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  • Hubert Marlin

Entretien avec Mike Sylla artiste du style


Mike Sylla, est ce qui se fait de mieux dans la fusion des cultures, c’est un créateur de mode né à La Medina, un quartier populaire de Dakar qui transpire la culture profonde, de l’Afrique de l’Ouest. Mike Sylla revisite le vêtement cuir/daim vintage pour lui insuffler une seconde vie haute en couleurs. C’ est un original, au parcours non moins atypique, qui se traduit dans sa création, qui témoigne de sa parfaite alchimie, entre le Sénégal et l’Occident. Depuis plus de 25 ans qu’il est dans la mode et le monde des arts, il a habillé les plus grosses pointures du Showbiz, mondial, et a été primé aux 4 coins de la planète notamment à Miami en 2013 lors de la Miami Fashion Week, il reçoit un prix pour l’originalité de son œuvre, tandis qu’en Afrique chez les siens, son talent ne sera pas moins reconnu. Le 22 mars 2014 à Accra au Ghana il recevra une récompense internationale, du président de Dream Child Foundation, Oskar CJ Ibru, en reconnaissance de son talent artistique, et du rayonnement qu’il a apporté à la mode africaine et de son influence au sein de la Diaspora Africaine.

Mike Sylla est l’invité de notre page mode ce mois dans les lignes qui suivent il nous en dit plus sur sa personne et son art. Mike Sylla: Bonjour Flashmag et son lectorat son heureux de vous avoir comme invité vedette de la page mode du mois de Mai 2017. Nous allons rentrer dans le vif du sujet sans se perdre dans des introductions laconiques. Alors lorsque vous arrivez à Paris dans les années 80 aviez-vous un plan défini pour faire votre chemin dans les arts ?

Mike : Originaire du Sénégal, je suis venu à Paris pour les études et par le biais des rencontres, je suis devenu styliste designer. Citadin dans l’âme, je me rappelle La Medina un quartier d’artistes de Dakar où j’ai grandi, j’aime et j’ai besoin en tant qu’être créatif de cette énergie. Etant fils d’orfèvre, d’alchimiste, toute ma création sort de ma philosophie, ma culture. J’ai eu l’occasion naturellement de baigner dans un environnement à la fois d’ouverture d’esprit, de créateur, et de rassembleur.

Comment, avez-vous finalement atterri dans le style ?

Figure de l'activisme culturel de la fin des années 80, je suis arrivé à la mode d’une façon originale et intéressante, par le biais de la peinture et de l’Art vivant. La musique m’a beaucoup inspiré. Mon premier concept est un assemblage de tissus et de peaux travaillés, dans un esprit du recyclage du cuir daim vintage que j’anoblie en donnant une seconde vie aux matières.

En 1992, vous lancez votre griffe Baifall Dream. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce nom ? Et c’est quoi, la philosophie derrière ce concept ?

Je signe mes créations Baïfall Dream, le rêve des couleurs et je fédère un collectif d’artistes Baïfall Dream & The Human Tribe autour de ma marque réalisée en atelier réunissant la mode, la peinture et la musique : un partage d’artistes et une philosophie qui symbolise le dialogue et la diversité des cultures. On remarque que le fond de Baïfall Dream, est une espèce de patchwork sur les matériaux comme le cuir ou le daim avec ce style quel message voulez-vous passer ? Je travaille les matières nobles, comme le mode d’assemblage du tissu mythique du patchwork.

J’aime la vibration de la peau, c’est une manière de retrouver mon Afrique, de l’amener à se rapprocher d’autres origines et cultures. Ma collection s’adresse à des femmes élégantes et modernes, à la recherche d’un esprit vintage ethnique, un style unique et exclusif qui consiste à fusionner les genres et à aborder les couleurs et les matières nobles de manière subtile. Je démontre ainsi à travers mon parcours que l’Art est multiple et mouvant.

Lorsque l’on vous donne l’étiquette de modéliste vous la rechignez en estimant je cite « Qui dit mode dit démodé. Je ne suis pas allé là où ils m’attendaient. Je ne fais pas des chiffons mais des œuvres. » Qu’est-ce que cela sous-entend que vos œuvres ne sont pas faites pour être portées, mais simplement contemplées ou alors que lorsque que l’on décide de les porter, forcement on adhère à une certaine idée de l’Art qui n’a pas de prix ?

Ma mode est un style innovant en créant des tendances. C’est un véritable travail d’Art confidentiel et personnalisé. J’ai initié une atmosphère toute particulière à mes œuvres d’Art mobiles, une essence Street-Afro-Pop-Art prolifique et vivante, qui lui est bien propre. Une philosophie qui symbolise la diversité des cultures mondiales. De nombreuses personnalités s’approprient mes créations, et sont fidèles à mon Art. Baïfall Dream est la mode portée qui porte la World Culture Couture : De l’Art porté.

Vous avez très tôt compris qu’il fallait allouer à votre affaire, un cadre conviviale en ouvrant un salon de thé qui aide à créer un dialogue social, en dehors de l’aspect commercial. Pensez-vous que cela a aidé à un meilleur échange ; aussi bien entre la diaspora africaine en France, tout comme avec les ressortissants de votre pays d’accueil ? Je suis généreux dans l’approche de ma création, qu’à l’égard du Sénégal, de l’Afrique en général et de sa diaspora. L’ouverture du Salon de Thé Galerie Le Theranga, un lieu où les cultures se brassent, permet aux jeunes artistes de participer à la scène éphémère et à l’exposition d’Art et de culture. Une initiative visant à promouvoir la richesse et la diversité des cultures, un véritable dialogue des cultures

Vous êtes aussi musicien spécialiste du Slam et la « koralyre », un instrument traditionnel qui est un mélange de guitare, de kora, de cithare et de lyre. En quoi la musique inspire-t-elle votre œuvre de styliste ou plutôt quel rôle joue-t-elle ? Je joue de la koralyre, un instrument de musique que j’ai créé et conçu avec Philippe Dubreuil, un luthier français installé à Londres. J’ai effectivement plusieurs cordes à mon arc, mes instruments de musique sont uniques, et mes sonorités au cœur de la poésie. Un parcours musical symbolique car mon instrument donne le ton en live à mes défilés et mes spectacles. J’ai dirigé des ateliers Slam poésie, et je m’assure que tous ces jeunes artistes puissent avoir une musique qui les accompagne. J’ai réalisé des concepts de spectacles, une trilogie comme le Slamopera, le Slamophonie et la Slamoperette qui ont marqué le mouvement Slam dans le monde.

Cela fait 25 ans, que vous êtes dans la mode vous avez habillé des grosses vedettes du showbiz et avez reçu des prix prestigieux dans les 4 coins du monde selon vous la mode afro et africaine en particulier va-t-elle dans la bonne direction ? Sinon que faut-il faire pour qu’elle se porte mieux ?

Il est nécessaire de valoriser l’Art et la créativité, et de permettre aux stylistes et aux maisons de couture afro-caribéennes de présenter les dernières tendances de la mode sur le marché de la mode internationale. Il existe des talents d’exception de l’Afrique, des Caraïbes et de sa diaspora, de nombreuses initiatives sont encore à faire. Nous pouvons remarquer leur présence sur de nombreuses Fashion Week.

Si on trouve de plus en plus des stylistes talentueux, la consommation des africains de la mode conçue par leur designers reste timide, à votre avis pourquoi ?

Il y a un réel changement qui s’opère, l’industrialisation de la mode africaine devient dynamique et cette envie de commercialisation s’installe chez les créateurs, cet état d’esprit va s’accentuer. Le textile africain s’exporte et se porte bien, on peut l’admirer sur les podiums et les salons professionnels.

En Afrique les couturiers et leurs clients sont de véritables stylistes, qui créent des modèles selon les exigences de leurs clients ou selon leur style, à votre avis pour une meilleure consommation de la mode africaine il faut continuer à supporter les couturiers locaux qui restent très flexibles, ou créer des unités de production en masse pour le prêt à porté Africain ?

Il me parait nécessaire que nos gouvernants, et les investisseurs, s’ouvrent sur le marché de la mode et de la création, c’est un avenir prometteur Malgré votre internationalisme avec le concept world culture couture, Vous êtes aussi un ardent défenseur du concept afro vous avez créé l’Afro Free Market Paris, l’Afro Expo Paris , et l'Afro Fashion Week Paris pourquoi ? Fallait-il donner une plateforme d’expression aux africains et caribéens, qui ne rentrent pas toujours facilement dans le système occidental du monde du showbiz, ou Alors c’est une réalité, qui s’imposait d’elle-même ?​

J’ai pris des initiatives, visant à promouvoir la richesse et la diversité de ces cultures, par la création de différents concepts pour encore une fois partager notre culture, et favoriser les talents d’Afrique. Si l’on vous taxait avec ces entreprises de communautariste que répondriez-vous? Je ne suis pas en communauté, je suis chef d’entreprise et un artiste pluridisciplinaire, qui rallie les Arts en travaillant dans un esprit d’uni totalité. Je collabore avec des artistes de toutes nationalités, ce qui permet de nous enrichir artistiquement en travaillant ensemble.

La dernière fois que vous avez présenté une de votre collection c’était en Mars 2016. Quand est-ce que l’on peut espérer une nouvelle collection de Mike Sylla sur le podium ? Il y a eu de nombreux défilés depuis ! Je travaille régulièrement de nouvelles pièces et je réponds à des commandes. Cette année, je produis plus de robes, quelques-unes ont été présentées dernièrement à Dakar et à Addis-Abeba sur l’évènement African Mosaïque.

Avant de clore cet entretien, avez-vous un mot spécial envers le public ? Que ma mode vous inspire à être portée, que mon Art vous porte … comme Baïfall Dream que vous portez et qui vous porte.

Mike Sylla, Flashmag et son lectorat vous disent merci pour cet entretien cordial et ouvert.


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