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  • Hubert Marlin

L’Afrique et la montée de l’intégrisme religieux


Dans l'edition commémorant le premier anniversaire de Flashmag, nous retournons à la source, au continent mère, d’où naquit la civilisation universelle. Vous l’avez sans doute compris, nous parlerons de l’Afrique et surtout de l’Afrique face aux religions importées et à l’intégrisme religieux, fusse-t-il chrétien ou musulman.

S’il est évident que la croyance aux forces métaphysiques a toujours existé dans toutes sociétés humaines, en Afrique la mystique religieuse a toujours occupé une place centrale, une espèce de pierre angulaire; la religion étant le socle sur lequel, le développement humain s’est souvent ancrée. Aussi depuis des temps immémoriaux aussi bien en l’Afrique, ou dans la Rome antique, la Religion tient une place importante dans la société.

Pour les anciens : « Des dieux satisfaits pourront vous accorder leur clémence; bénir vos champs et récoltes, faire prospérer vos routes de commerce, ou encore remplir vos marchés des produits lointains et raffinés. Par contre avec des dieux mécontents, attendez-vous aux pires des désastres; bâtiments détruits, champs dévastés, et bien pire encore »... de facto il est évident que la religion a toujours existé dans le continent noir même sous des formes les plus primitives dans certains cas. Cependant avec le temps, le contact extérieur, et les guerres d’influences, les différentes croyances en vigueur dans le continent seront combattues et dans certains cas abandonnées, renvoyées aux calendes grecques au profit de celles venues de l’Occident ou de l’Orient. subissant en premier les méfaits de l'esclavage et de la colonisation les religions africaines rentreront dans l'omerta. pour détruire un peuple on détruit en premier ses croyances ou on les pervertis. certaines croyances résisteront néanmoins aux persécutions en se trouvant un moyen de survie dans la clandestinité, ou en se transmutant. Ce n’est que bien plus tard que les notions d’inculturation et syncrétisme religieux verront le jour. Si la religion peut être définie comme l’addition d’un ensemble d’éléments : une communauté + un dogme + une transcendance + un rituel + une finalité = Être exaucé sur terre ou dans l‘au-delà; cependant, la pratique et la propagation des religions dites révélées, s’est toujours heurtée aux cultures locales, et en Afrique le phénomène a toujours été à la base de nombreuses dissensions et guerres. Dans cette optique en Afrique de l’Ouest, la montée en puissance d’Ousmane Dan Fodio (1754–1817) est un épisode majeur du mouvement intitulé l’hégémonie Foulani, aux 17 e, 18 e, et 19 e siècles. Ce mouvement faisait suite aux Jihads (guerres saintes) qui convertirent par la force à l’islam, les royaumes du Fouta-Ɓundu, Fouta-Djalon, et Fouta-Tooro entre 1650 et 1750. ceci permit la constitution de ces 3 sultanats, en états islamistes, qui continuent d’exister de nos jours, faisant partie de l' Etat fédéral du Nigeria actuel. digne heritier de Dan Fodio, Shehu à son tour inspira plus tard un bon nombre de jihads plus au nord-ouest, placant des fidèles lieutenants locaux aux commandes des nouveaux sultanats, dans l’Empire du Massina ( Mali) , Seku Amadou est fait premier sultan du Massina, dans l’Empire Toucouleur (Sénégal) El Hadj Umar Tall (qui épousa l’une des petites fille de Dan Fodio )prend les commandes , et dans L’ émirat de l’ Adamawa (Cameroun, Nigeria) Modibo Adam est fait premier Emir.

Ousmane Dan Fodio et les adeptes de sa doctrine peuvent être considérés comme les premiers véritables intégristes en terre africaine, car il faut noter que Fodio et ses adeptes se sont toujours opposés à une certaine africanisation de L’islam, en combattant le soufisme et le maraboutisme, qui ont pour equivalent l’inculturation chrétienne qui date des premières heures du christianisme en Europe et en Orient, ce principe qui visait à donner une couleur locale à la religion. Pour se faire accepter, le christianisme avait besoins de s’adapter aux nouvelles ouailles. Aussi des conflits culturels entre les juifs chrétiens et Gentiles chrétiens continuèrent jusqu’à ce le christianisme incorpore la culture Gréco-romaine. Une Similaire inculturation se produisit lorsque l’Empire romain tomba en décrépitude et les cultures Germaniques et Médiévales devinrent dominantes, un processus qui prit plusieurs siècles pour se réaliser. Les pionniers de l’inculturation dans l’histoire chrétienne sont : St. Patrick en Irlande, St Cyrille, et St Methodius pour les slaves de l’Europe de l’Est.

Apres le schisme de 1054, l’Eglise catholique Romaine sera largement restreinte en Europe de l’Ouest. Toute tentative de retourner sur la sphère d’influence des cultures du Moyen-Orient avec les Croisades et L’empire Latin de Constantinople (1204- 1261) seront vouées à l’échec. La Reformation protestante créera la division dans l’Eglise chrétienne. Cependant à la même période les découvertes de nouveaux mondes d’Amérique, d’Asie, et d’Afrique par les Espagnoles et les Portugais élargiront le contact de l’Europe avec d’autres civilisations… le syncrétisme religieux quant à lui n’est qu’une harmonisation des croyances, une synchronisation de la foi, il est la conséquence des différentes interactions entre différentes cultures. Ainsi Daris Sabbatucci, en affirme que « Dans la terminologie habituelle de l’histoire des religions, le syncrétisme désigne la fusion de deux ou de plusieurs religions, de deux ou de plusieurs cultes en une seule formation religieuse ou culturelle ». Dans le sens que nous lui donnons, le syncrétisme religieux signifierait, soit l’amalgame populaire des religions révélées et les usages de croyances et de rites antérieurs, soit toute confusion apparente de rituels et de doctrines ». De ce fait il faut souligner que l’islam le plus tolérant en général est imbibé de maraboutisme, c'est cette forme d'islam qui prendra racine en Afrique noire car acceptée par les populations locales qui avaient reussi en faire une espece d''excroissance de leur croyances ancestrales . Le féticheur ou Marabout devient ce trait d’union entre la mémoire ancestrale, et les croyances importées. C’est pourquoi des croyances tels que le Vaudou au Benin , ou l’Iboga au Gabon, qui bien qu’empruntant certains éléments au christianisme, resteront néanmoins très ancrées dans les us et coutumes locales, et ceci au grand dam parfois du colonisateur. Cependant pour ce qui est du christianisme, si l’Église catholique Romaine , sera un peu plus rigoureuse dans la pratique du christianisme en Afrique, ce sera beaucoup plus à des fins politique, car le Christianisme a toujours été la religion des puissances colonisatrices, qui l’ont souvent utilisées comme outils de d'assimilation et d’hégémonie, faisant ainsi un outil d’acculturation et non d’inculturation. L’inculturation viendra bien plus tard dans les années 90’, avec la vague des mouvements démocratiques qui secoueront le continent noir. Aussi, le pape Jean Paul II, dans plusieurs encycliques et discours publics évoquera ce terme, qui sera bien défini dans l’encyclique Redemptoris Missio (mission de rédemption) en 1990, comme une espèce de dialogue entre la foi et les cultures. l’Eglise catholique à coup sûr de ce fait, faisait un mea culpa des siècles d’inflexibilité et de rigorisme en Afrique. D’où vient –il donc qu’avec les différentes mutations qu’ont connu les croyances et une certaine stabilité constatée ; aujourd’hui le continent africain se trouve confronté à une vague d’intégrisme, alors que l’on pensait que le continent avait déjà fait le tour de la question religieuse en trouvant un certain équilibre dans la manière de vivre ses croyances?

Pour répondre à cette question il important de prime abord de se mettre dans le contexte global, car avec les crises économiques qui secouent le monde occidental, l’Afrique, continent riche en ressources reste une véritable, cible des intérêts des protagonistes occidentaux, et la déstabilisation de l’Afrique en vue de son contrôle d’une manière directe ou indirecte, contribue à l’économie de guerre. Des états Africains dotés d’institutions stables et fortes, sont un frein au retour à la bonne santé économique occidentale. La formule machiavélienne selon laquelle il faut diviser pour mieux régner est l’essence même de la situation qui prévaut en Afrique de nos Jours, pourquoi un pays comme le Mali qui était sur le chemin de se bâtir des institutions fortes avec un dirigeant comme Amadou Toumani Touré, qui s’apprêtait à passer la main, a sombré dans ce tourbillon d’instabilité politique ? Les ressources pétrolières du nord du Mali ainsi que l’uranium du massif montagneux de l’Adrar des Ifoghas, au nord de Kidal, engendrent des convoitises de bien mauvais alois. La malédiction, de l’or noire se propage semant mort et desolation dans les populations locales innocentes. Ainsi comme au Congo, en Côte d’ivoire, en Libye, ou encore au Sud Soudan, un ordre obscur de profit s’évertue à régner dans ce chaos. Le Nigeria quant à lui avec ses ressources minières n’échappe pas à cette donne. Georges Clemenceau disait : « politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre » Cui Bono ? À qui profite le crime devrait être la question que tous les Africains devraient se poser plus que jamais, avant de continuer à s’entretuer pour des raisons bien éloignées des véritables objectifs. Ceux qui tiennent le pouvoir de decision en occident et qui bon an mal an, continuent d'influencer à tout le moins negativement la vie des populations africaines, sont en général des adeptes du malthusianisme démographique, tapis dans l’ombre. Entre les mains de qui tomberait une Afrique dépeuplée de ses populations pour cause de guerre ?

Dans la prolifération des religions et sectes magico-religieuses, en Afrique il faut voir, une volonté manifeste d’asservir tout un peuple, l’intégrisme de Boko Haram ou d’Ansar Dine, n’a d’égale que, la prolifération des nouvelles sectes de chrétiens réformistes intégristes qui sont financées ou inspirées du prosélytisme, des organismes venant des pays comme les États-Unis. Au vu de ce qui précède, Sembene Ousmane dans Guelwaar perçoit les religions révélées non pas comme des religions, mais comme des entités destructrices de croyances. Il ne fait aucune distinction entre le sacré et le profane. La destruction des vestiges religieux historiques au Mali sont un exemple révélateur, pourquoi est-ce que des sois disant musulmans, s’attaqueraient aux autres musulmans, n’y a-t-il pas là, une volonté manifeste d’asservir un peuple et lui enlever tout ce dont il pourrait être fier ? Aussi bien que tout point de repère ? Pour, le cinéaste et écrivain sénégalais de regrettée mémoire, l’inculturation des religions, par l’acculturation des populations autochtones n’est qu’apparence, dans l’esprit des personnages qui restent plus que jamais enracinés dans leurs terreaux culturels.

La pénétration des civilisations chrétiennes et islamiques en Afrique a eu des conséquences pernicieuses et aliénantes sur les populations. Elle a, en même temps, entraîné un bouleversement des valeurs morales et un recul progressif des bases des religions africaines. Ces religions concourent non seulement à l’appauvrissent de la religion traditionnelle authentique, mais aussi constituent des sources de divisions sociales et de stérilisation de toutes les idées novatrices et progressistes ». Les Africains devraient retourner à l’aune de leurs croyances ancestrales, ou tout au moins revisiter les principes les régissant, et essayer de les mettre à jour dans une espèce de reculturation, de réappropriation de certains des principes de leur religion d'origine qui meublent aussi bien le coran, la bible, la torah ou les monogrammes des sociétés esoteriques occidentales, dans une sorte d’autodétermination de la foi ; car à bien des égards on est que ce qu’on croit…et à quoi croit on en Afrique de nos jours?

Hubert Elingui Marlin Jr.

Journalist-writer

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