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  • Hubert Marlin

André Marie Mbida et la lutte contre la ségrégation raciale


Le colonialisme malgré son époque différente, n’avait rien d’étrange comparé à l’esclavage. Lorsque le code noir régissait les rapports entre maitres blancs et esclaves, le code de l’indigénat (un ensemble de lois, qui créèrent un statut juridique inférieur pour indigènes des Colonies Française de 1887 à 1947, qui fut mis en place tout d'abord en Algérien 1887, et ensuite appliqué dans l'ensemble de l'Empire Colonial Français à partir de 1889) lui dans les colonies, régissait de manière on ne peut plus poignante les rapports de subordination entre l’administration coloniale et les populations autochtones. Si l’Amérique avait ses Jim Crow Laws, l’Afrique subsaharienne avait sa version a elle des lois discriminatoire imposées par le colonialisme et ce jusqu’à l’orée des indépendances tronquées des années 60. Malgré la logique qui voudrait que les même peuples qui pratiquèrent l’esclavage soient les mêmes qui implémentèrent la colonisation de l’Afrique en employant les mêmes méthodes, certains pseudo érudits africains et occidentaux mal intentionnés, ou très peu informés sur les réalités de la colonisation comme le massacre des populations congolaises dans les plantations de caoutchouc du Roi Léopold, où les enfants se faisaient amputer des membres pour manquement d’ardeur au travail. Dans le même schéma le chemin de fer de la mort au Cameroun, où plusieurs Camerounais périrent comme forçats creusant dans la pierre à main nue, pour construire une ligne de chemin de fer qui devait aider le colonisateur, à exporter les richesses locales vers sa métropole , reste une histoire très peu ébruité dans l’imaginaire populaire africain, tout comme la ségrégation raciale qui était bien installée dans les anciennes colonies occidentales d’Afrique.

Le combat vers les indépendances ne pouvait se faire sans faire sauter les boulets du mépris et de la haine que le colonisateur occidental s’acharnait à imposer à un peuple, qui ne dû sa survie, qu’à sa résistance aux différents fléaux qui étaient intimement liés, à la présence occidentale comme les maladies contagieuses mortelles, la misère, le dépeuplement forcé et la déportation massive dans les camps de concentration et contrés lointaines pour briser les rebellions, et au fait que le colon avait tout aussi besoins de mains d’œuvre locale une solution finale comme celle qui fut prise envers les indiens d’Amérique n’était pas envisageable. La réalité fallacieuse liée à la mission civilisatrice de l’occident vers les indigènes n’était qu’un leurre qui sema la terreur, avec une cohorte de misère et de désolation, à des années-lumière du progrès social tant annoncé. La preuve après plus de 5 siècles de présence occidentale dans les tropiques, si l’ère du temps a changé certaines choses de manière apparente les réalités du terrain restent critiques. La faute à la mise en place d’un système anti progressiste qui continue de faire des émules, après les indépendances factices d’il y a plus de 50 ans. Un type d’indépendances qu’André Marie Mbida tout premier autochtone à diriger son pays s’y était opposé farouchement.

André-Marie Mbida naquit le 1er janvier 1917 à Edinding (Cameroun) originaire de la région Nyong et Sanaga du Cameroun. Il grandit dans l’aristocratie traditionnelle. Il était le fils du chef traditionnel Simon Monbele Ongo Nanga, le même qui mena une rébellion contre l'envahisseur allemand. André Marie MBIDA fréquenta l'école primaire rurale d’Efok dans le département de la Lekié) brillant étudiant Il poursuivra ses études secondaires, au petit séminaire d’Akono de 1929 à 1935, où il deviendra professeur de latin et de mathématiques. De 1935 à 1943 tenté par le sacerdoce il ira au grand séminaire de Mvolyé, ou il devient un ami des futurs présidents Fulbert Youlou (prélat et premier président du Congo Brazzaville) et Barthélémy Boganda (premier, premier ministre de la république Centrafricaine). Malgré tout il quitte le séminaire, tiraillé sans doute par les idées de célibat liées à la profession et la tradition ancestrale qui stipule qu’un fils se doit de fonder une famille pour pérenniser l’héritage. Aussi André Marie Mbida perdure dans l’enseignement et devient chef des enseignants de l'école rurale de Balessing dans l’ouest Cameroun en 1943. Loin de dormir sur ses lauriers il continu ses études et obtient un Diplôme d’avocat en 1945. Il travaillera ensuite dans l’administration coloniale à la trésorerie de Yaoundé avant de devenir représentant de commerce à Yaoundé et à Ebolowa (Sud Cameroun) jusqu'en 1954. Dès le début des années 50 sensible au sort de ses semblables il décide de faire de la politique et commence à militer dans le Block Democratic Camerounais du docteur Louis Paul Aujoulat, dans ce parti colonial d’obédience catholique il se sent très vite à l’étroit et commence à militer pour un culturalisme des populations locale en s’opposant ouvertement, à l’assimilation occidentale, en créant le mouvement ANACSAMA une espèce d’inculturation du socialisme ancrée dans la pure tradition bantou. En 1953 André Marie Mbida aura l’audace de rompre avec le parti d’Aujoulat qui en 1951 avait été élu comme le principal dirigeant du Cameroun ayant eu la majorité des suffrages de l’assemblée territoriale du Cameroun, en 1953. André Marie Mbida s’alliera au COCOCAM,( Comité de Coordination du Cameroun, COCOCAM) parti fondé par Manga Mado, Ngoa Constantin, Ombgwa Onésime, Maître Joseph Ateba et Ateba Yené (le père de l’autre) avec qui il battra Louis Paul Aujoulat au cours d’un scrutin serré et deviendra ainsi le premier camerounais a être élu comme représentant à l'Assemblée nationale française de son territoire d’origine par le Collège du statut personnel une avancée significative quand on sait qu’ au temps des colonies il y a que les mêmes oppresseurs colons qui étaient chargés de défendre les intérêts des colonisés, une aberration.

Une fois l’assemblée territoriale devenue l’assemblée législative en décembre 1956, car désormais ceux élu à l’assemblée locale, pouvait légiférer c’est-à-dire adopter des lois pour leur pays au lieu de subir les lois coloniales françaises. Le 12 mai 1957 il deviendra le tout premier chef de gouvernement du Cameroun les mains quasi libres il signe les premières lois donnant au Cameroun sa devise, Paix – Travail – Patrie, et les couleurs de son Drapeau vert rouge et Jaune des couleurs inspirée par le mouvement panafricaniste d’Hailé Sélassié et de la résistance contre l’invasion occidentale de Ménélik II d’Ethiopie. Alors même que le code colonial lui interdisait de faire flotter un drapeau autre que celui de la France dans les édifices publics camerounais, il entame une véritable politique de destruction du racisme qui accordera les privilèges jadis réservés aux blancs aux noirs. Sous son mandat qui hélas sera de courte durée, il sera interdit à tous bâtiments publics à tous tenanciers de commerce d’exhiber les pancartes avec termes dénigrants comme interdits au Chiens et au Noirs. Les écoles publiques ou privée devinrent également ouvertes à tous aussi bien au jeunes autochtones noirs qu’aux enfants de colons. André Marie Mbida ne se contentera pas de signer ce décret contre le racisme mais il se donnera les moyens de faire respecter cette loi en infligeant des sanctions sévères aux membres de la communauté coloniale blanche qui avaient l’arrogance de passer outre ces lois. Entre Mai 1957 et février 1958 le gouvernement d’André Marie Mbida expulsa du territoire camerounais un nombre plus important de colons français qu’en plus de 50 ans. Le second plus grand chantier sur les rails du décollage du Cameroun sera la nationalisation des cadres de l’administration au Cameroun, y compris les membres du clergé, ces ambitions de réappropriation du Cameroun par les camerounais fera de lui un homme terriblement haï par les colons français dont l’archevêque de Yaoundé René Graffin et son ancien camarade de parti le Dr Aujoulat, pour qui il devint l’homme à abattre. Ayant senti le piège des indépendances factices, que l’on faisait miroiter aux Africains il s’enquerra sur la réalité de l’indépendance en posant aux autorités française la question de savoir qu’est-ce que cela sous entendait une semi autonomie, ou on est indépendant ou on ne l’est pas. Tandis qu’il avait engagé son pays dans un grand chantier de réappropriation des secteurs clef, en privilégiant en bon enseignant , une formation assidue des cadres, au lieu de verser dans le schéma des coopérants qui plus tard sera adopté dans les années qui suivront, avec sa mise en échec dans un coup d’état comploté par les forces néocoloniales.

L’un des tous premiers coups d’états de la France sous les tropiques s’est fait au Cameroun. Dès 1958 avec l’arrivée à Yaoundé de l’administrateur colonial Jean Ramadier qui venait pour régler une fois pour toute le problème de l’union des population du Cameroun parti indépendantiste qui réclamait une indépendance totale du Cameroun y compris par la lutte armée et d’ André Marie Mbida, qui avait pour dessein de libérer le Cameroun d’un manière moins violente. L’administrateur colonial prononcera un discours devant l’assemblée législative du Cameroun détaillant au mépris du gouvernement de Mbida son plan pour diriger le Cameroun et lui octroyer une pseudo indépendance. Courroucer par cette ingérence d’un administrateur colonial dans les affaires interne de son pays, André Marie Mbida fera appel aux supérieurs hiérarchiques de Ramadier en voyageant vers la métropole pour une demande d’explication. Pendant qu’ il se rendra d’urgence à Paris pour consultation Jean Ramadier resté au Cameroun s’emploiera a fomenter un coup d’état en brisant la coalition qui avait amenée au pouvoir André Marie Mbida, il exigea des différents parlementaires un vote de censure contre le Gouvernement de Mbida et il y mit de la manière en corrompant les parlementaires et les membres du gouvernement qu’il appela à démissionner en leur versant chacun une somme de 200 000 F CFA, il ira plus loin en choisissant le nouveau premier ministre Ahmadou Ahidjo dont il écrira lui-même le discours d’investiture, mis en minorité André Marie Mbida de retour de France après avoir rencontré le président Français et les parlementaires, aurait semble-t-il réussi à convaincre une certaines partie de l’opinion publique française du bienfondé de sa démarche, démissionne le Cameroun entre désormais sous la sphère d’influence du néocolonialisme qui sera appelé plus tard la maffia France –Afrique une espèce de néocolonialisme qui maintien comme vassaux jusqu’aujourd’hui un bon nombre d’états africains anciennes colonies française d’Afrique.

Dans cette histoire l’observateur averti peut facilement observer la duplicité des autorités françaises. Comment un commis de l’administration française comme Ramadier aurait pu refuser de répondre, à son retour d’urgence en France pour consultation, face aux supposés pressions de ses supérieurs hiérarchiques comme le président Français René Coty, s’il ne se savait pas couvert par les mêmes autorités qui affirmèrent à André Marie Mbida qu’il était dans son droit, en outre d’où venait les sommes faramineuse avec lesquelles Jean Ramadier avait corrompu une partie de la classe politique à sa cause ? Si ce n’est du gouvernement français sans doutes des personnes assez influentes comme les richissimes néocolonialiste industriels qui avaient pour dessein d’exploiter indéfiniment les richesses de l’Afrique et qui déjà à l’époque faisaient et défaisaient les gouvernants en représentant ces intérêts puissants il se savait intouchable. Dans ce feuilleton colonial digne des tragédies Romaines il y eut collusion duplicité trahison et naïveté.

En tous cas les idéaux de liberté et de démocratie du désormais ancien premier ministre Camerounais allaient lui couter cher, dès 1962. Après l’indépendance factice de 1960, le multipartisme sera le derniers bastion que les néo colonialistes feront sauter, (un multipartisme que les mêmes forces imposeront en 1990 pour mieux brouiller les pistes avec la fin de la guerre froide) une fois de plus, la corruption et les intimidations seront utilisées pour dissoudre divers partis politiques et forcer le monopartisme. Apres un court exile à Conakry où il rencontre les figures du combat de la liberté au Cameroun comme Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié avec qui, ils définissent les directives d’un plan d’action pour le Cameroun, il sera élu à l’assemblée législative du Cameroun en 1960 sous la bannière de son parti, le parti des démocrates camerounais, En 1962 dénonçant la présence des troupes françaises sur le sol Camerounais dans la guerre effroyable que cette armée coloniale mena sur le sol camerounais jusqu’en 1972 contre des populations Camerounaises avec un bilan qui serait de plus 500 000 morts, André Marie Mbida fonde avec quelques autres politicien dont Mayi Matip Theodore de l’Union des Population du Cameroun, Charles Okala, du parti socialiste Camerounais et Marcel Bebey Eyidi, du parti travailliste Camerounais, le front national uni, FNU en juin 1962 ce mouvement publie un manifeste, signé par Mbida, Okala, Eyidi et Matip, dans lequel ils affirment leur refus d'adhérer au parti unique. Les signataires ajoutent qu’un état à parti unique conduit inévitablement à la dictature. Une dictature qui était le bras séculier du néo colonialisme. André Marie Mbida sera aussi hélas le premier prisonnier politique du Cameroun Par conséquent, il sera arrêté avec ses 3 autres compères et emprisonnés dans l’infâme prison de Tcholiré dans le Nord Cameroun. Cette incarcération amoindrira physiquement le premier, premier ministre camerounais il perdra pratiquement la vue, au point ou en 1965, il sera placé en résidence surveillée. En 1966, sous la dictature du désormais président Ahidjo il obtiendra sous les pressions de certaines de ses relations du parti socialiste français l'autorisation de se faire soigner en France. De retour au Cameroun deux ans plus tard, il sera de nouveau placé en résidence surveillée, à Yaoundé, du 3 Août 1968 au 30 mai 1972 au moment où l’Etat unitaire sous le parti unique était proclamé pendant que les troupes néocoloniales françaises pliaient bagages après une guerre de de plus 10 ans contre le Cameroun.

Jusqu'à sa mort, qui intervint à paris en 1980 André-Marie Mbida refusa de souscrire à l'idée d'un seul Etat-parti; le Parti des démocrates camerounais refusa de fusionner avec l'Union nationale du Cameroun (UNC) déclinant ainsi une invitation à la mangeoire une terminologie qui est devenue la métaphore de ceux qui succédèrent a Ahmadou Ahidjo, où les postes administratifs sont distribués comme prébendes au pacte avec les forces de l’obscurantisme et du néo esclavagisme. Andre Marie Mbida refusa de partager l’infâme gâteau de la trahison des intérêts du peuple camerounais au profit des puissances coloniales, qui jusqu’ aujourd’hui restent maitres du jeu politique en Afrique Francophone. Dans une Afrique où le retour au multipartisme n’est plus la panacée miracle au développement avec une classe politique qui a perdu la fibre patriotique et privilégie les intérêts égoïstes de ses différents protagonistes, le marchandage abject ne peut que faire perdurer l’emprise des forces néocoloniales sur la gestion des affaires de la cité africaine.

Par Hubert Marlin Elingui Jr.

Journaliste Ecrivain


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