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Ne Kunda Nlaba : Kimpa Vita une révolutionnaire qui reste d’actualité


Ne Kunda Nlaba est né au Congo démocratique en 1982 Producteur, réalisateur, acteur et politologue, il a fondé et dirige Labson Bizizi-Cine Kongo Ltd et Afrika Bizizi Distribution Ltd. Des compagnies spécialisées dans la production et la distribution de films. Diplômé en cinématographie à l’Université de West London il a contribué à la réalisation de plusieurs courts, moyens, et longs métrages. The Next (2009) The Steel Pan (2010) , Living without Living (2011), Cherie Bondowe (2012), Abeti Masikini: Le Combat d'une Femme (2015), Kimpa Vita: The Mother of African Revolution (2016), Afro Beat dance (2016).

Dans un entretien qui l’a bien voulu accorder à Flashmag il revient sur l’un des points saillants de sa carrière de cinéaste. Le film documentaire Kimpa Vita la mère de la révolution africaine.

Flashmag : Ne Kunda Nlaba bonjour. Nous sommes heureux de vous avoir comme invité de la page Cinépoint, dont Raoul Peck faisait la une le mois dernier. Qu’est-ce qui vous amené au Cinéma était ce quelque chose que vous avez toujours voulu faire ?

Ne Kunda Nlaba : Au fait, j’ai toujours aimé le cinéma depuis mon enfance, et je me voyais un jour devenir cinéaste. Mais ma carrière est une très longue histoire, qui peut constituer un livre. J’ai commencé à découvrir mon don d’artiste depuis l’école primaire à travers des poèmes, et pièces de théâtre. A l’âge de 16 ans, je fais un peu de la musique rap, j’ai intégré la compagnie de théâtre « Heaven Boyz » à Kinshasa, je me suis lancé dans la mise en scène en encadrant les élèves de l’école primaire du complexe scolaire Baraka, où j’ai aussi fait mes études primaires, et où j’ai commencé à faire le théâtre scolaire. Ensuite je suis passé par la danse contemporaine avec Diba Dance puis plus tard j’ai créé ma compagnie de théâtre Virunga Théâtre et ma maison de culture Labson Cultur’arts, avec laquelle j’ai organisé deux éditions du Festival Solo ou Festival Mosi à Kinshasa, un festival des spectacles en solo. Au-delà de ça, j’ai aussi fait un peu la radio et la télévision, puis je me suis décidé de me concentrer sur ma carrière cinématographique depuis 2007 à Kinshasa, en créant ma société de production Labson Bizizi-Cine Kongo. En résumé, donc ma carrière cinématographique est un don associé à mon parcours dans différents domaines que le cinéma réuni en lui.

Flashmag : Votre œuvre cinématographique s’il fallait la définir, sur quelle idéologie vous la placer vous vous considérez comme quel genre de de cinéaste engagé, artiste ou simple chroniqueur du temps ?

Ne Kunda Nlaba : Vu ma vision, je dirai que je suis tout d’abord artiste et un cinéaste engagé. Je pense que j’ai une mission dans le domaine de l’image et entant qu’artiste j’ai un devoir d’éduquer la population à travers mes œuvres, et aussi faire la promotion de notre patrimoine culturel, et notre histoire qui est falsifiée, et peu connue par nous-même Africains et par le monde entier.

Kimpa Vita est vraiment le film qui vous révèle dans la sphère cinématographique mondiale il vous permet de faire plusieurs festivals de renoms comme celui de Toronto pourquoi avez-vous pensez qu’il fallait réaliser ce film documentaire ?

Ne Kunda Nlaba : Au fait, le choix de réaliser ce documentaire, vient tout d’abord du besoin historique que nous avons actuellement. Nous avons connu beaucoup d’évènements dans notre passé, beaucoup de grands personnages historiques Africains et Kongo qui ne sont pas connus, ou sont moins connus ou peut être connues dans des mauvaises versions ou des versions falsifiées et racontées par les occidentaux ou par l’oppresseur. En outre, c’est aussi le personnage de Mama Kimpa Vita qui m’a beaucoup fasciné vu sa contribution dans l’histoire. A l’époque ou le royaume Kongo et l’Afrique étaient envahis, détruits, pillés, ses filles et fils réduits en esclave, et massacrés, voir une jeune femme de 20 ans se lever et faire face à l’oppresseur parmi tant d’hommes qu’il y avait dans le royaume, est frappant. C’est aussi ce courage de ne pas abandonner, accepter de se faire bruler vive pour la cause de son peuple. Il faut avouer que ce n’était pas si facile, il faut être un esprit supérieur pour oser. Donc, entant que cinéaste, pour moi elle mérite un hommage digne de son nom.

C’est en en 1706 que Kimpa Vita alors âgée de 22 ans, deviendra une véritable héroïne qui marquera les annales de l’histoire de l’Afrique. Une histoire africaine mal connu que vous essayez de raconter au monde. A-t-il été difficile de retracer dans votre film documentaire, la vie de cette femme d’exception ?

Ne Kunda Nlaba : Faire un travail pareil sur un personnage historique de plusieurs siècles passés, et vu que nous sommes confrontés à un problème de falsification historique, ce n’est pas si facile que ça. En faisant des recherches déjà, on se rend compte de quelques divergences dans les écrits des missionnaires catholiques, des historiens Européens et des historiens/écrivains Africains. De notre part, nous nous sommes basés plus, sur la version des mouvements d’éveil spirituel negro Africain, comme le Centre Vuvamu basé à Kinshasa en R.D.Congo, qui fait un grand travail de restauration de notre histoire. Et aussi la version du peuple Kongo ou des historiens/écrivains Kongo. L’une des grandes difficultés, c’est le manque d’archives visuelles (photos/vidéos) car elles n’existaient pas en ces temps, à part quelques portraits laissés généralement par les missionnaires catholiques de l’époque.

Comment s’est faite la réalisation de ce film et combien de temps il vous a fallu pour réaliser ce film ?

Ne Kunda Nlaba : Nous avons lancé le projet, le développement et la pré-production depuis 2013 et nous avons fait les premières interviews, la même année pour nous aider à faire la promotion. Nous avons continué et achevé la production en 2015, puis fini avec la post-production en Juillet 2016. Les moyens financiers ne nous ayant pas permis de faire le travail dans le délai prévu, voilà pourquoi il y a eu aussi ce décalage. Nous avons tourné des interviews à Paris, à Milan, à Kinshasa, à Luanda et Mbanza Kongo, où nous avons aussi tourné quelques scènes de reconstitution avec les acteurs de la ville. Le documentaire constitue une symbiose de la narration, des interviews des portraits historiques, des images, que nous avons créé spécialement pour le film, des images de reconstitution de certaines scènes de l’histoire. Nous avons aussi composé 2 chansons originales pour le film qui seront aussi disponible en ligne sur ITunes.

Avec les nouvelles technologies de communication, il y a un certain regain d’interet pour la véritable histoire africaine, sans doute qu’avec ce film vous avez contribué à ce renouveau culturel. Cependant si les critiques d’Art, ont été positives un peu partout, comment est-ce que le public a accueilli ce film ?

Ne Kunda Nlaba : Le public a très bien accueilli le film, car c’est quelque chose d’attendue depuis plusieurs siècles. Il faut dire que c’est même une première dans l’histoire du cinéma. A travers le documentaire, le public a découvert des choses dont il n’a jamais entendu nulle part, même ceux qui connaissent l’histoire, se disent avoir appris beaucoup de choses et des précisions. Pour les Africains aujourd’hui, c’est une nécessité. Nous avons reçu des standings ovations en commençant par la première mondiale à Luanda le 04 Aout 2016 au Centre Culturel Brésil-Angola, et le 11 Aout 2016 à Mbanza Kongo en Angola en passant par Paris le 29 Octobre 2016 au Cinéma le Brady, Londres le 11 Novembre 2016 au cinéma Peckhamplex, à Bruxelles le 02 Décembre au cinéma Aventure et tant d’autres.

Le christianisme a été introduit au Kongo en 1484, Dans l’histoire de Kimpa on se rend compte que la révolution qu’elle mène à partir de 1704 avant de périr sur le bucher en 1706 est inspirée de la culture chrétienne car elle est dit être la messagère de saint Antoine et est la première à admettre que Dieu n’est pas forcement blanc et qu’au ciel il y a aussi des anges noirs comment comprendre cette ambivalence une révolutionnaire africaine qui s’appuie sur la religion du colonisateur pour mener son combat ?

Au fait les missionnaires catholiques arrivent au Royaume Kongo en 1485 lors du 2e voyage du Portugais Diego Cao, mais la christianisation sera effective à partir du 03 Mai 1491 avec le baptême du roi Nzinga A Nkuwu, qui accepta de se faire baptisé et prendre le nom Portugais de Joa Ier. Et C’est à partir de ce geste du Roi que la majorité de la population dans le royaume devint forcée de se convertir au christianisme de peur d’être tuée , arrêtée , torturée pour non obéissance. En sus, c’est vraiment ce geste qui pour les Kongo marque le début de la chute du Royaume Kongo et de l’Afrique, car le Roi a cédé son pouvoir, il a abandonné sa spiritualité et opté pour la religion importée, il a même abandonné sa culture. Car, il faut le signaler qu’avant l’arrivée des occidentaux en Afrique au 15e siècle, avant l’arrivée du christianisme en Afrique, nos ancêtres connaissaient l’existence du père créateur de la terre, du ciel et de l’univers, ils connaissaient notre Dieu, ils étaient en communication avec lui et l’ont appelé dans nos langues Africaines Nzambi A Mpungu Tulendo, Akongo, Maweja Nangila, Nzakomba, Mungu, etc.

Et la lutte de Mama Kimpa Vita était de réhabiliter cette spiritualité Africaine, réunifier le royaume Kongo, et lutter contre l’esclavage. Donc, sa révolution ne s’inspire pas du christianisme mais au contraire elle s’est inspirée de nos ancêtres Kongo, du roi Vita Nkanga, qui était appelé autrement par le nom Portugais Antonio 1er. Voilà d’où vient la falsification de l’histoire, le mouvement de Mama Kimpa Vita était aussi appelé mouvement des Antoniens par des occidentaux, parce qu’ils s’inspiraient et invoquaient l’esprit du roi Vita Nkanga, Antonio 1er (Antoine) qui étaient un saint pour le Kongo, et les missionnaires vont dévier pour dire qu’il s’agissait de saint Antoine.

Dans son message, Mama Kimpa Vita voulait aussi éclaircir que Dieu n’est pas blanc, et qu’il y a des anges noirs aussi, donc dans le monde spirituel Africain il y a un Dieu Noir, il y a des anges noirs. Je vous invite tous à voir le documentaire pour découvrir le reste.

Depuis la sortie du film en 2015 quel bilan faites-vous sur son accueil par le public en général ?

Ne Kunda Nlaba : Je pense que le bilan est positif. Comme je disais, le film est bien accueilli par le public, c’est quelque chose qu’on attendait depuis longtemps. Il y a eu des émotions de plusieurs couleurs, sans oublier les larmes de certains spectateurs. Bien que notre société Afrika Bizizi Distribution soit une nouvelle société de distribution, nous nous battons pour pouvoir satisfaire le besoin du public malgré qu’il y ait une forte demande à travers monde entier, en même temps ça justifie la grandeur du personnage et du film. C’est ce genre d’histoire que le monde attend aujourd’hui, des histoires inédites. Nous avons prévu faire ce projet en trois phases : documentaire, fiction et animation.

Dans le Congo et l’Afrique d’aujourd’hui comment l’histoire de Kimpa Vita peut influencer les peuples à votre avis ? Surtout que l’on sait que la révolution de Kimpa intervient à une époque où le Congo est en pleine guerre, les colons portugais ayant introduit les intrigues politique et les guerres entre les

différentes provinces de l’empire, et le centre de l’état fédéral Mbanza Kongo ?

Ne Kunda Nlaba : L’histoire de Mama Kimpa Vita peut influencer tous les Africains, femmes et hommes dans divers domaines de la vie. Mama Kimpa Vita est un modèle de courage, de résistance et d’assomption de la liberté. Elle nous apprend à être fier de ce qu’on est, de notre couleur de peau, de nos origines et de notre culture.

A son époque où il n’y avait pas la technologie comme aujourd’hui, elle a su réunir plus de 80.000 adhérents dans son mouvement. En effet, ce que nous vivons aujourd’hui, les guerres, le pillage de notre richesse, a commencé depuis très longtemps, c’est ça aussi le combat de Mama Kimpa Vita la protection de nos richesses, le patriotisme et même la défense de nos pays.

Pour ceux qui sont intéressé par votre film, peut-on le trouver en DVD. Comment se fait la distribution ?

Le film n’est pas encore disponible en DVD, nous avançons étape par étape ; nous sommes actuellement en processus de distribution en salle et festivals puis suivra la télévision, le streaming, VOD et le DVD sera une dernière étape. Mais nous demandons au public de patienter un peu.

Parlant justement de distribution, il est difficile de se frayer un chemin dans ce marché. Les films africains ne sont pratiquement jamais programmés en salle en occident, et en Afrique noire presque toutes les salles de cinéma ont disparu. Comment espérez-vous pallier ce manque ?

Ne Kunda Nlaba : Votre question très pertinente, c’est même la raison de notre société de distribution des films Afrika Bizizi Distribution, qui a cette mission de militer pour la distribution des films Africains en Afrique et dans le monde. Nous avons un grand public Afro, qui va au cinéma pour voir les films d’Hollywood, et ce serait intéressant de voir ce même public remplir des salles pour voir nos films que nous mettrons à leur disposition. Il y a aussi un très grand nombre des noirs qui veulent connaitre notre histoire, et ceci est une très belle opportunité de pouvoir consommer et apprendre. En discutant avec nos frères et sœurs, on se rend compte beaucoup n’aiment pas aller au cinéma vu qu’ils ne sont pas représentés. C’est ainsi que nous nous faisons notre part de pouvoir amener les produits qui leur correspondent, c’est au public maintenant de s’en approprier pour nous motiver à faire plus que ça. En Afrique, il y a cette absence de salles de cinéma, et c’est ce qui fait que les gens n’ont pas cette habitude d’aller voir des films en salle. Je pense qu’il nous faut toute une politique de distribution en Afrique en commençant par mettre des films à leur disposition, les éduquer dans la consommation. C’est un sujet très vaste et complexe. Nous travaillons là-dessus et espérons apporter notre modeste contribution au développement de notre cinéma. Le film documentaire Kimpa Vita sera disponible dans plusieurs régions, consommez-le massivement. Il sera projeté au Festival International du Film Panafricain de Cannes dans a ville de Cannes en France le 07 Avril 2017, au festival Afrikamera à Varsovie en Pologne au mois de Mai 2017, ainsi que dans plusieurs festivals que nous allons annoncer très prochainement.

Au moment de clore cet entretien, avez-vous un mot spécial envers le public ?

Ne Kunda Nlaba : Notre message au public, c’est de remercier ceux-là qui nous soutiennent déjà, et qui consomment déjà le film, et nous lançons un appel à tous d’aller voir massivement ce film qui vous relate des choses cachées. Consommons les films Africains, c’est par votre soutien que nous allons développer notre cinéma, nous allons vous fournir plus de films, nous allons donner du travail à nos frères et sœurs.

Ne Kunda Nlaba Flashmag et son lectorat vous disent merci pour cet entretien…

Ne Kunda Nlaba : C’est à moi de vous remercier pour cette opportunité.

lire plus sur la version papier Glacé et digitale sur www.flashmag.net

Propos recueillis par Hubert Marlin Elingui Jr

Journaliste Ecrivain


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