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  • Hubert Marlin

Boko Haram sert les intérêts de Paul Biya


L’un des plus grands gambits du 21ème siècle est sans doute en train de se dérouler dans le bassin du lac du Tchad, sans que personne ou presque ne se rende compte. L’avenir politique du poumon économique de l’Afrique centrale qu’est le Cameroun est en train de se jouer. Pour ceux qui ne le savent pas Un gambit est un terme employé aux jeux d’échecs qui désigne un sacrifice volontaire de pions dans l'ouverture. Seulement qu’ici la partie d’échecs n’a rien de ludique, mais c’est plutôt un jeu de guerre létale qui a déjà fait couler beaucoup de sang. Les pions étant ces âmes sacrifiées sur l’autel des agendas malicieux des hommes de pouvoir.

Après 32 ans d’un règne sans partage à la tête du Cameroun, la partie est loin d’être terminée. Le président Biya du Cameroun pour la première fois fait face à la guerre sur son territoire, et il sait qu’il est à la croisée des chemins entre un peuple qui s’est oublié dans ce règne qui n’en finit pas, et de ce tunnel qui semble plonger les camerounais (es) dans les profondeurs abyssales de la paupérisation tout azimut, une communauté internationale faites de requins qui jouent la carte de l’exploitation des ressources et du positionnement géostratégique, et bien sûr, sa succession à la tête de l’État. A 82 ans il sait lui-même qu’il est au soir de sa vie, et il sait comme tout homme d’État issu du moule des réseaux de la France Afrique, qu’il faudra survivre coute que vaille à son passif, et ouvrir la voie à un successeur qui imprimerait son action dans la continuité tout en sauvegardant ses acquis au grand dam de ceux-là qui croient que le changement d’homme peut être un changement de politique.

Le choix qui à première vue paraitrait cornélien, face à la montée de l’insécurité dans la partie Septentrionale du pays. N’en est pas un. Depuis le début des hostilités le président camerounais a montré qu’il maitrisait son sujet au point où l’on commence à se poser des bonnes questions. Loin de nous l’idée d’atteinte à la bravoure des forces armée, ni encore moins à la vie des hommes et des femmes qui furent des otages, il était temps que l’on se posa la question de savoir pourquoi les ravisseurs qui à chaque fois ont montré leur bonne foi dans la libération des otages, même après paiement de rançons, soient intransigeants dans la manière de semer la misère et la mort, dans les villages de la frontière entre le Cameroun et le Nigeria? Il y a là, une logique de deux poids deux mesures qui sonne faux. Vue la barbarie dont les hordes islamistes ont prouvé être capables, logiquement on s’attendrait à ce que ce soit des gens avec qui aucun dialogue n’est possible, mais pourtant c’est le contraire qui se produit et pourquoi? Pris dans le flot de l’émotion beaucoup perdent le fil des idées pour mettre toute logique dans leur raisonnement et comprendre le pourquoi du comment. Loin de faire dans l’anathème ou la haine servile, des différents protagonistes, il est temps que l’on dise la vérité au peuple, dont les enfants se font farcir la vie dans le pain béni qui profite au régime en place.

La réalité des enjeux et des forces en présence est tellement complexe pour le profane, que ceux qui sont aux manettes de la manipulation ne s’émeuvent point, sures sans doute d’assener des coups invisibles et imparables.

Brillant politicien aux affaires depuis plus de 50 ans, le président camerounais a sans aucun doute vu venir la nébuleuse terroriste, et les vents du printemps arabe, qui un peu partout on fait tomber des caïds les plus aguerris. ce serait se mentir que de dire qu’il ne sait pas ce qui se trame dans la nouvelle géostratégie mondiale qui a emporté Laurent Gbagbo, Mouammar Kadhafi, Ben Ali, Hosni Moubarak, et Amani Toumani Touré, dans une moindre mesure.

Les rapports de Wikileaks, publiés il y a quelques années qui prouvaient les préoccupations du président Camerounais quant à son bilan jusque-là négatif et son envie de sortir la tête haute, ont sans doute trouvé un terrain de réalisation avec les activités de la secte islamique Boko Haram au nord du Cameroun.

Aujourd’hui les camerounais patriotes dans l’âme semblent faire confiance à leur président, depuis 1990 Paul Biya n’a jamais eu une cote de popularité qui frôle les cimes du plébiscite au sein de l’opinion publique camerounaise comme aujurd'hui. Malgré quelques voix de discorde, le peuple camerounais dans sa majorité semble lui donner un blanc-seing, et il semble l’avoir compris en se découvrant un caractère panafricaniste, qui sur les bords n’est rien d’autre que de la pure comédie, on ne saurait se dire panafricaniste lorsqu’on assimile les takfiristes aux indépendantistes africains de la première heure. On ne serait évoquer le panafricanisme lorsqu’on est incapable d’insuffler une dynamique entre les rapports des pays de la sous-région ou en général on brille par un absentéisme criard aux différentes assemblés. Là encore il y a une logique de deux poids deux mesures qui colle mal avec la réalité.

Beaucoup ont parlé de prudence dans la démarche du président camerounais quand il en vient à la gestion des grands dossiers comme celui des échanges commerciaux avec l’hémisphère nord. Le président camerounais en faisant ratifier le traité sur les APE accords de partenariat économique avec l’union européenne a prouvé qu’il était plutôt dans la continuité du mercantilisme à sens unique de l’hémisphère nord contre le sud. On serait panafricaniste que l’on réfléchirait par deux fois avant de ratifier un pareil accord qui vise aux bas mots à inonder les marchés africains de produits européens sans que ces derniers ne s’acquittent de la moindre taxe douanière, les conditions de concurrence déloyales qui en découleraient détruiraient le tissu économique des pays africains de manière irréversible. Ce n’est pas l’exonération de taxe sur les matières premières du sud vers le nord qui pourrait régler cette ambivalence. Ce traité est la copie conforme du traité de Nankin entre la Chine et l’Angleterre en 1842, un traité qui brillait par son inégalité patente. L’actualité est à la guerre contre Boko Haram, alors tout ce qui gravite autour passe incognito, et personne ne saurait s’en émouvoir.

Après s’être forcé un chemin vers l’orient avec la Chine à laquelle il a accordé quelques marchés, au fort des crises politiques afro arabes et de l’imbroglio ivoirien, Paul Biya semble avoir atteint son objectif intéresser et amener à la table des négociation l’occident dont les figures de proues sont la France et les États- unis, à commercer avec lui, du future du Cameroun au lieu de laisser les grandes puissances occidentales en décider unilatéralement comme cela semblait être le cas au départ. L’entrée en guerre du Tchad, la convocation des chefs d’états major d’armées africaines à Dakar, par l’Armée américaine prouve que désormais un certains terrain d’entente a été trouvé entre les différents protagonistes. L’octroi du chantier du second pont sur le Wouri à Douala capitale économique du Cameroun, à une entreprise française après avoir retiré le projet à une entreprise chinoise qui se proposait de l’exécuter à moitié du prix actuel, et la visite de Laurent Fabius ministre des relations extérieurs français à Yaoundé sont des signes qui ne trompent pas.

Sur le théâtre des opérations le terrorisme, depuis le 11 septembre 2001, semble être devenu la pièce maitresse autour de laquelle les politiques s’appuient pour bâtir leur agenda vicieux. Aussi avec le passage des lois d’exceptions au Cameroun, petit à petit la scène se met en place. Imaginons un seul instant que le conflit entre Boko Haram venait à perdurer jusqu’à la prochaine élection présidentielle de 2018; chose qui plus que jamais semble être possible. Dans la configuration actuelle d’un peuple ignorant sur les véritables enjeux de ce qui se trame dans son dos, le président camerounais est sure de l’emporter par un raz de marée, l’urgence en la demeure lui donnerait des suffrages qu’il n’aurait pas eu dans les conditions normales. Mieux dans un environnement où la limitation des mandats est de l’histoire ancienne depuis 2008, il pourrait même à défaut pousser le cynisme, et imposer au peuple camerounais un successeur comme son propre fils. Dans cette hypothèse il jouirait dans un premier temps d’une opinion favorable par rapport au succès de son armée spécial au front, contre la nébuleuse fantoche, et de deux ses desseins, seraient quasiment couvert de fond en comble par la législation qu’il a réussi à imposer par à coup. Aussi toute personne émettant le moindre mécontentement deviendrait passible d’acte terroriste selon la règlementation de la nouvelle loi antiterroriste en vigueur.

Le comprendra qui pourra la science politique, dont le prince de machiavel du palais de l’unité d’Étoudi semble avoir obtenu une maestria létale, n’est pas la science qui permet au peuple d’être bien gouverné, mais elle permet plutôt aux gouvernants de mieux conserver leur pouvoir sur les masses. Etienne de La Boetie disait Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. certains sont à genoux depuis sans meme s'en rendre compte, malgré la misère morale et matérielle qui s'est installée depuis et qui aide à garder dans les enclos un peuple si bien formaté qu'il aura du mal à accepter un leader différent de celui qu'il connait depuis plus de 30 ans.

Par Hubert Marlin Elingui Jr

Journaliste Ecrivain


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