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  • Hubert Marlin

Quand on veut l’intégration on meurt et quand on veut la liberté on vit


On aurait pu avoir comme autre titre de cet éditorial, quand on lutte pour l’intégration on meurt pour disparaître et quand on lutte pour la liberté on meurt pour vivre.

Les Africains et Afro descendants doivent en premier savoir ce qu’ils veulent la liberté ou l’intégration face à la situation du racisme global qui ne cesse de clamer des vies.

Il n’est pas osé de dire que la negrophobie est le moule de l’intégration qui ne sied manifestement pas à tout le monde. Depuis l’apparence physique, en passant par le langage et le mode de pensée, l’africain se doit de se renier pour passer le filtre du communautarisme blanc dit universel. Dans la communauté noire globale il existe un malaise identitaire qui en fait n’est que le reflet des pressions qui sont exercés sur les africains et afro descendants, afin de les modeler à la norme du communautarisme dominant, car il serait fallacieux de dire que les africains ou afro descendants ne savent pas qui, ils sont. Ils ont simplement pour certains décidé, de se conformer à certaines normes qui gomment leur identité; tandis que certains justement s’efforcent à garder cette identité dans un monde racialiste de plus en plus hostile. Il s’en suit une véritable guerre interne et externe, car Il n’est pas erroné de dire qu’un conflit perpétuel existe entre ce que l’on est et sait être en tant que noir, et ce que la société occidentale veut que vous soyez et vous faire comprendre en tant que noir.

Face au défi que présente la vie en occident sans le savoir beaucoup d’africains et d’afro descendants qui s’affrontent en général sur la manière de comment mener le combat de leur émancipation ou autodétermination, sont soit des adeptes de la notion intégrationniste, soit des adeptes de la notion libérationniste.

Ces paradigmes, d’une manière ou d’une autre, sont la métaphore des combats souvent meurtriers. Si le combat intégrationniste en fin de compte a été glamourisé par le pouvoir blanc et ses médias qui avaient intérêt à promouvoir des acteurs célèbres comme Martin Luther King qui admettait de manière rêveuse qu’un jour il serait possible de voir les noirs et les blancs marcher main dans la main dans la nation raciste que reste les États-Unis. Cette utopie faisait fi du fait que les noirs et les blancs devaient marcher main dans la main dans une nation définie par l’homme blanc et que par conséquent la marche main dans la main, ne pouvait exister que si elle servait en fin de compte l’agenda de la force dominante. S’il fallait marcher main dans la main il fallait avoir la démarche de l’homme blanc et pour réussir à marcher comme cet homme blanc, il fallait forcement faire abstraction de son identité culturelle et historique, oublier l’Afrique millénaire et embrasser les Etats-Unis, oublier l’histoire de l’esclavage et embrasser l’histoire de l’indépendance face à l’Angleterre, alors même qu’en 1776 les africains déportés qui ne devinrent américains qu’en 1964 étaient encore esclaves, un esclavage qui paradoxalement a vu ses plus grands mouvements abolitionnistes venir d’Angleterre et non des Etats-Unis. Le 4 juillet on demande ainsi aux noirs américains de célébrer la liberté de ceux qui ont pris leur liberté, un paradoxe digne de la duplicité qui marque aussi bien l’Amérique des premiers jours de sa création que l’Amérique actuelle, un beau préambule une belle histoire de conquête de liberté qui a odieusement omis un groupe de femmes d’hommes et d’enfants qui avait aussi besoin de liberté. Aussi par exemple l'un des tout premiers camps de concentration de l'histoire moderne fut dans le Natchez, un camp tenu justement par l’Armée de l'union des nordistes qui disait pourtant combattre l'esclavage, dans la guerre de sécession qui l'opposait au Sud. A Devil punch Bowl des dizaine de milliers de noirs nouvellement affranchis périrent sous les auspices de l’armée de Lincoln.

Se mouler à la Nation qu’est les Etats-Unis, dont les vrais américanistes comme Hilary Clinton considèrent le Ku Klux Klan comme étant l’âme immortelle, demande à ce que le noir se renie, et fasse abstraction de son africanité. Pour les noirs, l’intégration signifie faire le deuil de leur identité africaine. Vu sur cet angle c’est un génocide culturel, et la situation des meurtres de noirs américains qui fait la une de la presse n’est que la logique de cette intégration.

Quand on décide d’intégrer une certaine structure il faut être prêt à payer le prix. Il est difficile de décider de jouer à une discipline sportive inventée par un tiers et codifiée par ce même tiers, et décider en adhérant à ce jeu de le jouer à sa manière sans dénaturer ledit jeu. Dénaturation qui ne saurait se faire sans heurter la sensibilité des puristes gardiens de l’ordre, un rôle clairement dédié à la police raciste, qui ne fait que son travail de recadrage, et ne saurait par conséquent jamais être condamnée par la structure qu’elle protège, l’Etat racialiste.

Dans cette option du joueur qui change les règles du jeu, la nation décrite dans « I have a dream » de Martin Luther King ne devait plus être les Etats-Unis puis que le nouveau joueur en rentrant en scène aurait fini par modifier fondamentalement le jeu. Tout le monde connait l’histoire de l’esclavage, mais aucun document officiel des Etats Unis ne reconnais l’esclavage jusqu’à ce jour. Certains auraient espéré que le préambule de la constitution soit amendé expressément pour inclure les pans de l’histoire trouble du pays comme l’esclavage et la sanglante conquête des terres aux amérindiens.

Cependant ce n’est pas ce qu’il s’est passé, les Etats-Unis sont restées les Etats unis, les règles du jeu sont restées inchangées peu importe les déclarations pompeuses de propagande. Car en fait le civil right act, loi sur les droits civique des noirs doit être comprise comme un outils d’intégration de la population noire dans le système blanc qui implique le blanchiment et le moulage de la population noire, et non comme une acceptation de l’exception noire, dans un pays majoritairement blanc. Cet acte devait à terme mener vers une homogénéisation des Etats Unis sous le parapluie de la super culture blanche américaine, chose qui est en passe de se réaliser. Le combat contre cette loi des radicaux, a plutôt aidé à valider avec honneur une imposture létale quasi irréversible.

Même l’élection d’un président à moitié noir n’a justement rien changé à la donne, mais a plus aidé à l’accélérer… Aussi les tueries des noirs aux mains des forces de l’ordre pendant justement le mandat d’un président dit "noir" concourent à cet agenda. Ils sont une manière de recadrer et d’accélérer le processus de blanchiment et d’homogénéisation.

On accepte pas l’autre aux Etats-Unis par ce qu’il n’est pas comme soi-même c’est un fait. Les revendications et manifestations qui suivent les tueries, quand elles portent sur des considérations intégrationnistes moulent la mémoire de ceux qui tombent, dans l’agenda blanc d’intégration, les demandes d’intégration deviennent ainsi des demandes d’assimilation.

L’intégration ne mènera qu’au génocide des noirs, même s’il n’est pas physique il devrait tuer en eux la spécificité qui les différencie de la majorité blanche, et ils ne sauraient être libre dans l’intégration que si on trouvait le moyen de faire des noirs un des principaux joyaux de la famille américaine diverse, ils survivraient ainsi en tant qu’exception, une situation improbable, vu l’histoire de la population noire sur les terres d’Amériques et sa situation socio-économique actuelle. Sinon ils disparaîtront dans la construction de l’édifice blanc comme un simple détails.

Quand certains parlent de la fin du racisme aux Etats-Unis en fait ils parlent de la fin des éléments qui font écueils au phagocytage de la population noire, par le grand globule blanc, la destruction de ces écueils est visible dans les secteurs comme la culture et la démographie.

Tandis que par exemple les séries de télévisées noires américaines désormais traitent des problèmes comme l’homosexualité, thèmes que traitaient avant rien que les séries télévisés blanches, quand la musique urbaine noire devient de plus en plus de la musique pop blanche, et quand les musiciens blancs font désormais ce qui était considéré comme la musique noire, le cross over, vers les normes de la grande communauté blanche est inexorable. Quant à la démographie, le métissage de plus en plus croissant de la population noire la rend plus acceptable à l’idéal blanc. Dans le paradigme de l’intégration qu’il y ait tuerie de noirs par les policiers ou pas, les noirs eux même tous les jours se tuent en se moulant de force dans l’idéal blanc. Ce n’est pas spectaculaire comme les élucubrations meurtrières de policier Yankees qui veulent prouver qu’ils restent le pouvoir dominant, mais cela n’est pas moins létal.

L’antithèse de l’intégration est la libération. Tocqueville disait « Les peuples veulent l’égalité dans la liberté et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage ».

Tandis que les descendants d’esclaves américains sont le seul peuple noir des Amériques à n’avoir jamais créé une langue comme le créole pour s’affirmer culturellement, les revendications portant sur la création d’états indépendants noirs américains étaient presque vouées à l’échec dès le départ, car les noirs américains en majorité depuis toujours ont été trop dépendants du système de l’homme blanc à qui, ils revendiquent tout, au lieu de s’autodéterminer. Et il est aberrant de demander justice à celui qui a commis le crime, et espérer que ce dernier se repentisse et enfin vous rende justice. C’est une équation qui n’est pas possible à réaliser, on ne peut pas être justicier et criminel à la fois, même dans la pseudo exception américaine qui malgré tout a surtout montré ses tendances capitalistes, égoïstes et génocidaires .

Les tensions raciales actuelles aux États-Unis ne vont aller qu'en s’amplifiant jusqu’à ce que la super culture dominante blanche dissolve tout élément qui pourrait faire obstacle à son dessein qui est l’homogénéisation de la société américaine. Par conséquent les noirs américains continueront de mourir aussi bien de par la guerre des gangs qui n’est que la guerre vers la domination de l’autre comme dans le schéma du capitalisme blanc, ou par les mains de la police qui justement est là pour faire respecter l’ordre établi qui prône la domination de la super culture blanche, ou par la misère et la maladie qui sont la résultante de la politique d’exclusion de la société racialiste.

La seule chance de survie pour les noirs américains c’est la libération, sortir des États-Unis et aller en Afrique ou rester en Amérique et lutter pour créer des Etats indépendants comme le prône désormais les leaders du New Black Panther Parti qui ont exhorté les noirs américains à aller envahir 5 Etats du Sud des Etats Unis et y imposer leur loi en fin de terme.

Mais combien laisseront leur place d’esclaves de luxe dans les états du nord où ils se sont intégrés et assimilés ? La cohabitation avec les blancs depuis plus de 500 ans a été désastreuse, aussi ceux qui décideront de mener le combat de la liberté véritable et ceux qui tomberont pour ce combat, s’il est victorieux ouvriront la voie à une nouvelle ère de liberté pour les générations à venir. La liberté sous les conditions de l’intégration n’est pas la liberté, car ces conditions sont en fait la liberté conditionnelle du racisme d’Etat qui tolère la présence des noirs mais ne les octroie aucune liberté réelle. Une société noire automne serait justement libre de la pression racialiste blanche, parce que vivant dans un environnement qu’elle aura conquis. Les noirs américains deviendront vraiment les hommes à part entière quand ils auront conquis leur liberté.

Sartre pensait que l’homme est condamné à être libre car l’existentialisme est un humanisme. Aussi une fois que l’individu a prouvé qu’il existe alors il est un être humain à part entière. Dans le paradigme libérationniste le noir existe alors il est un homme dont la vie compte, mais dans le paradigme intégrationniste le doit être traité comme un blanc et doit en fin de compte devenir un blanc; il se dissout et n’existe plus dont il n’est plus un homme, la chosification de l’homme noir dans ce paradigme n’est qu’une logique rationnelle.

Il est anti américain de penser que la vie des noirs compte, car la vie des noirs ne saurait être placée au-dessus de la Nation américaine qui est à majorité blanche. Cependant il est humain et libertaire de penser que la vie des noirs compte. Les Etats-Unis sont-ils assez humains et libertaire pour que compte la vie des noirs ? la réponse est non. Les noirs devront aller chercher la liberté dont ils rêvent sans demander la permission aux blancs, et il est impératif désormais qu’ils méditent sur leurs morts, celles qu’on les inflige et celles qu’ils s’infligent eux même en voulant rentrer dans le moule blanc, ou alors celles qui surviendront quand ils décideront de combattre pour leur liberté véritable car comme Sénèque disait qui sait mourir ne sait plus être esclave. Les actes supposés et la mort de Micah Johnson rentre sans doute dans cette logique.

Par Hubert Marlin Elingui Jr

Journaliste Ecrivain.


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