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  • Hubert Marlin

Est-il possible que Shakespeare eut été noir ?


La circulation de l’information à l’ère de la cybernétique a atteint des sommets inégalés. En une fraction de seconde, on peut repêcher des informations enfouies dans les abymes du temps, aussi de plus en plus sur internet des articles proclamant la noirceur de Shakespeare apparaissent, tout comme les photos, de son buste qui font de lui un être pas si blanc que ça. Aussi pour voir plus clair il est opportun en premier de naviguer dans la réalité de la vie anglaise du 16 et 17 siècle car d’aucuns affirment que le grand scénariste britannique ne pouvait qu’être blanc, et n’aurait jamais vu de sa vie le moindre noir; une assertion fausse mais compréhensible pour ceux qui la défende, car avec les années de brainwashing beaucoup assume que l’Europe a toujours été blanche comme neige. Cependant quand on fait un effort de réflexion et de recherche, il est claire que Londres du 16e et 17e siècle était une ville multiculturelle et surtout multiraciale, depuis plus de 1500 ans, avec l’occupation romaine qui commença en l’an 43. Les restes de la dame noire au bracelet d’ivoire, trouvé à York sont là pour le rappeler.

Londres de l’époque de Shakespeare était plein de noirs, la communauté africaine d’origine mauresque, était très importante dans la cité; et la reine Elizabeth à l’époque avait d’ailleurs reçu plusieurs plaintes de la population blanche, qui demandait à la reine de les expulser. Le lobby esclavagiste, qui était devenu très puissant à cause de la traite négrière qui commençait à peine, veillait par la presse qu’elle contrôlait déjà à l’époque, à ternir l’image de marque des noirs; autant ceux qui avaient été en Angleterre depuis au moins l’époque romaine, que ceux issues de l’immigration mauresque dans les siècles plus récents.

Etre noir en Angleterre à l’époque de Shakespeare n’étant pas impossible, vu le nombre important des personnes de cette race dans le pays et surtout à Londres, il n’est donc pas pareillement impossible, que Shakespeare eut été noir lui-même son œuvre d’ailleurs est grandement marquée par la race noire, même si d’aucuns estiment qu’ il a écrit ces rôles dédiés aux noirs, tel le très célèbre Othello, Leo Africanus qu’ il joua lui-même, et Black Luce du sonnet 144, (qui serait une femme noire qui manageait un bordel londonien), par ce qu’ il avait pris fait et cause pour la communauté noire d’Europe, qui commençait gravement à subir le racisme, et était sous la menace d’une expulsion du territoire britannique par les autorités.

Sans remettre en question le sens de fairplay du gentleman anglais qu’il fut, Shakespeare aurait sans doute pris fait et cause pour les noirs, par ce que cela le concernait directement d’une manière ou d’une autre.

Malgré tout, l’expulsion des noirs de la grande Bretagne se fera quelques années plus tard sous Olivier Cromwell, entre 1641 et 1652, des dizaines de milliers de noirs seront bannis du territoire britannique, et envoyé dans les Amériques. Le chef de guerre britannique, renflouera par cette opération les caisses de la couronne britannique, avec les esclaves bon marché qui pouvaient être expédiés, dans les plantations de la Barbade, du Brésil, de Antigua, de Trinidad et Tobago, et du sud des Etats-Unis en un temps record, comparé aux esclaves venus d’Afrique.

En prélude, un fait pas du moins anodin se produira. Le blanchiment de la culture britannique commença un siècle auparavant, avec l’arrière grand-oncle d’olivier Cromwell. Thomas Cromwell (1485 -1540) premier ministre du roi Henry 8 détruira 97% du total des pièces d’art du royaume d’Angleterre, des artéfacts qui en général représentait des siècles d’histoire britannique, mais n’étaient plus conformes à la donne raciste, qui prônait désormais une politique de blanchiment de l’histoire du royaume. Des statues seront piratées, des fresques brisées, des mosaïques pulvérisées. Les manuscrits jugés illuminés déchiquetés, des gravures en bois réduitent en cendre. Des métaux précieux représentant les anciennes figures nobles noires fondus. Les sanctuaires haut lieux de conservation du savoir issu de l’Afrique, seront aussi réduits en décombres. Ce vandalisme, allait bien au-delà d'une réforme religieuse. C'était une frénésie qui effaçait le patrimoine artistique de siècles d'artisanat indigène, avec une intensité de haine pour l'imagerie qui reste palpable jusqu’ à nos jours. La destruction du nez des statues pharaonique en Egypte, par les explorateurs anglais plus tard, suivait cette logique commencée des siècles auparavant.

Qu’en est-il du portrait de Shakespeare, et de certaines parties de son œuvre

que l’on attribue souvent à Amelia Bassano, une africaine élevée dans une famille de musiciens Vénitiens qui émigrèrent en Angleterre au 16 siècle ?

Tandis que les sceptiques affirment qu’il ne l’aurait jamais rencontré, il reste tout de même improbable qu’Amelia Bassano n’ait pas influencé l’œuvre du dramaturge britannique car on ne saurait parler de hasard, quand dans les deux pièces vénitiennes de Shakespeare, il y a une Emilia dans Othello et un Bassanio dans l'autre (Le Marchand de Venise). En outre dans Titus Andronicus il y a une Aemilius et un Bassianus, Bassanio qui est la version originale du nom la famille d’Emilia lors de son arrivée à Londres un nom qui est trouvée dans le dossier d'enterrement des membres de la famille.

Emilia Bassano qu’on le veuille ou pas était assez qualifiée pour écrire des pièces de théâtre, elle fut la première poétesse de grande Bretagne, la toute première à avoir un ouvrage publié en latin Salve Deus Rex Judaeorum en 1611 (O Dieu Roi des Juifs). Un recueil de poèmes ,qui contient plusieurs odes à la femme. Si on peut admettre qu’ elle n’a sans doute pas écrit toutes les pièces de Shakespeare comme certains le disent, elle aurait au moins contribué à son œuvre surtout que les difficultés financières qu’elle rencontra plus tard dans sa vie, lui aurait sans doute contraint de travailler pour la gloire de quelqu’un d’autre, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, au-delà du fait que son genre et sa couleur, ne lui aurait sans doute pas permit de faire valoir son talent pleinement comme le très illustre William Shakespeare.

Pour ce qui est des tableaux où William Shakespeare est représenté comme un blanc, on peut aussi s’inspirer des tableaux du Christ blanc, pour comprendre la mentalité occidentale d’assimilation de la grandeur, ou d’incorporation de la grandeur des autres dans leur catalogue. Cependant Il existe des représentations de Shakespeare comme un homme pas du tout blanc. Comme l’autre illustre homme de culture allemand Beethoven, qui n’était pas du tout blanc comme neige, il aurait lui-même fait peindre des tableaux de lui blanc pour des raisons commerciales. Le racisme ambiant aurait forcement limité son succès, il fallait donc présenter une image blanche de lui pour faire recette.

En tout cas en jouant le noir Othello ou Leo Africanus il se la jouait de toutes les façons. il faudra attendre plus de deux cents ans, pour voir un noir jouer le rôle d’Othello, dans un théâtre britannique, en la personne de l’afro américain

Ira Aldridge, au London royalty théâtre en 1826. Honni à Londres, il jouera plus à l’extérieur de la ville et dans les autres capitales européennes, Dublin, Berlin, Stockholm, Bruxelles, Vienne, Constantinople et Saint-Pétersbourg, subiront son talent.

Lors d'une performance en Russie en 1863 où il fut quasiment adopté, le poète français et romancier Théophile Gautier dira sans ambages que, la performance d'Aldridge était "Othello lui-même, comme Shakespeare l'avait créé ... calme, réservé, classique et majestueux."

Aldridge trouva la mort à l'âge de 59 ans, le 7 août 1867, alors qu'il était en tournée à Lodz, en Pologne, il reçut un hommage conséquent de ses pairs.

(les portraits illustrant cet article sont officiels, cependant il se pourrait qu'ils ne représentent pas fidèlement les personnages cités dans cet article)

Hubert Marlin

Journaliste écrivain


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