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Sylvestre Amoussou :  L’orage Africain - un continent sous influence


Flashmag : Sylvestre Amoussou nous sommes enchanté de vous avoir comme invité vedette du mois de décembre de Flashmag, le temps de cet interview notre tribune est la vôtre alors dites-nous avant le cinéma que faisiez-vous et comment est-ce que vous êtes finalement arrivé au cinéma ?

Sylvestre Amoussou : Originaire du Benin je suis en France depuis plus de 30 ans comme tout le monde en premier J’ai fait des études... j’ai une licence en droit des affaires , j’ai commencé par le théâtre, c’est sur les planches que je me suis outillé à ce métier.

On vous découvre en 1988 avec Black mic Mac2 un film réalisé par Marco Pauly, sorti en 1988 après Black Mic mac 1 réalisé par Thomas Gilou, et sorti en salles en avril 1986, Black Mic Mac 2 aura du succès mais sans pour autant faire mieux que le premier. C'est vrai vous n’aviez pas un grand rôle dans ce film mais s’il fallait dire quelque chose sur la production de ce film n’était-il pas un peu risqué de rempiler une suite si vite ?

Non black mic 2 n’a pas été à la hauteur du premier les réalisateurs ont pensé qu’il fallait capitaliser sur le succès du premier c’était la première fois que l’on montrait l’Afrique positive sur le grand écran et cela à l’époque avait créé un engouement total.

Quelques années plus tard notamment en 1994 vous jouerez au côté de Gérard Depardieu et de Vanessa paradis dans un film de Jean Becker, Elisa . Pour vous qu’est-ce que c’était un palier de plus ?

C’est toujours bien de jouer dans des grosses productions, mais pour moi c’était un petit rôle. Je suis resté sur le tournage 2 ou 3 jours, vous savez quand on vit en Europe on a le loyer à payer alors il est important de prendre les rôles de travailler. Cependant l’essentiel de mes revenus c’est au théâtre que je les ai faits, car au théâtre on peut jouer plusieurs mois voire des années et forcement en tant que professionnel des spectacles on a un statut qui vous permet de vivre décemment pour mieux se consacrer à son métier en France.

Dès 1997 vous commencez à réaliser vous-même des films pourquoi ? vous ne vous sentiez plus trop dans le diktat des rôles écrits par les autres ?

Oui, j’en avait marre d’être dans les petits rôle de gangster de marabout bref des rôles qui pérennisaient certains clichés à l’endroit des africains. Il a fallu forcement que je prenne cette liberté pour mieux exprimer mon art, et donner une autre image de qui nous sommes vraiment, on ne peut continuer à espérer à être dépeint sur un meilleur jour, si on laisse le soin aux de le faire à notre place, des autres qui eux légitimement ou pas, pensent toujours à avoir le meilleur rôle dans l’histoire. L’Afrique a besoins de se montrer les héros qui lui sont propres.

"Se réapproprier son image avant de la restituer au monde" est votre devise

Ne pensez-vous pas que puisque les capitaux qui financent le cinéma indépendant et les grosses maisons de productions, ne sont pas toujours contrôlées par les africains ou les afro descendants, il est vraiment difficile de montrer l’image que l’on voudrait montrer l’argent ayant tendance à influencer l’art ?

L’africain n’a pas encore conscience que nous nous sommes dans une guerre des images, c’est pourquoi il est important de montrer un autre visage de l’Afrique au monde, même si ce n’est pas toujours facile à cause des moyens qui sont souvent limités nous y arrivons quand même.

En Effet l’argent est le nerf de la guerre, il y a plusieurs organismes en occident qui aident les cinéastes africains, mais ces derniers sont souvent regardant sur le contenu des films si vous faites dans le misérabilisme africain vous avez une meilleure chance de vous faire soutenir par ces gens-là, mais moi vu les sujets que je traite cette voie-là m’est exclue…

Il est important de trouver d’autre circuits de financement. Moi par exemple lorsque j’ai mes films je vais au contact des africains et des âmes de bonne volonté, j’ai contacté des gens ici en Europe et j’ai aussi voyagé pour l’Afrique lors de mon plus récent projets. J’ai rencontré plusieurs personnes qui se sont senties interpellées par ce projet. Ce n’est pas facile, mais à cœur vaillant rien d’impossible, il faut jamais se décourager.

Forcément dans la mesure où on prend des financements d’une certaine catégorie, on essaye de vous dicter la ligne à tenir, on vous demande de réécrire votre script de changer ceci ou cela et à la fin le projet qui sort ne vous ressemble plus et ne vous appartient plus.

Moi la majorité de ceux qui ont contribué jusqu’ici dans mes projets, étaient des personnes qui n’étaient pas dans le domaine du Cinéma. Ce sont des mécènes qui ont cru qu’il fallait me donner un coup de pouce c’est tout, le gros de mes financements sont venus d’Afrique s’était touchant de voir que même ceux qui n’était pas des richissimes personnages ont essayé de contribuer à leur manière.

Que faut-il faire selon vous pour pallier ce manque de financement du cinéma afro ?

Faut-il miser sur les coûts de production qui s’amoindrissent de plus en plus avec les nouvelles technologies pas chères, ou alors il faut communautariser le cinéma africain amener les africains à supporter leur cinéma en premier ?

Il est important de tabler sur l’avancé technologique qui permet de réaliser des films à des coûts qui étaient impossibles il y a à peine 10 ans, mais en même temps il faut amener le cinéma à la population il est important de faire un cinéma participatif. Moi je compte dans l’avenir organiser des caravanes de cinéma aller de ville en ville à travers le continent et projeter des films. Au lieu que l’on espère simplement que les gens viennent au cinéma il faut plutôt faire à ce que le cinéma vienne à eux.

Parlant du marché de la production des films certains pensent qu’il faut désormais produire en Afrique des films pour des africains puisque la majorité des film produits en occident le sont pour un marché occidental qui est à majorité blanc ?

Comme je le disait tantôt il est temps que nous racontions nous même notre histoire il est temps que nous ayons nos propres héros… alors que les institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale imposent des priorités d’investissement à nos gouvernements en Afrique qui sont obligés de sacrifier la culture, car presque toutes les salles de cinéma on disparut en Afrique subsaharienne, il est important de repenser nos choix. Moi par exemple je pense désormais travailler avec les mairies sur le continent, ainsi que les entreprises privées de la place à qui j’offrirais volontiers un espace publicitaire dans les affiches. Bref dans un contexte difficile il faut se réinventer car on ne peut pas céder au laissé aller, notre culture c’est nous si elle se meure c’est nous qui mourrons.

Dans votre second long métrage "un pas en avant les dessous de la corruption" vous fustigez le climat délétère de la corruption cependant certains pensent que c’est la misère qui est la mère de tous les vices, et qu’il n’y a pas de corrompu sans corrupteur, avec la détérioration des termes de l’échange nord sud et le sous-développement que cela engendre pouvait-on vraiment espérer mieux ? ne trouvez-vous pas que les torts sont partagés entre ceux qui semblent pointer du doigt la corruption africaine à partir de l’occident alors qu’ils contribuent à spolier le continent, et ceux qui sur place essayent de s’en tirer par des méthodes peu orthodoxes du fait justement de la conjoncture défavorable ?

Oui tout à fait, dans le film justement j’en parle je ne me préoccupe pas trop du petit fonctionnaire ou de l’homme de la rue, j’explique les mécanismes de la corruption à haute échelle, il est important que les gens comprennent ce qu’il en est vraiment. Lorsque l’on parle de dette et d’aide au développement, beaucoup de gens ne savent pas ; aussi bien ici en Europe qu’en Afrique, qu’avant même que certains fonds arrivent sur le continent ils ont déjà été détournés en partie en occident, et bien sûr lorsque cela arrive en Afrique les hauts fonctionnaires en place achèvent de grignoter le gâteau et à la fin il ne reste plus rien. Primo les projets ne sont pas réalisés et de deux les pays s’endettent sans avoir profité des investissements qui sont inexistants, ou souvent inachevé, par ce que l’argent s’est envolé dans les paradis fiscaux, et les populations locales quand à elles n’ont les yeux que pour pleurer. Beaucoup n’ont pas été contents que je montre cette face de la corruption car dans l’imagination de beaucoup par rapport au pouvoir de l’image des médias occidentaux, lorsque l’on parle de corruption en Afrique on ne pense qu’à la corruption faites par les africains avec les détournements de fonds dont la presse fait parfois écho pourtant c’est un système bien plus complexe.

Vous êtes cinéaste indépendant quelque chose qui ressemble au sacerdoce, surtout lorsque l’on semble naviguer à contre-courant Je ne saurais être pessimiste, mais beaucoup de personnes vivant dans ce monde où la déraison du capitalisme pervers semble être devenue la norme se poseraient la question de savoir, pourquoi dans un contexte économique si difficile aussi bien pour la diaspora noire en occident que pour les africains sur le continent vous semblez persister ?

Ce n’est jamais facile et il faut se frayer son chemin et comme je disais plus haut il important que nous racontions nous même notre histoire, et cela va avec des inconvénients ; car cela n’est pas politiquement correct pour certains. Ceci ne devrait pas nous déterrer mais plutôt nous exhorter à continuer et souvent plus la tâche est ardue plus l’aventure vaut la peine d’être vécu car il y a plus à dire

Vous vous définissez comment ? Un cinéaste visionnaire, un cinéaste engagé, ou un cinéaste réformateur ?

Ah bais ça vous me définirez comme vous l’entendez je suis un peu tout ça. Mais, je dirais que j’essaye dans ma démarche d’interpeller les consciences.

L’orage Africain est votre 7 film et 3e long métrage, en tant que réalisateur. On a l’impression que cette fois ci vous avez mis le doigt sur un point qui devrait changer la donne, je dirais avant d’avoir le paradis africain on aurait dû penser à comment l’atteindre par l’autonomie économique ? Comment s’est passée la réalisation de ce film du synopsis à la mise en image ?

J’ai tablé pendant plus de dix ans sur ce film, j’ai pris le temps pour enquêter partout, aussi bien en Afrique qu’en occident au-delà de mon vécu quotidien il fallait décrire les choses le plus près possible de la réalité, même si cela reste une fiction. L’orage Africain, un continent sous influence, montre comment sont dirigés les pays africains, cependant il essaye une fois de plus de chambouler les normes établies par le coté obscure des cercles du pouvoir politique, en montrant qu’est ce qui se passerait si un président africain refusait d’être un béni-oui-oui de l’occident ?

Le tournage c’est fait pendant plus d’un mois au Benin, si la phase d’enregistrement des images est terminée il nous reste encore beaucoup à faire en ce qui concerne la post production et la distribution.

Vous semblez soutenir dans la thématique du film l’idée selon laquelle sans indépendance économique tout progrès africain est impossible ? à l’heure qu’il est l’Afrique a-t-elle les moyens de prendre son indépendance dans un contexte où l’influence des mécanismes définis par les puissances occidentales définissent l’avenir des populations africaines on a l’impression que les crises ne sont pas les crises qui devraient être passagères mais c’est plutôt un système d’exploitation perpétuelle qui régit les rapports nord sud. Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Il faut déjà prendre conscience que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être, par ce que beaucoup d’Africains vivent encore dans le mensonge, et il revient au gens comme nous de leur dire les vérités qui parfois ne sont pas agréables à entendre, la prise de conscience est la première étape il faut déjà reconnaître que si les choses vont si mal c’est qu’il y a un problème quelques part et bien sûr identifier ce problème et trouver des solutions adéquates. Hélas vue la configuration actuelle de la gouvernance en Afrique je ne vois aucun chef d’état de l’Afrique au sud du Sahara qui sort vraiment du lot, car il faut aussi une volonté étatique pour donner l’impulsion aux réformes qui s’imposent, il est aberrant que l’Afrique continue à subventionner l’occident avec les mécanismes mafieux comme le franc CFA ou les dettes gérées par le FMI et autres. Il faut aussi éduquer les populations africaines afin qu’elles changent leur mentalité d’extraversion. Quand on voit ce qui se passe en méditerranée on ne peut qu’être choqué des dégâts de la propagande occidentale en Afrique. L’occident n’est pas le paradis et si la vie là bas semble agréable, c’est simplement par ce qu’ils exploitent l’Afrique qui n’a rien à envier à personne du point de vue de la richesse. Si les africains prennent leur destin en main ils surpasseront de très loin les autres.

Ceux qui travaillent dans les médias, ont souvent enquêté sur la nébuleuse France Afrique, on a l’impression que vous avez sorti là un film assez réaliste sur les remous de couloir du pouvoir en Afrique personne jusque là ne vous a inquiété ?

Le film que j’ai fait est une œuvre de fiction et je ne suis pas de ceux qui se font facilement intimider, c’est une fiction mais une fiction réaliste.

Quelles furent vos plus grandes difficultés pour le réaliser et à l’heure qu’il est, le film est à l’étape de la post production comment cela se passe ? Quand peut-on espérer le voir en salle, très bientôt ?

Tout à fait le film est à la post production, nous continuons d’ailleurs à accepter des aides qui faciliteraient sa sortie en salle dans les prochains mois nous avons par ailleurs déjà reçu plusieurs demandes de doublage de ce film en anglais avant la première on peut dire que l’engouement est réel et cela est très encourageant.

Au moment de clore cet entretien avez-vous un mot spécial envers le public ?

Rester au courant de l’actualité de l’orage africain - un continent sous influence, un film qui nous interpelle tous. Le site officiel du film est www.lorageafricainlefilm.com nous attendons votre soutien

Sylvestre Amoussou Flashmag et son lectorat vous disent merci pour cet entretien cordial et ouvert bonne continuation.

L'orage Africain trailer video

Propos recueillis par Hubert Marlin

Journaliste Ecrivain.


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