine reste à tout le moins mal écrite, quelle précaution prenez-vous pour que ce qui est enseigné à vos étudiants soit authentique ? comment se fait la sélection de vos programmes d’étude ?

Mambulu Ekutsu : Etant conscient qu’il existe deux écoles de l’histoire africaine, celle diopiste et celle hégélienne, nous tenons en considération ces enjeux dans le choix de nos enseignants et dans la composition de notre didactique. Généralement nous lisons les écrits de nos futurs enseignants, suivons leurs actions sociales et cherchons à comprendre la partie socio-politique de leur engagement académique, avant de les inviter à donner cours dans notre école.

Qu’avez-vous prévu au programme de cet été ?

Mambulu Ekutsu : Nous proposons aux jeunes africains une formation en « Religion, savoir et afro-business » qui se déroulera à Vérone du 23 au 30 juillet, dans un environnement (Villa Buri) choisi pour garantir la connaissance réciproque, l’apprentissage et le networking. Le programme et les modalités d’inscription (jusqu’à la dernière place disponible) peuvent être consultés suivant le lien suivant : http://www.africansummerschool.org/enrollment/

Au moment de clore cet entretien avez-vous un mot spécial envers le public ?

Mambulu Ekutsu : Au moment où le fondamentalisme religieux et economico-financier prend le monde en otage, le savoir, savoir-faire et savoir-être historiques des négro-africains peuvent constituer cette troisième voie/voix tant attendue par tous, pour le salut des noirs et du monde. Il faut avoir l’audace de redevenir nous-même, de reprendre et déployer notre droit d’ainesse sur une humanité perdue.

Mambulu Ekutsu Flashmag et son lectorat vous disent merci pour cet entretien.

Propos Recueillis par Hubert Marlin E. Jr.

Journaliste


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