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  • Hubert Marlin

Réparation financière de l’esclavage, un crime d’escroquerie intellectuelle.


Si dans l’éditoriale précédent notre équipe rédactionnelle n’était pas d’accord sur le doux euphémisme du terme esclavage, qui était loin d’incarner le crime contre l’humanité de plus de 4 siècles, qui aura fauché des millions de vies d’africains, et réduit à la condition de simple outils de travail des millions d’autres; ce mois nous nous intéressons au paradigme de la réparation des dégâts causés par ce que l’on appelle hélas communément l’esclavage.

Il faudrait toute une encyclopédie de plusieurs tomes, pour parler des dégâts de l’esclavage, cependant sans prétention aucune il serait loin d’être illusoire de parler dans un éditoriale des tenants et des aboutissants du nouveau stratagème prônant la réparation matérielle, qui semblent faire des émules, aussi bien en France métropolitaine qu’aux États unis d’Amérique.

L’ère du temps est au slogan creux et à la manipulation des esprits, visant le contrôle absolu des êtres humains. Aussi l’idée selon laquelle il faut, une réparation matérielle de l’esclavage est un autre stratagème issu des laboratoires de la même catégorie d’individus, qui jadis implémentèrent le racisme afin d’en faire une exploitation capitaliste des africains. Les sous hommes par décret (bulle papale) qui permettaient de brasser des fortunes insolentes, étaient une très belle affaire.

Non contents de leurs forfaits passés, aujourd’hui ils tablent sur une fuite en avant dont le but non avoué est la destruction totale de la mémoire de ce crime odieux, en le transformant en une simple banalité historique.

Tandis qu’aux États unis le président américain Barack Obama dit avoir l’intention de pousser vers une réparation matérielle de l’esclavage, il sert implicitement cet establishment qui veut en finir avec les remontrances d’une populace noire globale qui de plus en plus s’éveille, s’instruit et demandes des comptes.

De quelle réparation peut-on parler lorsque depuis la fin officielle de l’esclavage les pays comme la France, les États-Unis, ou le Brésil, au lieu de faire une réforme agraire avaient plutôt trouvé bon de dédommager les anciens maitres d’esclavage en les conseillant désormais d’avoir recours au capitalisme pour continuer à exploiter la main d’œuvre noire, qui à l’époque n’avait reçu aucun dédommagement sinon la promesse d’emploi à deux sous, dans le nouveau système d’esclavage qui était en train de rentrer en vigueur. Un Système capitaliste non moins inhumain allait remplacer l’ancien régime esclavagiste partout dans le monde, et faire aussi bien des victimes en Afrique coloniale que dans la communauté ouvrière blanche avec les grèves d’ouvriers en Europe à la fin du 19 siècle, comme si bien mises en exergue dans Germinal d’Émile Zola, Ou plus récemment dans les Fantômes du roi Léopold II d’Adam Hochschild un ouvrage qui démonte minutieusement les mécanismes de la violence inouïe du capitalisme criminel, un facteur essentiel de rentabilité de l’économie de coercition. Le Roi Léopold qui ne se rendit jamais au Congo réalisa des profits faramineux tirés de l’exploitation de caoutchouc et du copal.

L’esclavage atypique devenu peu rentable à cause de l’environnement socioéconomique il était urgent pour les puissances coloniales de penser à autre chose. La main d'œuvre sous payée qui allait être soumise par l’appât du gain, offrait des possibilités intéressantes et l’introduction de la compétition dans le marché de l’emploi avec l’importation de la main d'œuvre des contrés lointaines comme l’Inde allait être encore plus déterminante dans la logique du jeu des intérêts des uns contre les autres. Aussi si on connaissait déjà le racisme, le collorisme, prônant l’ascension sociale en fonction de l’épiderme allait devenir un allié sure dans la maxime diviser pour mieux régner. Dans le même ordre d’idée en Afrique les rivalités ethniques allaient être exacerbées pour créer des fléaux rétrogrades comme le tribalisme, et les égoïsmes régionaux qui perdure de nos jours, les affres de la xénophobie sud-africaine, sont venues rappeler au monde avec effroi ce que pouvait être les conséquences de l’esclavage et du néocolonialisme dans les rapports entre africains.

Sure de la prééminence occidentale Jules Ferry disait dans un discours prononcé le 28 juillet 1885 que les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures, à savoir les civiliser. Celui qui avait été ministre des finances de la France en 1848 avait été encore plus trivial en expliquant que l’indemnisation des colons ne répondait pas un principe juridique quelconque, mais juste à la nécessité d’apporter des liquidités pour relancer la domination blanche en Guadeloupe. Comme on peut le constater le plan de domination d’une race sur l’autre reste la pierre angulaire des différents stratagèmes utilisées. Et pire pour abonder dans le même sens comment peut-on espérer des réparations d’une France en occurrence qui par un racket scabreux, imposa à Haïti première république noire en 1802 une amende de 90 millions de francs or, en 1838, sous peine d’invasion et de rétablissement de l’esclavage. Une rançon ignoble qui fut payée au ravisseur civilisé par le peuple Haïtien jusqu’en 1947. On estime le coup actuel d’une pareille rançon à 17 milliards d’euros.

Avec des exemples dont la probité ne souffre d’aucun doute, comment peut-on espérer réparation d’une entité qui semble se glorifier de ses méfaits et semble vouloir ajouter dans l’escarcelle de sa gloriole, le crime parfait de la corruption des esprits. L’occident à heure qu’il est n’a pas les moyens de payer les dégâts liés à l’esclavage et vouloir dire, le contraire est pure affabulation, une escroquerie intellectuelle qui semble instituée par les esprits mal avisés ou qui se croient très futés pour donner des coups imparables puis qu’invisibles par l’œil du profane.

Que se passerait-il, s'il y avait une indemnisation matérielle quelconque des afro descendants de l’esclavage? Qui devrait-on payer et à quoi servirait cet argent ? Dans la configuration actuelle de racisme et d’injuste sociale caractérisée, c’est une menterie grotesque de parler de réparation de l’esclavage si l’on ne change pas le système qui gouverne l’occident. En même temps en payant un franc symbolique à qui ce soit, ceux-là qui pendant des siècles ont exploités sans vergogne les membres de la populace noire, pensent s’acheter une bonne conscience et surtout enlever, à la diaspora noire globale tout moyen de pression liée à l’histoire esclavagiste de l’occident, il serait ainsi dorénavant facile de dire à certains de clore les débats sur cette question qui embarrasse l’establishment, pour la simple raison que les coupables auraient déjà payé.

Dans ce stratagème avilissant, certains semblent Oublier le fait que si une dette matérielle quantifiable peut être payable, le préjudice morale d’une série de crimes séculaires, quant à lui reste incommensurable et rend toute réparation matérielle, qui ne détruirait pas en premier les conditions ayant créé l’esclavage et l’exploitation des peuples noirs une simple vue de l’esprit. Dans un schéma cynique on verrait bien quelques associations défendant la cause noire, sponsorisée par l’oppresseur, toucher les fonds que ses membres s’empresseraient de dépenser dans les institutions commerciales de la même oligarchie qui avait auparavant organisé et profité du commerce de l’ignoble. Un schéma qui parait scandaleux mais qui est pourtant la norme dans la configuration actuelle des rapports de force entre la populace noire globale et l’establishment occidental.

Dans l’absolu le « pretium doloris » prix de la douleur, une fois payé si un tant soit peu quantifiable, pourrait ouvrir la porte à de nouvelles exactions. Si on peut commettre un crime pareil et payer pour s’en affranchir, certains pourrait bien avoir les idées quant à la répétition de ce genre d’actes infâmes, qui les rendraient bougrement riches en premier, et dont ils paieraient au final, un per diem dérisoire pour être en paix avec les victimes. Ce serait un investissement très rentable dans la logique capitaliste amorale.

En outre lorsque l’on pense à l’Afrique s’il fallait la dédommager que lui donnerait-on pour combler le manque de ces millions d’âmes qui auraient contribué logiquement à son essor économique et social. Certains parleraient de lui allouer des fonds au développement; un développement vers quel schéma? Celui privilégiant la détérioration des termes de l’échange et le néocolonialisme, alors que l’on sait que l’Afrique a plus que jamais besoins de prendre son destin en main; ou celui favorisant une privatisation de l’économie des pays africains par les mêmes multinationales dont les ancêtres jadis contribuèrent au commerce de l’ignoble?

En tout état de cause en suivant la rationae occidentale, un « dédommagement » de l’Afrique serait sans doute un retour vers le colonialisme, impériale, car les moindres fonds alloués à cet Afrique-là, deviendraient les nouveaux moyens de pression des néocolonialistes, les permettant de s’ingérer directement dans les affaires africaines. Après le droit d’ingérence humanitaire il y aurait bien sur un droit d’ingérence des fonds de réparation, en droite ligne avec la politique de dédain si chère à l’occident. Un droit d’ingérence humanitaire que l’occident semble ne pas appliquer aux monarchies arabes, leurs coauteurs attitrés dans l’association criminelle, qui décima de millions de vie en plus de 4 siècles. En regardant ceux qui affichent une insolente opulence aujourd’hui il ne faut pas être devin pour savoir à qui, a profité le plus grand crime de tous les temps.

A l’heure qu’il est rien a changé les structures du mépris envers la race noire continuent d’exister avec une arrogance décevante, de Paris à New-York en passant par Londres ou Montréal, la vie des noirs reste un cauchemar, minée par toutes sortent de maux qui sont les conséquences directes de l’esclavage passé et contemporain. Cependant on peu se poser logiquement la question de savoir si l’on peut rendre la vie, la virginité, les honneurs et l’intégrité morale à une femme qui a été humiliée, violée, battue, et tuée, si la réponse est négative, on peut à tout le moins être tous d’accord que son exemple devrait être la référence, et une exhortations aux générations suivantes afin qu’elles s’éloignent des travers de l’ignominie, car le Rubicon de l’infamie ne devrait jamais plus être traversé .

Par Hubert Marlin Elingui Jr.

Journaliste – Écrivain


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