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Christelle Kedi :  l’Afropolitanism et la blogosphère noire


Christelle Kédi est une artiste maquilleuse primée (GLE One London, Rising Star 2008 et Women4Africa, Maquilleuse de l'année 2012). Nominée au BEFFTA Awards (Black Entertainment Film Fashion télévision and Arts Awards) Historienne de la beauté, elle est née et a grandi à Paris, avant de rejoindre Londres ou elle a ouvert en 2007 un cabinet spécialisé dans le maquillage et la mode.

Christelle Kedi est titulaire d’un diplôme en maquillage et en art corporel pour spectacles, d’un Bachelor ès arts en gestion de salon de beauté ainsi que d’une maîtrise en arts dans l'imagerie et la promotion de la mode. Maitrisant parfaitement le français et l’anglais, elle a travaillé avec plusieurs magazines dont le National Geographic Green, The Voice Scarf et New African Woman pour n'en nommer que quelques-uns. Elle a également collaboré avec la Royal African Society, Fashion Works, la Fashion Week de Londres, l’Afro Hair Show 2012, les Boucles d'Ebène et l’exposition sur les origines de l'Afro Hair Comb à l’université de Cambridge.

Son tout premier ouvrage « Beautifying the body in Ancient Africa and today » « La beauté du corps dans l'Afrique antique et actuel » a été publié en 2013 par Books of Africa, un voyage historique et identitaire à travers le sens africain de la beauté et de ses secrets séculiers.

Son deuxième livre Afropolitanism et la blogosphère noire (2016, Books of Africa est une sélection de 21 études de cas de blogueurs afro, dans la beauté, la mode et le style de vie, dans 9 pays européens.

Christelle Kedi est l'invitée de notre page mode ce mois dans les lignes qui suivent elle nous en dit plus sur son nouvel ouvrage.

Flashmag : Bonjour christelle nous sommes heureux de vous avoir comme invité ce mois

Christelle : Salut merci de me recevoir ….

Flashmag : Si dans votre premier ouvrage vous avez plus exploré les us et coutumes de la beauté africaine de l’Antiquité à nos jours ce second ouvrage est plus scientifique et critique et en plein dans son ère. Qu’avez-vous voulu atteindre comme objectif avec l’Afropolitanism et la blogosphère noire ?

Christelle Kedi : L'objectif était de proposer un livre qui a ma désagréable surprise n'existait pas encore en 2014 lorsque j'ai lu 25 ouvrages sur les blogs et je n’ai pu répertorier que 3 blogueurs noirs sur les milliers de blogs présentés. 2 Afro-américains et un autre par un ex-mannequin afro français et gay...il fallait faire exister les bloggeurs noirs en dehors du virtuel, pour perpétrer et enregistrer l'histoire de nos pratiques en communication, mode et life style.

Flashmag : Et pourquoi avez-vous pensez qu'il était nécessaire de parler de la blogosphère

Afro ?

Christelle : La blogosphère noire est particulièrement développée par rapport à la presse noire et les autres media communautaires. Elle n'est cependant pas professionnellement parlant, un fait de journalistes ou d'investigateurs formés. C'est une plateforme d'expression supplémentaire et populaire qui offre l'avantage d'être anonyme et disponible à partir d'un téléphone mobile ou d'une tout autre technologie connectée au Net.

La blogosphère Afro (à l'exception des Afrikaners et autres populations d'Afrique du Nord non noire) est un univers d'influenceurs qui sont considères par leurs lecteurs (à tort) comme des célébrités ou des experts. J’ai développé sur une base académique la différence fondamentale entre 'célébrité', 'succès', 'notoriété' et 'influence'

Flashmag : Et que définissez-vous par Afropolitanism ?

Christelle : Je ne définis pas l'afropolitanism...Je déconstruis les mythes autour de sa réalité. C'est un terme né des Afrikaners de Cape Town en Afrique du sud une Ville à 80% blanche...

Flashmag : quels genres de mythes en occurrence ?

Christelle : L'afropolitanism n'existe pas comme fait sociologique, ni historique, ni nulle part dans l’Academia. C'est le fait d'écrivains noirs obsédés par une validation occidentale. En effet, seule la littérature diasporique féminine (rarement masculine) est friande de cette forme achevée du syndrome de Stockholm. Etre tout sauf 'africain' sous prétexte qu'un lieu de naissance ou d'habitation détermine la réalité anthropologique des gens ! Comme si un Bantou était né pour pratiquer du ski. Même les saumons vivant en eau tropicale demeurent des poissions d'eau froide !!! Pourquoi prétendre qu'on n'est plus africain des lors qu'on a essayé le métro berlinois ?

J'y fais une démonstration, pas une fixation fictive, sur la base de la psychologie occidentale...C'est hélas le mythe le plus fort : l'afropolitanisme est une création Afrikaner car les Bantous d'Afrique australe leur refusent l'appellation d'Africains...Pourquoi des naturalisés Africains se définiraient-ils comme 'Afropolitains', 'Afropeens' ou autres ? Seraient-ils plus proches des Afrikaners en termes d’identité ? Certes, ils partagent une vision coloniale de leur rapport à l'Afrique, éternelle terre à occidentaliser mais de là, à établir une fiction comme une vérité scientifique. Il me fallait réagir.

Flashmag : selon vous la diaspora noire est importante en quoi ? lorsqu'elle vise à s’intégrer elle le fait en général pour elle-même, la représentativité dans les structures occidentales sont-elles un atout ou un inconvénient à l’autodétermination des Afro?

Christelle : La diaspora noire représente 4,3% d'afro-américains, 6% de Brésiliens et Antillais et finalement 1 à 2% d'Africains hors de leur continent...Elle est une minorité peu importante en nombre mais économiquement significative pour le monde noir qu'elle maintient sous perfusion... Ses complexes d'intégration en Occident, je ne les comprends pas. Je me bats pour avoir des multinationales sur mon continent, pas pour bosser à la NASA ou dans un sénat en Europe. D'autant plus que ces mêmes personnes critiquent les industries Européennes qui exploitent l'Afrique, tout en bossant et payant leurs impôts en Europe ! Je ne considère diasporique que ceux qui descendent des Africains anciennement captifs, les autres sont des migrants, des volontaires à la minorisation dans le pays colonisateur, comme mes parents...

L'autodétermination des Afro débute par l'entreprenariat en Afrique. Social, économique ou culturel, l'entreprenariat créé de l'activité, propose des solutions locales, développe des initiatives pour le continent le plus jeune du monde.

Flashmag : Continent jeune dans la compréhension moderniste qui place l'occident en tête du développement capitaliste mais très ancien quand il revient à la culture antique, selon vous comment l’histoire mal connue de l’Afrique et l’histoire coloniale et esclavagiste affecte le développement et le comportement des africains aussi bien en Afrique qu’ailleurs ?

Christelle : Jeune en termes de démographie. Le paradigme occidental avec ses concepts de 'développement' et 'capitalisme' ne nous concerne pas.

Si mettre ses parents dans des maisons de retraite au lieu de s'en occuper, si la bestialité est légale au Canada et en Allemagne, ce type de développement, qu'ils gardent ces pratiques-là chez eux. Après les nègres qui leur courent après, tant pis pour eux...

L'histoire 'his story' ne nous affecte que si nous continuons à utiliser l'intreprevatism pour identifier la nôtre. Parlons du présent ET du futur pour reconstruire ce qui a été détruit, perturbé ou modifié. La majorité des Nigérians milliardaires ne savent pas lire les Medu Neter mais ils créent des opportunités chez eux !

Flashmag : par intrepevatism vous sous entendez ?

Christelle : C 'est une grille de lecture académique très usitée dans les sciences sociales et qui s'oppose au positivisme.

Flashmag : selon vous les bloggeurs afro veulent atteindre quel objectif avec leur publication

Christelle Kedi : Les blogueurs qui ont pris part à cette étude ont motivé leurs objectifs par le besoin d'informer, d'échanger et de s'exprimer. Je démontre que la self-gratification, la visibilité médiatique et enfin la monétarisation sont également des motivations contemplées.

L'essai est surtout un écrit sur les pratiques d'affaires (valides ou non) utilisées par la blogosphère de mode/beauté Afro descendante d'Europe.

Flashmag : comment a été accueillis votre ouvrage dans la communauté noire d'occident ?

Christelle : A Londres, l'accueil fut mitigé. Les blogueurs apprécient moyennement être associés au mercantilisme. Et puis ma démonstration sur l'identité Africaine comme vecteur économique est justifiée par le succès des blogueurs en Afrique et celui relatif de ceux qui bloguent à partir de l’Europe en étant 'Afropolitain' ou 'Afropeen'et qui courent inlassablement après les sponsorats des grandes marques occidentales. Il y a tant d'autres business model à exploiter...

Flashmag : Pensez-vous que votre ouvrage atteindra sa cible ? un mot envers les potentiels lecteurs ?

Christelle : La cible est très large… tous ceux qui s'intéressent au monde virtuel noir

Flashmag : le mot de la fin pour les lecteurs ?

Christelle : Il existe des mondes sur cette Terre : ni virtuels, ni occidentaux, ni matérialistes.

Flashmag : Bonne continuation merci de nous avoir accorder cet entretien.

Christelle : un grand Merci à l’Equipe !

Propos recueillis par Hubert Marlin

Journaliste écrivain


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