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  • Hubert Marlin

En Aparté avec Natou Pedro Sakombi auteure de « Du Sang Bleu à l’encre noire»


L’invitée de la page littéraire de Flashmag ce mois est une auteure qui vient de commettre un ouvrage audacieux, « Du sang bleu à l’encre noir » vient changer l’histoire du monde telle qu'on la connaissait jusqu’ici avec des révélations fracassantes sur l’aristocratie noire d’Europe. Dans une interview disserte Natou Pedro Sakombi, nous en dit un peu plus sur sa personne et son ouvrage qui pour sûre rentrera dans les annales de l’histoire contemporaine.

Flashmag : Bonjour Natou Pedro Sakombi

Natou Pedro Sakombi : Bonjour.

Flashmag : Vous êtes écrivain d’origine nigériane et congolaise résident en Belgique fondatrice du mouvement reines et héroïnes d’Afrique, vous venez de commettre un ouvrage important Du sang bleu à l’encre noir ?

Tout d’abord j’aimerais savoir et le public sans doute avec moi qui est Natou Pedro Sakombi c’est quoi votre background ?

Natou Pedro Sakombi : je suis d’origine nigéro congolaise, je suis née à Kinshasa d’un père nigérian et d’une mère congolaise, je suis arrivée en Belgique à l’âge de 6 ans, j’ai suivi tout mon cursus scolaire et académique ici à Bruxelles, j’ai fait des études d’interprétariat et de traduction, et c’est là que j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les civilisations européennes, ne savant pas qu’un jour cela me servirait dans ce qui est aujourd’hui mon premier opus. Ensuite j’ai poursuivi les études de langue et de littérature moderne par ce que j’ai toujours aimé l’écriture. Quelque part je visais déjà ce métier d’écrivain, en me disant que si ça ne marchait, pas j’aurais au moins une licence pour enseigner, Et bien quand j’ai fini mes études, je n’ai travaillé ni dans la littérature, ni dans la traduction, mais dans les relations internationales, dans un service publique Belge pendant 3 années. Durant ces 3 années j’ai découvert énormément de choses sur l’Afrique, ces découvertes m’ont tellement bouleversées que j’ai décidé de consacrer toute ma vie à l’Afrique et à la découverte du passé de l’Afrique, c’est ainsi qu’ en 2010 j’ai décidé de créer l’association reines et héroïnes d’Afrique, pour revaloriser la femme africaine par le biais de l’histoire, nous sommes une dizaine de femmes répandues sur plusieurs continents, Africaines et Afro descendantes et ensembles nous faisons des recherches sur le rôle qu’a joué la femme noire dans l’histoire de l’humanité mais également le rôle que joue la femme africaine moderne dans notre société actuelle.

Flashmag : Devenir écrivain était un choix logique vu la trajectoire de votre vie et en plus il fallait bien que vous donniez votre version des faits, pas vrai ?

Natou Pedro Sakombi : oui voilà, en tout cas l’écriture est aujourd’hui un moyen de toucher un grand nombre de personnes, c’est vrai qu’ avec l’Internet l’information va plus vite et les gens ont tendance à toucher moins aux écrits sur papier ; en tout cas l’écriture permet toujours de mettre en liaisons plusieurs personnes, pour un échange efficace d’idées quand bien même les gens lisent beaucoup à travers leur écran d’ordinateur, le livre à encore un pouvoir exceptionnel dans la diffusion de l’information, et moi en tout cas j’ai trouvé que c’était le support idéal pour transmettre les découvertes que j’avais faites ces 3 dernières années, des découvertes qui m’ont poussé à écrire cet ouvrage.

Flashmag : En tout cas même sur internet il y a des versions virtuelles des livres et autres…

Natou Pedro Sakombi : oui tout à fait

Flashmag : Déjà très active dans les milieux culturels africains de l’Europe vous avez créé une association reines et héroïnes d’Afrique un nom qui me rappelle l’ouvrage d’une autre femme noire fière, Sylvia Serbin ouvrage qui fut dénaturé par son éditeur ? Comme cette auteure avez-vous pensez qu’il était important de réécrire l’histoire africaine par les africains ? C’est quoi la motivation pour votre ouvrage ?

Natou Pedro Sakombi : alors, d’abord pour revenir à madame Serbin elle a été le moteur de cette passion que j’ai pour la femme, car j’ai lu son ouvrage Reines d’Afriques et héroïnes de la diaspora noire , c’est de là que m’est venu l’idée de créer cette association, nous nous sommes inspiré du travail qu’elle a commencé à nous inculquer je connais personnellement Madame Serbin, nous échangeons souvent et nous nous sommes aussi rencontré souvent, elle a été l’invitée d’honneur du premier Gala de reines et héroïnes d’Afrique .

Ce qui lui est arrivé est déplorable c’est pourquoi il est important que nous africains nous donnions une autre conception de l’histoire; Car depuis toujours on nous enseigne dans les écoles une histoire humaine erronée, si c’est vrai que l’histoire de l’Afrique a été falsifiée, on a toujours occulté le rôle prépondérant de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité.

L’ historiographie classique que nous étudions dans les écoles nous est présentée sous un paradigme occidental, on a tendance de mettre en avant l’homme blanc et prouver sa prépondérance sur l’homme noir, on dirait qu' il n’est pas entré dans l’histoire comme certains l’on clamé et haut et fort, une manière pour certains de prouver aussi que pour exister l’africain a besoins de l’homme occidental, comme quoi sans l’occident, sans le blanc, l’africain n’aurait pas eu accès à la civilisation, hors on sait aujourd’hui en tout cas par l’histoire et les traces écrites, que l’Afrique est le berceau de l’humanité et que l’homme noire a donné naissance à toutes les autres races , que la civilisation africaine a donné naissance à d’autres civilisation. C’est pourquoi il est désormais important de réécrire l’histoire sous le paradigme noir c’est cela aussi le sens de cet encre noir, pour vraiment que la vérité soit révélée car il y a des choses qui ont été cachées dans le but d’étouffer les actions de l’homme noir dans l’humanité.

Flashmag : Ne pensez-vous pas que le traumatisme qu’a subi la communauté noire mondiale avec l’esclavage et la colonisation en soit pour beaucoup ? Car on a l’impression qu’il y a eu un cataclysme quelque part, qui a permis à ce que la mémoire de tout un peuple soit quasiment effacée. On a l’impression que l’homme noir a une histoire qui lui est imposé et définie rien qu’à partir de la colonisation et de l’esclavage, cependant vous rentrez dans la brèche pour remettre les pendules à l’heure…

Natou Pedro Sakombi : oui tout à fait comme je disais, il s’agit de corriger des faits historiques erronés, il ne s’agit pas non plus dans l’ouvrage de dire telle race est supérieure à telle autre race, mais simplement de dire avec franchise ce qui s’est vraiment passé, en prenant une démarche qui nous mène vers une vérité historique. Et comme vous le dites-nous avons été marqué par les fléaux de l’esclavage de la colonisation, nous avons subi un traumatisme, dont pour beaucoup il est difficile de se relever. Mais c’est en rentrant dans notre histoire en prenant connaissance du rôle exceptionnel que l’homme noire a joué dans l’humanité que beaucoup trouveront les forces nécessaires pour se relever. Donc quelques part nous sommes dans cette étape de reconstruction identitaire mais on ne peut pas se reconstruire sur du mensonge sur des falsifications, donc nous avons besoins d’accéder à cette vérité qui nous remet nous autres africains et afro descendants dans histoire de l’humanité à la place qui est la nôtre. Je citais d’ailleurs Malcolm X samedi dernier lors de la présentation de l’ouvrage lors qu’il disait que si on vous dit que vous n’avez jamais rien fait vous ne ferez rien.

Il est donc important que l’on sache qui nous avons été, et ce que nous avons fait par le passé afin que nous prenions conscience de notre potentiel.

Flashmag : Comment s’est fait la construction de votre ouvrage qu’il ne faut pas classer dans la catégorie des romans car c’est un ouvrage historique et académique. Avez-vous voyagé en Afrique pour faire des recherches ? Même si le gros de l’histoire se passe justement sur le continent européen ?

Natou Pedro Sakombi : comme je le dis souvent je suis de la génération internet donc aujourd’hui on n’a pas besoins de voyager aux 4 coins du monde pour fouiller dans les bibliothèques, consulter les archives. Il faut aussi savoir que je ne suis pas historienne mais littéraire, et je ne prétends nullement l’être, mais je crois que chaque personne qui a une démarche de quête historique empirique, même si elle ne peut pas se prétendre historienne, peut quand même amener des éléments importants qui peuvent justement forcer le questionnement, même chez les historiens les plus établis. Et poser de bonnes questions par rapport à toutes ces épisodes de l’histoire de l’humanité, qui demeurent flous, moi c’est ce que J’ai fait avec cet ouvrage.

Pousser le lecteur au questionnement, en mettant à sa disposition des éléments palpables et même spectaculaires qui nous prouvent que l’homme noir a été le premier à habiter le territoire Européen. Ce sont de éléments qui montrent aussi qu’il a existé une élite noire en Europe, une noblesse noire qui était au sommet de la société ici en Europe mais que cette histoire-là nous a été cachée. Car il y a eu un moment où dans l’histoire il a été question d’éradiquer la race noire d’Europe et c’est notamment à cette période-là qu’Olivier Cromwell a fait déporter de force une communauté de noirs vers les Amériques et les Antilles, ce sont ces personnes-là que l’on appelle les black Dutch aujourd’hui, et que l’on retrouve encore aujourd’hui aux Etats-Unis d’Amérique. Donc il faut savoir que tous ces noirs qui sont aux Etats-Unis ne sont pas forcément des afro américains, il y’a parmi eux des euros américains, des anciens habitants de l’Europe qui furent fait prisonniers en Europe et envoyé dans les Amériques comme esclaves. Il y a tous ces pans de l’histoire méconnue des noirs, qu’il reste à découvrir et à mettre à la disposition du grand public. Donc dans cet ouvrage je mets à la disposition du lecteur tous ces éléments, et je demande aux lecteurs de tirer leur propre conclusion, et j’invite aussi les experts et historiens, à nous aider à comprendre mieux ces faits, afin de réécrire l’histoire sous un autre paradigme, que celui que l’on a connu jusqu’ici, qui donne préséance à l’occidental. C’est dans une démarche de questionnement que j’ai conçu cet ouvrage.

Flashmag : Même en Espagne il est bien connu que les cimarron (noirs) ont été déportés du royaume d’Espagne, pour les Amériques au 16e siècle. il se dresse souvent un mur d’incompréhension et de rejet chez les occidentaux il y’a pas mal qui ont gobé cette historiographie officielle, et sont grandement allergique, à tout autre chose qui pourrait contredire ce qu’on leur a toujours dit. Certains ont peur de voir leur monde s’effondrer et préfèrent s’accrocher au mensonge pourtant ce qui a été fait l’a été pour le profit d’une certaine élite qui se sert du racisme pour mieux contrôler les masses, beaucoup doit être fait pour que certains comprennent que même en tant que blancs ils méritent de savoir ce qui s’est vraiment passé.

Natou Pedro Sakombi : oui tout à fait

Flashmag : En allant fouiller dans une zone quasi interdite et sous haute surveillance n’avez-vous pas eu des difficultés ? N’aviez-vous eu pas peur de heurter les sensibilités car vous remettez en question l’histoire officielle ?

Natou Pedro Sakombi : des difficultés j’en ai eu forcement on ne peut pas traiter d’un thème aussi sulfureux et espérer ne pas en avoir, il y a eu des moments où j’ai failli abandonner, par ce que j’étais découragée par certaines personnes qui me disait que le sujet que j’avais choisi était totalement farfelu et fantaisiste.

Des réactions aussi bien des occidentaux que des afro descendants , une réaction atypique des occidentaux était : « on comprend que vous avez besoin de vous revaloriser, pourquoi cherchez-vous, à vous greffer à une histoire qui ne vous appartient pas, on comprend que ces personnes même si elles étaient noires elles appartiennent à l’histoire européenne ?

Pourquoi vous africains vous cherchez à vous identifier à ces personnes dans le but de chercher une certaine espérance, une certaine revalorisation?

Quand on entend des choses comme ça, on peut être découragé. Mais en même temps quand on dit que l’Afrique est le berceau de l’humanité, pourquoi on rentre dans le paradoxe selon lequel il y a une histoire occidentale où le noir n’a pas à intervenir, quand bien même il y aurait eu des noirs en Europe dans les temps anciens ? il y a une histoire africaine dans laquelle le noir devrait se sentir plus concerné. Moi je trouve que cette vision de l’histoire est tronquée, c’est une vision qui nous éloignera encore plus de la véritable histoire de l’humanité, on ne peut pas nous dire que l’Afrique est la source de toutes les autres civilisations et en même temps exclure les africains de l’histoires de toutes ces parties du monde. L’histoire européenne n’appartient pas à la race blanche c’est une histoire qui appartient à l’humanité toute entière. Si l’humanité est née en Afrique, il serait aussi temps que nous les africains nous nous intéressions à cette histoire-là.

L’autre réaction des africains était : « quelle est notre part d’africanité dans tout ça ? Toutes ces personnes que vous citez comme ayant été noires Beethoven, Alexandre de Médicis, vous nous citez des reines noires etc. mais est que ces personnes la elles-mêmes n’ont pas participé à la traite negrière ? est-ce que ces personnes s’intéressaient même à l’Afrique ? pourquoi nous africains aujourd’hui on devrait s'en intéresser ? »

Pour moi c’est encore une manière négative de percevoir les choses, c’est une manière de s’ exclure de l’histoire humaine et on ne peut pas s’exclure de histoire de l’humanité comme ça, sauf si on ne se considère pas comme des humains, et il faut prendre l’histoire du monde dans son ensemble à un moment donné . Justement dans ces catégorisations que nous faisons ; histoire Africaine, histoire occidentale, histoire Asiatique, que nous nous excluons nous même de la grande histoire humaine. Il est grand temps que l’on puisse s’intéresser à cela.

J’ai eu aussi des gens qui me disaient : « tu es en train d’écrire un essai historique mais tu n’as pas qualité d'historienne. » Mais ce que j’apprenais était tellement gros que je ne savais pas si quelqu’un aurait l’audace de le faire maintenant, peut être que quelqu’un le ferait plus tard, mais par le passé il y en a qui ont eu ces idées mais qui ont connu des découragements de toutes parts, il y a notamment Egmond Codfried, le chercheur surinamien dont je parle dans l’ouvrage qui a travaillé dans les musées et découvert que certains portraits de personnalités européenne d’envergure avaient été falsifiés, sur lesquels on avait rajouté des couches de peinture pour justement masquer le fait que certaines de ces personnalité de haut rang étaient noires, aujourd’hui partout sur internet, ce Mr Codfried est insulté, il est traité de suprématiste noir, juste pare ce qu’il essaye de montrer les évidences des faits historiques falsifiés, une falsification scientifique qui a pour but d’occulter la période où l’homme noir était à son apogée en occident. C’est déplorable que l’on en soit arrivé là, mais en même temps je suis contente de n’avoir pas lâché prise, historienne ou pas j‘évoque des faits et j’aimerais que ces faits soient connus du grand public et je serais même très contente de confronter des historiens sur certaines questions qui restent encore non élucidées jusqu’à ce jour.

Flashmag : on ne peut être qu’heureux que vous ayez eu cette audace, car honnêtement je pense un historien classique qui tient à sa carrière dans le système qui défend certaines thèses n’aurait pas eu votre bagout, c’est le savoir et la vérité qui gagne en tout cas vous faites justice à ceux qui recherchent la vérité.

Selon votre ouvrage la royauté occidentale tiens son pouvoir de l’Afrique une théorie qui depuis le moyen âge semble être murmurée dans les allées des châteaux, et même des fouilles archéologique ont semblé attester le fait que l’ancienne Europe était multiraciale comme les restes de la Dame au bracelets d’ivoire qui fut retrouvée dans un cercueil de métal en Angleterre il y’a quelques années une trouvaille qui attestait que les noirs en Europe, à une certaine époque faisait partie de la classe régnante ? Avez-vous dans votre ouvrage des arguments conséquent pour convaincre les lecteurs ?

Natou Pedro Sakombi : En tout cas j’invite le public à lire cet ouvrage il n y a aucun faits que j’atteste dans cet ouvrage sans citer les sources pertinentes, vous avez dits quelque chose d’intéressant tout à l’heure même les blancs ont le droits de savoir car on leur a menti, et à plus forte raison il y’a des blancs qui ont écrit dans le passé par rapport à certains passage de l’histoire qui attestent qu’ il y a eu des noirs en Europe qui ont dirigé des sociétés qui ont dirigé des gouvernements qui ont dirigés des royaumes dont cela ne vient pas seulement de moi ou des noirs afro centristes. La plus part des sources écrites viennent des auteurs occidentaux et des textes anciens qui bien qu’ ils ne soient accessibles au grand public existent quand même. On ne peut plus nier qu’il y a eu de hauts dignitaires noirs en Europe. Dans mon livre je cite un espion anglais qui dans son livre décrit sans équivoque les personnages de l’aristocratie anglaise de l’époque, et vous verrez qu’il dit en terme claires qu’ils étaient noirs, vous vivez aux Etats-Unis et je suis certaine que vous parlez un très bon anglais le terme black ou Fawzy complexion est strictement lié à la peau noire, aussi on peut retracer la grande famille Stuart qui régna au royaume uni à partir du terme germanique Schwarz qui signifie noir

Flashmag : Dans un article paru dans Flashmag il y’ a quelques années nous sommes revenu sur le fait justement que certains membres de l’aristocraties occidentale avaient fait faire des tableaux d’eux, qui n’étaient pas forcement fidèles à leurs traits réels, ce fut le cas de Beethoven qui pour des raisons commerciales cachait sa véritable couleur et ce fut aussi le cas de César Auguste qui à force de vouloir légitimer son pouvoir sur le trône de Rome en tant que fils de Jules César, s’était fait faire des statues de lui qui ressemblaient strictement à Jules César son père adoptif, car dans la réalité Auguste César était un Africain d’Ethiopie il fut adopté avec sa sœur par la famille d’Octavie après avoir perdu ses parents dans une disette qui frappa Rome. Une parenthèse juste pour apporter de l’eau à votre moulin. La Rome antique était déjà multiraciale beaucoup de faits l’atteste.

L’Afrique reste au cœur de toutes les préoccupations aussi bien de la diaspora noire mondiale que des Africains sur le continent et hélas de ceux qui essayent d’en faire leur terrain d’exploitation. A votre avis dans un contexte comme celui d’aujourd’hui où le continent est disputé comment doivent se comporter les africains et les afro descendants ?

Natou Pedro Sakombi : c’est très important ce que vous dites, car j’essaye de faire un rapprochement entre le thème de cet ouvrage et ce que nous vivons aujourd’hui dans la société en mettant l’accent sur le fait que l’africain doit essayer de regagner confiance en lui car justement ce côté paternaliste occidental qui a fait que l’africain a dû laisser les rênes de la gestion de ses affaires aux occidentaux à l’oligarchie occidentale , c’est la conséquence d’un travail de longue date qui a été fait au niveau de son intellect on a fait comprendre à l’africain qu’il ne valait rien et qu’ il avait besoin d’être parrainé je crois qu'il est important de retourner vers la véritable histoire pour permettre à l’africain de se prendre main, et pour cela un travail doit être fait au niveau de son mental de son intellect ; et ce travail ne peut pas se faire sans connaissance historique.

La préface de mon ouvrage a été faite par le professeur Dieudonné Gnamankou qui a été l’un des premiers à faire comprendre au monde que Pouchkine et Hannibal étaient d’origine Africaine, pendant qu’il était étudiant en Russie.

Il a fait ces déclarations, et il a été attaqué, car pour les russes c’était une aberration que de toucher aux monstres sacrés de leur histoire en leur donnant la teinte africaine. Il a été attaqué même physiquement et cela prouve que la negrophobie reste très présente dans nos sociétés. L’Afrique intéresse le plus grand nombre c’est un continent riche on ne l’apprend à personne. Ce que l’on ne comprend pas toujours c’est que, ce n’est pas un contient qui est attaqué mais des personnes liées à ce continent, car la néophobie est un fléau très grave qui tue, avant même de penser à l’exploitation des richesses du continent l’homme noir est d’abord haï, et cette negrophobie s’étend partout jusque dans le monde arabo musulman, tout comme aux Etats-Unis avec des bavures policières, ce qui dérange c’est le noir. Et dans l’ouvrage j’essaye de cerner à partir de quel moment les noirs sont devenus les ennemis public numéro un, car avant la couleur noire, était noble et lorsque l’on fait référence au sang bleu on s’adresse au dignitaire de race noire, comment est-ce que la couleur noire a pu devenir la couleur de la honte, des telle sorte que les grands personnages de la monarchie qui avaient des enfants noirs se sentirent obligés de les cacher dans des couvents toute leur vie ? Je parle ainsi de la Mauresse de Moret la fille noire de Louis 14. Il est important que le noir apprenne à savoir que sa couleur n’a pas toujours été une couleur de la honte.

Flashmag : Parlant justement de la thématique de la néophobie beaucoup conviennent qu’il ne s’agit pas de la haine de la couleur simplement, mais de ce que cela sous-entend… ceux qui ont répandu cette idéologie savaient qui étaient vraiment les noirs ont ne peux chercher à rabaisser que ce qui est déjà debout le psychologue dirait que la convoitise, et les envies refoulées peuvent créer la haine et la jalousie certains parfois haïssent ce qu’ils ne peuvent pas être. Fort Vous pouvez être haï par les faibles par ce que vous les rappelez ce qu’ils n’ont pas.

Natou Pedro Sakombi : Tout à fait.

Flashmag : On accuse souvent les noirs fiers, de revendiquer un passé glorieux, au lieu de se concentrer sur le présent et le futur qu’avez-vous à répondre à cela ? même si quelqu’un disait le passé est présent dans notre future.

Natou Pedro Sakombi : il est impossible d’avancer quand on ne sait pas où on vient, et beaucoup de noirs ne savent pas que la loi de diviser pour mieux régner, a été définie depuis très longtemps. Le tribalisme et les guerres tribales ne sont que la conséquence de cette politique qui a facilité à son époque l’esclavage et la colonisation en Afrique. Je pense ici au scramble for Africa de la conférence de Berlin. Ces mêmes divisions sont entretenues aujourd’hui pour perpétuer la domination de l’occident sur l’Afrique et les afro descendants. Beaucoup ont du mal à comprendre d’où viennent les conflits que nous vivons aujourd’hui. C’est pourquoi il est important de retourner dans l’histoire pour le comprendre. Qui a établi ces frontières. Et dans quel but quel sont les conséquences de ces actes aujourd’hui ?

Flashmag : Pendant que Certains trouvent qu’en face rien n’est négociable avec ceux qui ont commis toutes sortes d’atrocités envers leur peuple, et aimeraient bien leur montrer, que la haine n’est pas l’apanage exclusif des négrophobes, Vous semblez avoir une approche conciliante dans le combat que doivent mener les Africains et les Afro descendants pour regagner leur lettre de noblesse pourquoi ?

Natou Pedro Sakombi : non je pense que l’on ne peut pas accuser une certaine élite de nous avoir effacé de l’histoire de nous avoir maltraité et en même temps adopter la même attitude. Je pense il est important de prendre de la hauteur, et de la même manière on ne devrait pas utiliser l’histoire véritable que nous découvrons pour prouver la suprématie d’une race sur l’autre, la démarche est de reconnaitre la place de chacun dans l’histoire et l’assumer pleinement, mais lorsque l’on se constitue une histoire juste pour écraser les autres, la paix sociale n’est pas possible. La vérité seule doit avoir autorité, pas les intentions hégémoniques des uns et des autres.

Flashmag : tant qu’il n’y aura pas de justice sociale, il n’y aura pas de paix sociale, et de dialogue constructifs entre les races. Ne pensez-vous pas que les décideurs devraient plus s’engager dans cette voie au lieu de reprendre les clichés péjoratifs envers une certaine race à leur avantage, pour définir leur idéologie ; on a vu des gens gagner des élections en Europe sur la base du nationalisme raciste, et certains du côté des Etats-Unis gagner un support populaire en parlant le même langage ?

Natou Pedro Sakombi : en fait je pense qu’il est important de faire la lumière sur l’histoire, donner des éléments aux décideurs afin qu’ils en tiennent compte dans leurs différentes politiques. il est aussi important que nous fassions du bruit que nous fassions comprendre à ces décideurs que nous sommes au courant de notre passé et du rôle que nous avons joué, et que désormais ils devraient en tenir compte. Je pense qu’à la fin ils devront en tenir compte ils n’auront pas le choix devant les preuves irréfutables.

Il s’est passé quelque chose de triste lors de mon exposé où il y avait des blancs. Pendant l’exposé de la présentation de l’ouvrage, certains se sont sentis mal et ont quitté la salle, cela m’a vraiment attristé, il y a des vérités qui doivent être dites même si notre objectif n’est pas d’offenser les sensibilités des uns et des autres.

En plus à un moment donné il faut arrêter d’être dans ce rapport de force ces antagonismes raciaux, l’histoire reste et demeure ce qu’elle est, il faut savoir accepter la vérité reconnaitre les faits. Pourquoi ne pas travailler ensemble pour que l’africain retrouve sa dignité. Moi ce qui m’a attristé ce n’est pas le fait qu’ils soient sorti de la salle mais qu’ils n’aient pas compris notre besoin de justice et de restauration en faisant connaitre notre histoire véritable. Cependant malgré tout il y a des occidentaux qui aimeraient bien faire bouger les choses qui aimeraient bien toucher cette élite qui censure des pans entiers de l’histoire, il y a bon espoir qu’ensemble nous pourrions arriver à quelque chose.

Flashmag : ceci rejoint le fait selon lequel, le capitalisme, est le racisme, certains ont inventé l’esclavage en rabaissant une race par le racisme pour mieux maximiser leur profit par un labeur gratuit et ceux-là ne se sont que servis des autres occidentaux qui jusqu’ aujourd’hui ne comprennent toujours pas pourquoi le racisme existe car la caste en question s’arrange à entretenir le mensonge et les antagonismes raciaux, qui perpétues son système d’exploitation.

Le mois dernier nous avons reçu un auteur qui expliquait qu’il était important que l’Afrique se développa en dehors du prisme de la negrophobie ; à savoir qu’un développement en réaction de la haine des autres vous définit, à travers le regard de l’autre, pourtant certains pensent que l’histoire commune du peuple noir peut être un élément fédérateur un socle sur lequel on pourrait bâtir quelque chose de solide pour le future ? Faut –il bâtir sur notre histoire ancienne ou bâtir en réaction de la haine des autres en donnant la prépondérance à la période d’esclavage et de colonisation ?

Natou Pedro Sakombi : Pour moi il faut prendre son histoire dans son entièreté c’est un peu comme une vie humaine on ne peut pas au soir de sa vie quand on est un vieillard, choisir seulement les éléments positifs de sa vie, il faut aussi prendre les éléments négatifs de sa vie car on apprend toujours des éléments négatifs de sa vie. Il faut avoir une conscience historique complète et entière. Il n’y a pas des éléments à effacer par ce qu’ils sont trop durs ou trop rabaissant. Non il faut vraiment tout prendre. Moi je pense qu’il est temps de reconsidérer son histoire dans son ensemble. Les meurtrissures de l’esclavage et de la colonisation ne doivent pas être effacées on doit s’en inspirer pour renaitre, il faut prendre conscience des épisodes glorieux et douloureux, il ne faut faire abstraction d’aucun fait, mais il faut comprendre plutôt comment en sommes-nous arrivé là, nous qui étions une nation puissante. Comment est-ce que nous avons finis par être dirigé par les autres?

Flashmag : En écrivant votre ouvrage qu’aviez-vous en tête vous espériez quoi ?

Natou Pedro Sakombi : en tout cas quand on a appris que l’Egypte Pharaonique était noire on s’est emballé, vous avez autour de vous des gens qui ont commencé à prendre des prénoms de l’Egypte antique. Dans l’absolue c’est très bien, on a aussi découvert grâce au grand historien Ronuko Rachidi que les premiers Habitants de l’Asie était des noirs on s’en est extasié c’est toujours très bien. Aujourd’hui on apprend que les noirs ont vécu en Europe avant et étaient les premières populations à avoir habité le sol européen c’est toujours bien. Mais maintenant qu’en fait -on ? Il faut gérer l’après. Va-t-on aussi commencer à adopter les nom aristocrates ? en tout cas moi quand j’ai écrit Du sang bleu à l’encre noir, c’était pour réécrire l’histoire sous un paradigme différent de celui de l’occidental, que l’on a connu jusqu’ici. Moi ce que je voudrais c’est que l’homme noir se rende compte du rôle prépondérant qu’il a joué tout au long de l’histoire, pour qu’il puisse en faire une force pour se reconstruire aujourd’hui. Et que partout dans le monde l’homme noir se sente désormais à l’aise que l’on ne puisse plus lui dire ici tu n’es pas chez toi. Et que personne ne puisse plus lui dire tu es bête tu n’as jamais rien accompli.

Flashmag : Le choix des éditeurs Afro était-il une manière de protéger votre histoire, ou simplement une manière de bien faire les choses ?

Natou Pedro Sakombi : honnêtement au départ j’écrivais l’ouvrage je ne savais même pas que je trouverais un éditeur je me disais ça passera ou ça passera pas, je proposerais d’abord mon manuscrit. Et si cela ne passe pas ce sera une auto édition et me lira qui voudra bien me lire. Et c’est Mr Gnamankou lui-même qui est venu à moi sans même que je fasse l’effort d’aller à lui, pendant la période d’écriture je balançais quelques éléments sur les réseaux sociaux cela a créé beaucoup d’ébullition et maintenu en haleine le public, et c’est là que Mr Gnamankou est venu me voir en me disant que le sujet était intéressant et que lui-même avait écrit dessus, et qu’ il aimerait bien lire mon manuscrit et l’éditer s’il était bien , j’ai fait lire le manuscrit aussi à mon oncle qui avait déjà écrit un livre sur mon grand-oncle qui était quelqu’un de grand aussi dans le passé, le ministre Sakombi avait travaillé avec les Senghor sur la négritude , il a vu mon manuscrit et a dit c’est bien j’aimerais bien t’éditer chez Emergo et quand Mr Gnamankou est venu me voir plus tard je lui ai dit j’avais déjà promis à mon oncle, il a dit pourquoi ne pas faire une coédition car je tiens beaucoup à vous aider dans l’édition de cet ouvrage c’est comme ça donc que mon ouvrage a été Coédité par Dagan et Emergo. Mais c’est vrai que si un éditeur occidental m’avait proposé de publier l’ouvrage je n’aurais pas dit non, car pour moi l’essentiel était de sortir cet ouvrage et faire connaitre l’information qui s’y trouve. Je ne suis vraiment pas dans le sectarisme. Ce qui compte c’est la restauration de l’histoire

Flashmag : Quel est le public cible de cet ouvrage ? et en publiant ce livre vous êtes-vous fixé des objectifs si oui lesquels ?

Natou Pedro Sakombi : l’ouvrage est conçu pour informer d’abord l’africain, c’est lui qui a été honni de l’histoire de l’ humanité , et l’Africain et l’afro descendant, a besoins de reconstruire son identité, mais dans l’ouvrage je m’adresse à tous ceux qui aimeraient voir enseigner dans les écoles l’histoire exempte de falsification, et il n y a pas que les noirs qui en ont besoin, beaucoup d’occidentaux aimeraient aussi savoir l’histoire authentique, il y’a aussi ceux-là qui ont mal pour nous en voyant la manière dont nous avons été traités jusque-là.

Flashmag : vous botter en touche cette boutade selon laquelle l’homme noir ne serait pas assez entré dans l’histoire. Avec vos révélations on peut comprendre que les gaulois n’étaient pas les ancêtres des africains, mais plutôt l’inverse. Et mieux encore avec les dernières découvertes si l’homme blanc n’est apparu qu’il y a environ 5 mille an l’Europe elle était belle et bien habitée avant ces 5 millénaires par des gens qui ne pouvaient être que des Africains, Paris qui signifie la ville d’Isis en ancien Egyptien devrait nous interpeller tous, une bouteille des anciens à la mer qui sait…

Natou Pedro Sakombi : Une assertion qui tient de l’absurde tout à fait. Lorsque l’on place l’apparition de l’homme blanc à 5 000 ans la génétique nous apprends que son apparition se situe à une période bien plus récente à l’âge du fer, la première momie blanche est daté à peu près à 2000 ans. Oui Paris en Effet la forteresse d’Isis ou ville d’Isis.

Flashmag : pendant que l’on place l’âge de fer en Europe à environ 1000 avant Jésus Christ, en Afrique elle date de plus de 6 mille ans avant Jésus Christ on a trouvé au Cameroun des hauts fourneaux d’une période précédant celle de l’Europe.

Avant de conclure cet entretien avez-vous un mot particulier envers le public ?

Natou Pedro Sakombi : mon ouvrage n’a pas été fait dans le but de mettre le feu aux poutres, ni d’affirmer la suprématie d’une race sur l’autre ce n’est pas cela. Le but n’est pas d’entrainer une haine raciale ni de prôner la suprématie noire. Je n’ai pas envie que les gens se limitent aux instincts basiques et aux reflexes épidermiques, il faut pas se dire que si je lis cet ouvrage je vais finir par détester les blancs, ou en tant que blanc se dire, je n’ai pas à lire cet ouvrage par ce qu’il nous accuse et crache sur nous. En lisant on finit par comprendre que J’ai une vision très objective ; j’évoque d’ailleurs des théories Afro centristes, celles de l’albinisme et de la mélanine, je pointe du doigt certains des principes avec lesquels je ne suis pas d’accord. La question de race est abordée dans un contexte historique et philosophique il n’y a pas de volonté d’attiser la haine raciale.

Flashmag : Où est disponible votre œuvre ?

Natou Pedro Sakombi : Mon œuvre est disponible sur Amazon et sur le web site de la maison d’Edition Dagan www.editionsdagan.com , pour les parisiens à la librairie Tamery. En Belgique début Février il sera disponible à la Fnac, pour l’instant, il est disponible dans les locaux de la BAM, Bel Africa Media sinon les lecteurs peuvent toujours m’écrire moi-même via ma page Facebook Natou Pedro Sakombi, ou via le web site Reines et Héroïnes d’Afrique www.rha-magazine.com

Flashmag : Frantz Fanon disait, chaque génération doit découvrir sa mission, la mener à bien ou la trahir avec des auteurs comme vous le devenir de l’Afrique est sous de bons auspices. Natou Pedro Sakombi, Flashmag et son lectorat vous disent merci pour cet entretien.

Natou Pedro Sakombi : c’est moi qui vous remercie.

Interview réalisée par Hubert Marlin Elingui Jr

Journaliste - Ecrivain

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