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  • Hubert Marlin

Entretien avec Sally Nyolo


Jamais personne n’a su faire un dosage si équilibré des sonorités traditionnelles et modernes, transfuge du groupe Belge Zap Mama la planète musique la découvre en 1997 lorsqu’elle est déclarée lauréate du prix découverte Rfi, son album intitulé Tribu sorti en 1996 reste un chef d’œuvre de référence dans les annales de la musique mondiale, qui aura médusé par son originalité les mélomanes du monde entier en vendant pas moins 300 000 exemplaires. Les opus qui suivront ne feront que confirmer son talent “Multiculti” en 1998, “Béti” en 2000, “Zaïone” en 2002, “Studio Cameroon”en 2006, 2011“La nuit à Fébé” en2011 sont un véritable récital de sonorités inédites d’une artiste définitivement établie. Lauréate en 2012 du prix USA world music award pour la chanson Ombombo, Sally Nyolo est en train de mettre les dernières touche à son prochain album intitulé Tiger Run dont la date de sortie reste à être définie. Entre 2 avions elle a sacrifié un instant de sa vie pour répondre à nos questions un exercice auquel, nous lui sommes éternellement reconnaissants, ses fans à travers le monde ne seront pas déçus bien au contraire lisons plus tôt ce que nous dit Sally de sa vie d’artiste et de ses nouveau projet sa franchise et sa courtoisie vous surprendra.

Flashmag :Bonjour Sally nous sommes ravi de vous avoir comme la guest star deFlashmag en ce mois de décembre, c’est un véritable cadeau de fin d’année pour vos nombreux fans, le temps de cet interview notre rubrique est la vôtre. Alors sans plus tardée dites-nous la musique pourquoi l’avoir choisie comme métier? Arrivée en France alors que vous n’aviez que 13 ans vous vous imaginiez finir musicienne?

Sally Nyolo : Arrivée en France à l’âge de 13 ans, je ne m’imaginais absolument pas finir comme unemusicienne. Et je ne dirais pas que j’ai choisi la musique comme métier. C’est plutôt la musique qui m’a choisi Pour la petite histoire, je suis tombée dans le bain des professionnels en remplaçant au pied levé une choriste qui avait eu une appendicite… J’ai même demandé la permission un jour à mon père, sur le quai d’une gare. Appréhendant sa réaction, je l’ai devancé à son retour du travail. Je lui avouais donc que cela faisait deux semaines que je ne suivais mes cours à l’université qu’« au carbone » (une complice me faisait les photocopies de ses notes), parce que je chantais au Casino de Paris derrière l’artiste Jacques Higelin… Sa réponse a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Il m’a dit donc : « ma fille, suis ton chemin, écoute la voix et surtout fais dans la vie ce que tu as réellement envie de faire ».

Flashmag : accompagnant des artiste de renom comme Toure Kunda ou Jacques Higuelin, vous vous engage avec le groupe Belge Zap Mama, l’une des rencontre musicales qui changera le cours de votre carrière comment s’était faites cette rencontre? Que représente cette période des années 90 pour vous ? Comment est-ce qu’elle a influencé le restant de votre carrière musicale?

Sally Nyolo :Je venais de terminer moi-même les enregistrements en studio de ce qui allait être monpremier album : Tribu. Et je cherchais un co-producteur, un distributeur, une maison de disques... J’avais déjà un groupe et nous jouions dans des salles parisiennes. À cette occasion, une amie est venue me dire à la fin d’un concert, qu’une chanteuse appelée Marie Daulne cherchait à rencontrer d’autres chanteuses pour son groupe. Ça ne m’a pas interpelé sur le moment. Plusieurs mois se sont écoulés et je faisais toujours écouter mon album à tous ceux que je croisais. Et une autre relation me dit alors que Marie Daulne, chanteuse du groupe Zap Mama, allait venir bientôt à Paris. Et que certainement ce serait bien que je la rencontre, car elle faisait dans le même esprit que moi. J’écoutais donc une première fois un disque du groupe acapella Zap Mama et découvrais qu’on n’était pas loin, effectivement dans la même recherche de son. Nous nous sommes rencontrées quelques semaines plus tard. La première fois qu’elle m’a vue, elle m’a dit « Sally, tu es ma racine ! ». Et nous ne nous sommes plus quittées pendant quelques années, pour la carrière que vous évoquez…

D’avoir investi le groupe acapella Zap Mama ne me laissait pas le temps de travailler en solo, le projet musical que je venais de terminer d’enregistrer. J’ai donc dû laisser dormir mes travaux pour vivre l’expérience du chant acapella avec Zap Mama. Et cela a été d’une grande richesse, puisqu’elles me ramenaient vers mes premières découvertes de la musique : les chants du village, les chant à l’église, la simple voix portée comme un instrument…

Flashmag : coup d’essai coup de maitreTribu reste un chef-d’œuvre de référence dans les annales de la musique avec la chanson « Tam-tam » qui est de celle qui ne meurt jamais? D’où vous est venu l’inspiration pour réaliser cet opus quelques petite anecdotes sur cet album qui a lancer votre carrière? Surtout qu’il a fait de vous la lauréate du prix découverte RFI en 1997?

Sally Nyolo :L’esprit s’élève et l’inspiration vient d’une très grande prise de conscience de la fragilité de l’être, ici-bas. De la perte, aussi, de ceux qu’on aime. Et puis de se dire qu’on va oser. Tamtam veut dire qu’on va oser faire ce qu’on a au fond de soi. J’ai écrit ce premier album Tribu, celui où il y a Tam-tam, alors que j’accompagnais des artistes de la variété française. Et j’écrivais dans mes temps libres cet album 100% en langue Béti. Ne trouvant pas de producteur pour m’emmener en studio, j’avais pris l’initiative d’y aller l’enregistrer moi-même. Ne connaissant pas de gens qui sauraient jouer le rythme comme je voulais le jouer, j’ai décidé de jouer moi-même et d’initier, de former, des batteurs à jouer comme je les entendais, ces 3/4, ces 6/8, ces 9/12, tous ces comptes en 3 qui ne sont pas la routine des musiciens européens. J’ai même été la première à utiliser ce qu’on appelle depuis, les « percu-batteurs ». Dans la simplification de ce langage musical, je leur disais : « les pieds c’est la batterie » (grosse caisse / charlestone) et « les mains c’est les peaux ou les bois » (tambours, bambous, nkule…). Et moi-même, par ce besoin de transmission qui me forçait à jouer aussi, je créais ma propre pulse, un univers sonore qui devenait singulier et intéressant pour des musiciens venus d’univers très différents. J’ai pu m’amuser ainsi, comme je m’amuse encore, avec des gens qui ont toujours trouvé la clé pour jouer ma musique : Paco Sery, Sylvin Marc, Hervé Samb, Jean-Jacques Milteau…

Flashmag : le second opus Multiculti sorti en 1998 comme son nom l’indique confirme votre melting pot artistique, vous êtes un véritable boulevard des cultures nord –sud. Cependant une question me taraude l’esprit arrivée si jeune en Europe comment avez-vous fait pour conserver vos racines et votre culture chantant en votre langue vernaculaire et jouant des instruments traditionnels, quand on connait que l’environnement culturel en Europe peut être assez classique et formaté a l’occidental?

Sally Nyolo :Cette arrivée en France, très jeune, ne s’est pas faite toute seule. Je suis venue accompagnée de ma petite cellule familiale : père, mère et frère. Cela m’a permis de garder la langue maternelle, à l’intérieur de ce cercle familial, pour ne pas l’oublier. J’ai eu un flash un jour en arrivant en France, moi qui venais de laisser tout le reste de la famille derrière moi. J’ai eu peur de perdre tous mes repères, de ne plus savoir parler. Alors j’ai demandé à la famille. C’était comme un cri du cœur. Ma mère m’a entendu, et j’ai pu continuer à pratiquer la langue quand j’avais besoin de parler. Il n’est effectivement pas facile, et on le sait très bien, quand on est dans les villes, de continuer à parler une langue qu’on n’aurait parlé que si on était au village. Je continue à parler aujourd’hui avec elle, alors que ça fait très longtemps qu’on est partis. Elle comme moi, notre vocabulaire date d’avant notre voyage… On parle comme les grands parents le faisaient autrefois…Quant aux instruments traditionnels, je me suis intéressée et j’ai fait des recherches, de façon autodidacte, sur le son, comme j’en ai fait sur la langue. Et je me suis mise à recycler les sons, à trouver les similarités, les correspondances, les transpositions sonores que j’entendais pour écrire ma musique. Ces recherches m’ont fait trouver une musique qui est proche de l’univers sonore, existant dans la forêt, la nature, la vie qui m’inspirent et que je retranscris dans la musique. Je fais donc des recherches sur des instruments différents que les instruments classiques : les flutiaux dans lesquels j’ai appris à placer ma voix, les calebasses, les kass-kass, les tchak, les matières et tous ces sons que j’ai beaucoup vulgarisé dans ma musique.

Flashmag : Béti et Zaïone parut notamment en 2000 et 2002 marque un retour à la source pour le premier avec un Bikutsi redéfini par vos soins, tandis Zaïone du nom de votre fils né l'année d’avant marque une pose tout en élargissant vos horizons musicaux avec des mélanges encore plus audacieux et des invités de marque, tels votre amie de longue date Princesse Erika, en quoi être mère a influencé e votre art et votre conception de la vie? Et ces 2 album que représente-t-il pour vous? La maturité, ou un stop introspectif sur vous-même et votre parcours artistique?

Sally Nyolo :Il n’y a pas de stop… Il n’y a pas une direction seulement, que je pourrais suivre ou interrompre. Chaque album est un nouveau défi, une nouvelle recherche, de nouvelles rencontres, un nouveau regard… Et un nouveau monde de sonorités. Je suis partie effectivement, pour l’album Béti, dans mon souvenir, à la racine du Bikutsi. C’étaient les voix que j’entendais, enfant : ces voix qui portent à elles seules, et le rythme et le message. Zaïone est un album de voyage. Je tournais un peu partout à l’époque où j’ai écrit l’album. L’ouverture s’est faite tout à fait naturellement. J’ai voulu faire voyager mes sonorités, avec des compositeurs différents comme Princes Erika, Adão Daxalebaradã… Et toutes ces amies qui sont venues en studio comme des bonnes fées, alors que j’attendais mon fils…

Flashmag : En 2005 vous réalisé votre vœux d’offrir un cadre plus propice aux artistes de votre pays d’origine le Cameroun, en ouvrant un studio d’enregistrement à Yaoundé au Mont Fébé. Naitra de cette expérience en 2006 un album justement intitulé studio Cameroun ; était-ce une manière pour vous de redonner un tout petit peu à votre patrie ou simplement un désir pour vous d’aider ceux dans le besoin? Un mot sur cette expérience comment l’avez-vous vécu? Et ce studio du Mont Fébé aujourd’hui comment se porte-t-il est-il toujours en activité?

Sally Nyolo : Il y a beaucoup de choses à faire au Cameroun. Et quand on me demandait souvent au pays « qu’est-ce que tu peux faire pour nous ? ». Je disais : « je peux faire ce que je sais faire pour moi-même: enregistrer et produire ». Comme je suis toujours en train de travailler, il me semblait normal de continuer à travailler, avec les gens du pays. J’ai donc créé cette cellule de travail pour pouvoir y emmener des gens qui comme moi, aiment travailler et que je pouvais faire découvrir par la même occasion. Au-delà des projets collectifs ou d’autres ponctuels, j’utilise surtout le studio pour mes propres albums. J’y ai ainsi enregistré-moi même une partie de Mémoire de Monde et de la Nuit à Fébé.

Flashmag : En 2011« la Nuit a Fébé »sort votre sixième opus sort produit par RCA/ Sony music, dont l’un des titre Ombomo sera fait lauréat des World Music Award aux États-Unis en 2012. Qu’est ce qui a changé dans votre approche musicale en travaillant avec des majors comme Sony que certains accusent à tort ou à raison de vouloir trop formater les artistes et leur musique pour la rendre un simple produit commercial?

Sally Nyolo : En signant avec Sony-RCA, pour l’album La Nuit à Fébé, ils étaient séduits par la production qui avait été faite au préalable par moi-même. Et on a finalisé ensemble, toujours d’un commun accord et sans aucun sentiment de sacrifice de ma part, pour le contenu artistique. Ils étaient plutôt contents de cette capacité de réaliser mes productions. Une major peut aussi simplement accompagner des projets.

Flashmag : depuis vos débuts vous vous êtes produite dans les plus grandes scènes du monde d’Afrique d’Asie d’Amérique d’Europe et d’Océanie si il fallait donner votre avis sur les différents publics devant lesquelles vous vous êtes produites quel qualificatif donneriez-vous à chacun de ces publics et quel sentiment avez-vous chaque fois que vous êtes face à ces différents public

Sally Nyolo : On aimerait jouer plus souvent en Afrique, avec des salles bondées de gens très contents…Mais on est nous-même contents de trouver des publics différents qui réagissent chacun à leur façon au message qui est porté. Et je suis déjà très contente de trouver un public fidèle partout dans le monde. Il n’y a pas de public meilleur qu’un autre. Quand il y a public, tous les publics sont bons !

Flashmag : à ce jour le public attend avec impatience la sortie de votre septième Album intituler Tiger Run un titre qui fait allusion au félin d’Asie qu’est-ce que cela implique? Si on sait que le titre Kilimandjaro sera l’une des chansons fars pouvez-vous nous dire ce que nous réserve ce nouvel album dans sa quintessence et style? De quoi vous êtes-vous inspirée pour le réaliser sur quels thèmes est-il basé ? A quand sa sortie solennelle?

Sally Nyolo :Quand à Tiger Run, la surprise sera de taille. Vous parlez de félin… Tout ce que je peux vous dire pour l’instant, c’est que c’est effectivement de la perception du félin qu’il s’agit… Et Kilimanjaro est bien aussi un des titres de l’album Tiger Run.Quelques thèmes de prédilection que j’y déclinerai : l’amour, la vie, l’être, l’humour, le questionnement, l’esprit… Les messages y seront, et quelques lieux fétiches, aussi ! Et il y aura également un hymne à la paix, avec des invités-surprise. L’attente ne sera plus très longue pour que je puisse vous dévoiler tout le contenu de l’album. Pour le moment, il est encore dans les tuyaux… Il arrive !

Flashmag : au moment de clore cet entretien y a-t-il une question, un sujet que vous auriez aimé évoquer mais dont hélas, n’ayant le secret de la science infuse nous aurions omis de souligner? Un mot spécial à l’ endroit de vos fan et c’est quoi votre agenda du futur proche?

Sally Nyolo :Soyez prêts… Tiger Run arrive et dedans il y a mon cadeau pour vous, mes fans !

Flashmag : Sally Nyolo Flashmag et son Lectorat vous disent merci pour cet entretien cordial et ouvert

Photos: Pierre Terrasson- Paris

Propos recueillis par Hubert Marlin Jr.

Journaliste Flashmag


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