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  • Hubert Marlin

Pourquoi Les armés africaines sont sacrifiées au profit des gardes prétoriennes? "Enquête&quo


Le prétorianisme se définit en sciences politiques comme la militarisation de certaines forces d’élites, pour la protection de l’Etat. Un Etat qui en général se résout à son chef qui s’entoure souvent d’une cohorte de guerriers de son clan ethnique pour consolider son pourvoir. Les gardes prétoriennes de ce fait s’opposent aux forces armées, qui elles sont bâties pour la protection de la nation et non d’un homme et de son régime  politique. Le terme prétorien vient de « prétoire » qui désignait le quartier général des légions romaines qui devinrent plus tard   la garde rapprochée de l’empereur.

La faible institutionnalisation des états africains, a laissé prospérer des clans qui une fois ayant accédé au pouvoir ont souvent eu recours au prétorianisme pour protéger leur régime. Aussi le premier coup d’État militaire en Afrique, qui se déroule au Togo, le 13 janvier 1963, contre Sylvannus Olympio président démocratiquement élu fera des émules.

La société civile africaine étant souvent désarmée face aux gardes prétoriennes et aux dictatures civiles, en général se replie sur l’armée en lui apportant parfois un soutien dans des coups d’état qu’elle considère  souvent à tort ou à raison, comme une chance de retour à un ordre institutionnel plus démocratique de l’état, tout en garantissant la paix civile et le progrès social. Ce fut le cas en Haute Volta devenu Burkina ou plusieurs coups d’état depuis 1966 ont eu une idéologie soit néocoloniale soit anti impérialiste, comme Sankara qui prit le pouvoir Le 4 août 1983, pour libérer son pays du néocolonialisme impérial, mais sera lui-même renversé Le 15 octobre 1987, assassiné dans un coup d’État dont l’objectif sera l’accession au pouvoir de Blaise Compaoré jugé plus en phase avec les forces néocoloniales occidentales. Il est à noter cependant que la chute de Maurice Yaméogo en 1966, n’a laissé se succéder au pouvoir que des militaires, qui se sont faits des coups d’états, souvent sanglants. Le retour d’un civil au pouvoir n’interviendra qu’en novembre 2014, avec la chute de Blaise Compaoré soit un demi-siècle plus tard.  Le coup d’état de l’ancienne garde prétorienne de Compaoré pour rétablir un ordre militariste, échouera justement à cause d’une professionnalisation plus importante de l’armée et de sa puissance de feu supérieure à celle de la garde prétorienne, une puissance de feu qu’elle avait développé au cours des années 2000   pour répondre aux exigences éventuelles qu’avaient créé la guerre en Côte d’ivoire, pays limitrophe.

Pour ne pas tomber dans une situation où  leur garde prétorienne serait moins entrainée, et peu armée les dirigeants des pays comme le Cameroun ont depuis à défaut de tribaliser l’armée, et de l’infiltrer par des agents qui leur sont fidèles, se sont dotés d’une force d’élite qui a les moyens d’une armée. La croissance des dépenses militaires dans ce pays, n’est pas seulement dû à la situation sécuritaire avec les infiltrations meurtrières sur le territoire de Boko Haram, mais à une volonté certaine de consolider un pouvoir politique vieillissant et de prévoir cas échéant une confiscation du pouvoir par le sérail qui gère le pays depuis l’indépendance factice de 1960.

En général les gardes présidentielles sont suréquipées et entrainées par des consultants étrangers, qui sont payés à prix d’or, certains intégrants même la structure de commandement de ces forces d’élite, comme au Cameroun avec les   israéliens comme Mayer Heres, général à la retraite de l’armée israélienne, il a succédé   à son compatriote Abraham Avi Sivan mort dans un accident d’avion dont les circonstances restent floues. Mayer Heres est le commandant du Bataillon d’intervention rapide (BIR), la force la mieux équipée et la mieux entraînée du Cameroun.

Les instructeurs étrangers sont des mercenaires qui sont souvent    des spécialistes de la contre-insurrection, aussi bien civile que militaire. Ils disposent d’un savoir-faire dans la gestion des crises populaires et les guérillas urbaines. Des aptitudes qui servent amplement le maintien au pouvoir des régimes autocratiques comme celui de Yaoundé, Libreville, ou Brazzaville. Ces mercenaires d’une autre ère en général sont placés au-dessus des officiers de l’armée régulière, ils ont des accès directs au chef suprême des forces armées et peuvent même influencer les carrières de certains officiers supérieurs de l’armée.

En 2013, le général Mayer Heres avait opposé une fin de non-recevoir   à la cooptation du colonel Joseph Nouma au poste de commandant de la garde présidentielle du Cameroun, préférant y placer l’un de ses hommes de confiance, Raymond Beko’o Abondo. Cependant les deux officiers supérieurs malgré tout, appartiennent au même groupe ethnique, car cela est aussi l’une des caractéristiques principales de ces gardes prétoriennes s’entourer de son clan ethnique. Les chefs d’État veillent à ce que les régiments qui disposent de la puissance de feu soient commandés par des proches, laissant à d’autres militaires moins sûrs les postes d’état-major plus prestigieux et juteux, mais moins sensibles d’un point de vue de la sécurité. Le haut degré de corruption des armées régulières, est aussi en général toléré, pour non seulement avoir un levier contre les militaires corrompus au cas où ils viendraient à viser plus haut, mais aussi et surtout pour les embourgeoiser et les tenir éloignés des joutes politiques. Une tactique qui hélas dans le Cas du Congo s’était retournée contre le maréchal Mobutu, son armée corrompue inapte au combat fut incapable de faire face à l’insurrection de Laurent Désiré  Kabila.

 Les pratiques peu orthodoxes des mercenaires et de leurs pupilles ne restent pas toujours dans le silence de la grande muette, car en 2009, une ONG israélienne a mené une campagne, pour dénoncer l’appui d’encadreurs militaires israéliens auprès des forces de sécurité camerounaises qui habillées d’uniformes encore marqués « Tsahal »  avaient tiré à Yaoundé et Douala sur des populations civiles, lors des fameuses émeutes de la faim en février 2008, faisant plus de 40 morts.

En outre il y a un véritable réseau de connexions souterraines entre les gardes prétoriennes africaines. Le savoir-faire appris par l’entremise des mercenaires étrangers se vulgarise aussi, par une africanisation des instructeurs des gardes prétoriennes. C’est ainsi que les angolais ont été très actifs dans la formation de la garde du président Gbagbo. Une erreur peut être, qui lui aurait couté son fauteuil, car les soldats de fortune français ou israéliens, de par leurs background restent très influents dans les chancelleries occidentales et sont souvent un rempart contre des insurrections ourdies par les forces néocoloniales, qui peuvent avoir recours aux  putsch,   pour influencer la politique économique  du  pays. Créant du même coup des situations favorables aux multinationales occidentales, qui depuis ont une influence certaine sur le choix des dirigeants des démocraties de l’hémisphère nord. Dans ce schéma les armées africaines sont mercenarisées et utilisées pour la sécurité d’une poignée de personnages clef, et des intérêts mercantiles, et non de l’État dans son entièreté citoyenne et territoriale.  La protection du territoire obéissant souvent à la priorité aux zones stratégiques d’exploitation des ressources par les mêmes entités.   

Dans la logique des connexions souterraines le sectarisme n’est pas non moins négligeable les présidents membres des confréries maçonniques par exemple, se donnent des coups de mains de temps en temps,  envoyant des éléments de leur gardes prétoriennes soutenir des fraters  en danger. Ce fut le cas de Blaise Compaoré du Burkina qui a apporté un soutien sans faille à la rébellion de Côte d’ivoire  qui combattait sous la bannière d’Alassane Ouattara, un Ouattara qui apportera un soutien égal à Compaoré lors de la chute de son régime en 2014, lui procurant asile et citoyenneté.

La crise postélectorale de 2016, au Gabon, a vu l’apparition dans les rues de Libreville, des commandos venus du Congo Brazzaville. Les Présidents Sassou Nguesso du Congo et Ali Bongo en dehors des liens de famille qui les unissent, Sassou ayant été   le beau-père du défunt président  Omar Bongo Ondimba père d’Ali bongo, sont des franc-maçons notoires. Idem pour l’exfiltration du président déchu de la Centrafrique François Bozizé en Aout 2014 via le Cameroun, où  règne un autre Franc maçon Paul Biya, dont les réseaux  avaient  déjà accueilli  Alfred Sirven un juif français membre influent  de la nébuleuse France Afrique lors de sa cavale pour échapper à la justice française après l’épisode Elf Aquitaine. Alfred Sirven gérait les caisses noires du groupe pétrolier français, bien implanté dans les dictatures d’Afrique centrale, l’homme qui en savait trop est mort  en 2005 emportant avec lui des secrets insoupçonnables.

Du point de vue économique ce sont les ressources du pays qui alimentent les gardes prétoriennes, plusieurs secteurs clef comme la santé  ou l’éducation sont délaissés pour prioriser  les gardes prétoriennes.  Même si plusieurs autre trafics  comme l’utilisation non budgétisé des ressources comme le pétrole au Gabon au Congo et au Cameroun, alimentent les caisse noires pour l’achat des armes. L’implication des économies africaines dans la globalisation en tant qu’économies extractives produisant exclusivement les matières premières dont elles n’ont aucun contrôle sur le prix,  l’extraversion de l’économie et le contrôle par des instituions financière comme le FMI, a mis les dirigeant africains devant une situation d’improvisation du discours politico économique.  Devant les bailleurs de fonds internationaux ils sont des élèves soumis et appliqués, acceptant tous genres de compromissions, que promeut l’économie libérale, car être en désaccord avec l’establishment occidental, est mauvais pour la protection de leurs fauteuils.   Par conséquent lorsque les résultats   sont mauvais, vis-à-vis de leurs opinions publiques, ils choisissent de tenir des discours populistes, ethnicistes ou xénophobes, pour tempérer les tensions internes.

 Comme le révélait Kako Nubukpo, dans son ouvrage sur L’improvisation économique en Afrique de l’Ouest : du coton au franc CFA, Paris, Karthala, 2011.

Cependant Les sociétés civiles et la jeunesse africaine, sont de plus en plus connectées entre elles et aux réseaux internationaux. Le transfert des connaissances et des mouvements de pensée comme le néo panafricanisme par l’Internet, amènent ces dernières à être plus demandeuses sur l’alternance à la tête des Etats, et la bonne gouvernance incluant la fin des contrats d'asservissement à l'occident. Aussi le maintien au pouvoir de la kleptocratie africaine, avec leur gestion prébendière des biens publics, et des richesses du pays, passe par le renforcement des dispositifs militaires de sécurité intérieure. Cependant si les mobilisations citoyennes arrivent à faire reculer les militaires, dans leurs caserne les partis politiques n’arrivent pas à consolider les acquis démocratiques, face aux gardes prétoriennes et appellent souvent l’armée pour arbitrer les crises, comme le montrent les évènements au Burkina. Mais une armée ethnicisée et laissée à elle pour gérer des prébendes qui l’embourgeoise, reste hélas très peu efficace dans la résolution impartiale des conflits politiques en Afrique.   Aussi les régimes qui ont su prévenir toute intrusion militaire sur la scène politique, ont su employer avec dextérité l’interdépendance. Les déterminants personnels et subjectifs des relations civils-militaires apparaissent plus significatifs, la plupart du temps, que ceux qui sont structurels et objectifs ». Ils reposent sur une stratégie de cooptation et de redistribution clientéliste consistant à maintenir le contrôle sur les militaires grâce à la coïncidence d’intérêts entre les dirigeants au sommet de la hiérarchie civile et militaire.

Les chefs d’État en délicatesse avec la démocratie, développent des gardes présidentielles indépendantes de l’institution militaire, qui  du fait des évolutions géostratégiques, revient sur ses missions fondamentales, comme la défense du territoire. La situation actuelle, du terrorisme international y concourant amplement. Même si là encore les présidents africains comme celui du Cameroun semblent privilégier l’envoi sur le terrain, des unités d’élite comme Le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) qui du même coup octroi des équipements souvent  plus importants, que l’armée régulière et surtout une expérience capitale dans les situations de combats. De ce fait l’actualité géostratégique d’une manière ou d’une autre, sert aussi à donner le meilleur aux forces prétoriennes construites sur des critères de loyauté, et d’ethnicité.

Hubert Marlin

Journaliste

Contribution Roland Abina

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Sources : Les forces armées en Afrique francophone Christophe Courtin, consultant international. François Boko, avocat, consultant international et ancien ministre de l’intérieur du Togo (2003-2005) GOLDSWORTHY D. “Armies and Politics in Civilian Regimes’


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